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Frédéric Roux

ART

(Miscellanées)


INCIPIT

 

BAD

Dérives & déconnades



19/03/2017

Théo Mercier = Bertrand Lavier (période Sanejouand) + Fischli & Weiss + Présence Panchounette (d'où son succès).



15/03

C'est avec un certain amusement que j'ai vu ressortir (du chapeau de l'actualité artistique et néanmoins régionale) le nom de Dominique Pasqualini ; l'ancien combattant du concept décaféiné vient d'être nommé directeur de l'école des Beaux-Arts de Bordeaux… sur un projet "écosophique", il est vrai ! Pour ceux qui ont vécu les heureuses années 80, Pasqualini était l'un des fondateurs d'Information Fiction Publicité que j'ai toujours considéré comme une plaisante escroquerie (l'équivalent pour l'intelligence de Bernard Tapie pour la politique de la ville). Comme il n'y a pas de raison que ça s'arrête, la nomination de Dominique Pasqualini a été fixée au 1er avril.


12/03

L'artiste "coup de cœur" de Ramesh Nair (directeur artistique de la maison Moynat, chargé de réveiller le célèbre malletier) est Agnès Martin : "Elle m'a permis de conceptualiser le minimalisme. Elle utilisait le blanc de la même façon que Pierre Soulages […] travaille le noir".
Comment dire mieux et mieux comprendre le blanc ET le noir.

Franchement… moi, le délit de faciès, de temps à autre, je n'ai rien contre (on me trouve bien une sale gueule) et lorsque je vois la coiffure d'Ernest Pignon Ernest, j'ai des doutes sur ses qualités de dessinateur pourtant reconnues par tous (surtout par ceux qui trouvent que j'ai une sale gueule).



14/02

VERNISSAGE

BOB

Robert n'était pas là pour plaisanter

12/02

Intituler une manifestation (soi-disant) toute entière dédiée à l'intelligence "La nuit des idées" me semble une idée aussi étrange que baptiser l'espace réservé à la jeune création au Centre Pompidou, la Galerie Zéro. 

10/02

Ce qui se montre dans les musées m'intéresse si peu que je ne vais pas le voir, ce qui ne m'empêche pas de visiter les bâtiments ; ma dernière tentative a eu lieu lors d'un récent passage à Paris, j'ai été prendre le thé (je suis au régime sec) au dernier étage de Beaubourg. J'ai attendu une demi-heure qu'un garçon vienne prendre ma commande, une demi-heure supplémentaire pour qu'il me serve un thé tiède (tu m'étonnes !), une demi-heure pour avoir l'addition (salée), je paye avec un billet de 20 €, ils n'ont pas la monnaie, une demi-heure pour la trouver ! Ma tasse était tachée de rouge à lèvres (ça part pas au lave-vaisselle), la table d'à côté, quatre personnes âgées de mon âge jouaient au bridge, la vue est belle, les étages au-dessous, la subversion suit son cours. Tranquille.
Dans l'espace marchand, n'en parlons pas, ça déborde !




LOVE EACH OTHER
CELEBRATE THE POWER OF LOVE WITH COMPLIMENTARY SCREEN-PRINTING BY CANADIAN ARTIST BLAIR CHIVERS
Launching today 7th FEBRUARY 5-8PM
Love Each Other by Blair Chivers
At Le Bon Marché Rive Gauche (1st floor)


Visitez le pop-up « LOVE EACH OTHER » de l’artiste Blair Chivers et Each x Other cette Saint-Valentin, vous pourrez y vivre l’expérience de ses messages d’amour à travers des sérigraphies offertes. Une sélection d’oeuvres et d’articles de mode y sera en vente en exclusivité entre le 7 et le 14 février, avec une performance interactive de sérigraphie avec Blair Chivers tous les jours de 16h30 à 19h30.
Blair Chivers est un artiste canadien dont le travail examine le pouvoir des émotions et des pensées positives tout en s’interrogeant sur les enjeux de la production artistique et la question de l’accessibilité. Pour le Bon Marché Rive Gauche, il a créé un pop-up store de diffusion d’amour.
Le monde de l’art traditionnel se propose d’offrir un art de grande qualité à un public restreint, ce qui en limite grandement l’impact culturel. En reconnaissant le pouvoir potentiel de l’art visuel, Blair Chivers a élaboré une nouvelle manière de penser l’art qui explore l’idée d’une plus grande accessibilité et donc d’un plus grand impact. Une sorte de « prêt-à-porter » pour le monde de l’art. La production se fait par saison, comme pour la mode, et avec un back catalogue, comme pour les livres ou la musique. C’est une forme de d’art auquel nous pouvons avoir accès dans des endroits où l’art traditionnel ne peut pas s’aventurer.
Dans son expo pop-up, l’artiste fera des performances de sérigraphie durant lesquelles chacun pourra participer directement au processus créatif. Chacune des pièces de Blair Chivers reflète l’importance qu’il accorde au pouvoir des émotions et de l’esprit. Ces œuvres sont « prêtes-à-emporter », ce qui signifie que les gens peuvent faire l’expérience du luxe de l’art et du plaisir de le collectionner.
Les visiteurs peuvent acheter les pièces de la collection ou apporter des pièces qu’ils souhaitent faire imprimer pendant les sessions artistiques interactives. L’impression est gratuite, le but du travail de Blair Chivers étant de diffuser les pensées positives à travers son art. Les sessions précédentes l’on vu imprimer toute une gamme d’objets, du sac Birkin jusqu’aux baskets, blouson en cuir, ou même à même la peau… Et maintenant ?

Valentines Pop-up Shop at Le Bon Marché Rive Gauche (1st floor) open from 7th - 14th February
24 Rue de Sèvres 75007 Paris
 

02/01

PINAUD CUIT
PINAUD CRU


PINAUD


Alors qu'elle est rigoureusement identique à
"Coquet,meublé, lumineux"
(Présence Panchounette, Albi, 1986)
cette exposition veut dire, exactement, le contraire

15/12

ENTRE 2

Ce n'est pas que je n'y comprenne plus rien,
c'est que ça ne m'intéresse plus beaucoup…



Patrick Saytour ?
Gérard Deschamps ?

RANCILLAC

Non…
Bernard Rancillac !



03/12


Ousmane Sow, c'est un peu Arno Brecker en nègre, non ?

24/11

DADA

Dada est à louer

MURAKAMI

Murakami est à vendre


27/09

PIPE

Et celle-là, elle est bonne ?


Raphaël Sorin dont on n'avait pas eu de nouvelles depuis longtemps décrète que René Magritte n'est pas un "bon" peintre. Ce n'est pas vraiment le sujet (et ce n'était pas vraiment le but de l'intéressé non plus), Magritte, effectivement, n'est pas un "bon" peintre pas plus qu'Edward Hopper ou Andy Warhol, reste à savoir si c'est un bon artiste* et de cela Raphaël Sorin qui n'y connait pas grand chose ne peut pas discuter (la référence qu'il m'a toujours sortie lorsqu'il nous est arrivé de parler d'art : Wolf Vostell !).


* de la même manière, il ne faut pas être un  critique très doué pour établir que Michel Houellebecq
(par ailleurs, sans contestation possible, artiste catastrophique et poète foireux) n'est pas un "bon" écrivain ;
il écrit mal et ceci à dessein (il ne peut, peut-être, pas faire autrement non plus),

mais, appartenant à la pop-culture, il vaut - peut-être - mieux que ça.


VOSTELL

et la morale n'a rien à y voir !




20/09


Ernst Neizvestny est mort récemment à Stony Brook (New York), il était âgé de 91 ans. Vladimir V. Poutine s'est fendu d'un télégramme pour déplorer la mort d'une des plus grands sculpteurs de notre temps. Neizvestny est resté célèbre pour s'être engueulé avec Khrushchev en 1962 lors d'une exposition célébrant le trentième anniversaire de l'Union des artistes soviétiques. Il sera tenu à l'écart de toute commande officielle jusqu'en 1966, mais en 1971, à la mort de Kruschhev, sa famille lui demandera une sculpture pour la tombe de M. K.
Comme quoi, là aussi, il suffit d'être patient (le mieux étant quand même d'émigrer, ce que Neivestny ne manquera pas de faire en 1976).

19/09

IKB

Quand Wikipedia fait du Bertrand Lavier avec de l'Yves Klein
01/09

RIEN QUE DU BON !

ZAG

Après Houellebecq au Palais de Tokyo, Zagdanski chez Eric Dupont


19/08

ECUREUIL APERO
ECUREUIL CATTELAN

Les deux sont cons, les deux sont drôles,
mais c'est pas le même prix…
pourquoi ?


13/08


CONNARD !


migrant

Il fallait bien que l'ignoble flotte sur l'ignominie,
que les productions migrantes soient récupérées,
que la bonne conscience s'admire en son miroir
(contemporain de préférence)



01/07

CLAIRE F

You're not an artist
You're not a leftist
You're nobody



15/06

COP ARTCOP ART 2COPP ART 3


Intéressante initiative du  Metropolitan Museum of Art ("Art helps police officers learn to look", International New York Times, 29/04) : des "visites" organisées à destination des officiers de police de la ville dans le but de "perfectionner leur regard".


02/06

Toujours à propos du scandale J.R. (à mon avis, le scandale, surtout, de ne pas avoir été choisi…) : tout ce qui peut faire disparaître la Pyramide du Louvre est le bienvenu. Le seul reproche que l'on peut donc adresser à J.R. c'est de ne pas l'avoir véritablement fait disparaître, mais, plutôt, de la faire apparaître davantage.
Il ne faut, désormais, plus compter,
pour en être débarrassé, que sur les "éléments déchaînés" avec inondation du centre commercial qu'elle abrite en prime.

30/05

Tout le monde tombe sur le dos de ce pauvre J.R. à propos de son installation sur la pyramide du Louvre (c'est sûr, on est "sur"), Olivier Blanckart trépigne, crie au scandale ("abruti, démagogue, populiste"… c'est tout ?) et appelle les ayant-droits de Peï à la révolte. Franchement, l'intervention de ce J.R. (une espèce de Pignon-Ernest mâtiné de Felice Varini d'après ce que je vois) n'est pas plus nulle que celles des précédents ni que celle de Daniel Buren au Bois de Boulogne (cf ci-dessous). On pourrait, surtout, en profiter pour se poser des questions sur la pyramide elle-même qui est un monument de kitsch absolu, un gimmick architectural démagogue et populiste ou je ne m'y connais pas.

11/05

LEVE

Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression que cet artiste
a regardé, un peu trop longtemps, peut-être,
les photographies d'Edouard Levé



BUBU

"Un artiste est l'ennemi juré de l'industrie du divertissement"

Javier Cercas (L'Imposteur, Actes-Sud)



09/03

Bien mieux, vraiment beaucoup mieux que le "ready-made", cette artiste propose le "sur-mesure" !

http://www.i-do-it-studio.com/


17/02

Puisqu'il a récemment été question d'école des beaux-arts (le 05/01), il m'a semblé amusant de déterrer le texte ci-dessous (vieux de plus de vingt ans). Pas grand chose à rajouter sinon qu'il est encore d'actualité.


Orientations d’enseignement


    Ce texte qui fait office, dans ce dossier, de déclaration d’intention en ce qui concerne les orientations d’enseignement que je désirerais adopter si ma candidature était acceptée est la reprise d’un texte que j’avais préparé pour être lu lors d’une “performance” qui consistait à me présenter à la direction de l’école des beaux-arts de Bordeaux dont je connaissais par avance la lauréate. Etant donné le déroulement des épreuves je n’ai évidemment eu l’occasion ni de l’exposer ni de le défendre et les circonstances m’ont fait regretter d’avoir renoncé à l’autre performance envisagée qui consistait, costumé en pelotari, à boire le plus salement possible une gourde d’Irouléguy.
    Si l’on fait, toutefois, abstraction de sa forme parfois ironique, parfois provocante, ce texte définit aussi — réellement—des orientations paradoxalement (de ma part) pleines de bon sens et qui, j’en suis persuadé, se devront d’être adoptées un jour ou l’autre de gré ou de force (il vaudrait mieux de gré).


 



Projet pédagogique


    Je tiens à prendre une précaution préalable qui, je l’espère, se révèlera utile à l’exposé de mon projet pédagogique qui n’est pas — bien entendu — que l’exposé d’un projet pédagogique.
    Je ne crois pas que, de toutes les façons, nous concourrions sur un projet pédagogique, je ne crois pas même que nous soyions jugés sur sa plus ou moins grande pertinence. Nous serons jugés, si jugement il y a, sur un projet culturel et politique, classés suivant l’adéquation pour ne pas dire la soumission au projet culturel et politique qui est le vôtre, quitte à y désobéir plus tard.
    Je ne vois pas d’ailleurs d’autres moyens ni d’exposer ni de juger ce que vous appelez “projet pédagogique” dans la mesure où tout projet est à la fois culturel et politique.
    Ce préalable étant posé, je ne me priverai pas d’en poser un autre : il semblerait qu’actuellement tous les projets pédagogiques (démagogiques ?) se vaillent dans l’absolu et dans la réalité. Que l’on apprenne aux étudiants la pêche à l’alose ou qu’on les amène en pèlerinage à Lourdes l’effet sera le même et le discours qui donne ces activités comme nécessaires peut se défendre. Dans la réalité, quel que soit le projet pédagogique utilisé, serait-il la transformation de l’école des beaux-arts de Bordeaux en trinquet mur à gauche on assistera à la même faillite. Il sort un pourcentage à peu près égal d’artistes de structures psychiatriques d’accueil que des institutions hyper-technologisées… un pourcentage à peu près égal d’artistes médiocres. Si j’avais donc le projet miracle ce n’est pas à la direction d’une école régionale que je postulerais, mais à l’Inspection générale des Beaux-Arts où je serais reçu à bras ouverts.
    Le malaise est d’ailleurs devenu si général, sinon si réel, puisqu’après tout, bon an, mal an, il sort des écoles un nombre stable d’artistes, qu’il se tient désormais des colloques où les tenants du système s’interrogent doctement sur la réalité même de leur fonction : l’art est-il enseignable ?
    Comme ceux qui se posent cette question sont aussi ceux qui sont payés pour ne pas y apporter de réponse, on peut se douter que ces raouts donnent lieu à d’assez savoureuses contorsions dialectiques.
    La plus classique des réponses apportées est semblable au tour de passe-passe idéologique en vogue dans les Ecoles d’art, c’est celle de faire de la question une réponse ; on continue donc, dans ces cas-là, à soutenir l’utilité de non-lieux où un non-enseignement délivré par des non-professeurs continue à ne pas s’adresser à des non-élèves.
    Les autres aménagements apportés peuvent se diviser, en gros, en deux tendances :        
                    * La création d’un 3° cycle, c’est la tactique de la fuite en avant
                    * Le choix de la “communication”, c’est celle du rideau de fumée.
    Quelle que soit la solution adoptée, elle ne rompt pas, en définitive, avec la morosité du constat d’échec ou plutôt de son présupposé : l’Art n’est pas enseignable, pis… il est mort !
    Je ne suis, pour ma part, pas tout à fait d’accord avec ce constat d’échec dans la mesure où chacun peut se rendre compte qu’il est des écoles pire encore que d’autres, qu’il est des artistes plus mauvais que la moyenne et que la crise que décèlent certains n’est que l’écho d’autres crises : celles de l’Art, celle de l’enseignement, mais peut-être aussi, et il faudrait rompre là, celle de l’Etat. Car, après tout, si l’on veut des écoles aussi performantes que celles de nos voisins d’Outre-Rhin, des artistes aussi reconnus que ceux du Nouveau Monde, peut-être suffirait-il d’améliorer la fiabilité de nos produits automobiles et de redresser le déficit de notre commerce extérieur.
    Si l’on considère les deux cataplasmes sur des jambes de bois précédemment décrits, il suffit d’un peu d’attention pour s’apercevoir qu’ils dérivent d’une conception “moderniste” de l’art ; en le confondant volontairement ou non avec ce qu’il tend à devenir : un divertissement mondain qui tient de la décoration florale et de la musique de variétés, mais surtout pas l’expression d’une singularité. Comment enseigner à devenir singulier ? Voilà bien une tâche singulière… Et puis quoi encore !
    Lorsque l’on adhère plus ou moins à cette conception, cela facilite grandement l’élaboration d’un projet pédagogique puisque l’on sait ce qu’il faut qu’il advienne et que les solutions sont purement techniques.
    L’art qui se pratique sous couvert de complexité post-moderniste n’est, en réalité, que redoutablement simple puisqu’il n’est qu’un savoir-faire (qui peut ne pas être du fait de l’artiste) doublé d’un marketing astucieux (où sa présence n’est pas obligatoirement bienvenue).
    Ce sont les buts avoués des 3° cycles (ou comment réussir en une année supplémentaire ce que l’on a foiré en cinq ans) et nul doute qu’ils n’y réussissent puisque la réalité tend déjà à s’y conformer. On aura compris que cette solution est directement liée au marché. Celui-ci, bien que moins démoniaque qu’il n’est d’usage de le présenter (surtout lorsque l’on en est à l’abri), n’en est pas moins autre chose qu’un garant de qualité et, qui plus est, bien versatile ces derniers temps.
    L’autre solution, relativement proche par beaucoup des intérêts communs présentés met l’accent sur une relation privilégiée avec la médiatisation, l’information, la communication et, en définitive, l’auto célébration, non pas des individus et de leurs œuvres, mais de la structure dont ils sont censés être issus. Une “bonne” école des beaux-arts (celle qui se proclame telle… “C’est celui qui le dit, qui l’est !”) peut ainsi figurer avantageusement dans les pages publi-reportage de nos hebdomadaires en couleurs entre une troupe théâtrale, un restaurant trois étoiles et une entreprise performante d’informatique en faillite un an plus tard.
    On comprendra que, dans ces conditions, il y a intérêt pour que la Municipalité et ses édiles soit satisfaits à produire des produits et non pas à faciliter la naissance d’une œuvre.
    Il semblerait de ce qui précède que je ne sois pas un chaud partisan de l’ouverture des beaux-arts sur des instances qui lui sont étrangères, l’ouverture, dans ces cas-là, pouvant se matérialiser par un pur et simple asservissement à des instances idéologiques pouvant leur être nuisibles.
    On aura compris que je ne suis pas, non plus, un féroce partisan de ce que j’appelle la “combine avant-garde” qui peut, maintenant qu’elle est coupée de toutes les utopies qui la soutenaient jusqu’à un passé relativement proche, se résumer à une pratique académique dévolue à la célébration de l’air du temps, de la modernité et du libéralisme sauvage réunis.
    Si l’on tient à perpétuer ces errements on peut le faire à bien meilleur marché en transformant les écoles des beaux arts en Instituts Universitaires de Technologie (IUT). Avec un bon recrutement, un enseignement adéquat on peut aisément former en deux ans un technicien redoutablement efficace que l’on doublera d’un critique incollable et d’un manager agressif en rajoutant à son cursus un an de stratégie marketing et de pratique du Trivial-pursuit. On est à peu près sûr que ça ne voudra rien dire, mais si c’est bien positionné, ça peut se vendre.
    En termes de stratégie marketing pure, je me demande d’ailleurs si l’on ne commet pas une bévue en formant des générations complètes de post-modernes essoufflés risquant de se bousculer sur une scène déjà passablement encombrée. Car, désormais, la combine avant-garde craque de partout et il en est même en son sein chez qui se fait jour la mauvaise pensée suivante : Christian Boltanski est, sans conteste, un meilleur  sculpteur que Daniel Buren et Robert Combas un meilleur peintre que Bertrand Lavier. A moins qu’il ne s’agisse, dans le fond, de maintenir hors A.N.P.E. des individus destinés à y entrer plus tard.
    Si, entre parenthèses, on voit bien quel type d’écoles des beaux-arts sont susceptibles de nous former les Daniel Buren et les Bertrand Lavier de demain, on se demande de quelle espèce d’école auraient eu besoin Christian Boltanski et Robert Combas pour être meilleurs encore qu’ils ne le sont. On se rend compte que pas d’école aurait été une solution possible ou simplement, comme cela a été le cas, une école faisant preuve de bienveillance plutôt que de modernité.
    Après avoir enfoncé ces portes déjà entr’ouvertes par le bon sens de nos contemporains, il ne s’agit plus pour en finir avec la négativité que d’escalader le marronnier de la crise de l’école.
    L’école est donc en crise et comme une Nation ne vaut que par son système d’enseignement, on s’inquiète – un peu à contre temps –, mais mieux vaut tard que jamais ! L’école des beaux-arts étant encore plus en crise que les autres dans la mesure où l’objet même de son existence est soumis à caution par ceux-là mêmes qui ont pour fonction de la perpétuer. Il ne faut pas, en effet, perdre de vue l’horizon de notre modernité : l’Art est mort. Un peu comme s’il n’était plus possible d’étudier les mathématiques sous prétexte que leur application pratique n’est pas toujours vérifiée par le réel. Résumons : l’école n’enseigne plus puisque le savoir n’est plus désiré ; dans le cas des beaux-arts, elle n’enseigne plus parce qu’elle ne sait pas quoi enseigner.
    Toutes les raisons données à cette crise sont bonnes et doivent être prises en compte, une seule est excellente : l’enseignement est en crise parce que ceux qui le délivrent sont eux-mêmes en crise. En gros, en grossier – pourquoi pas ? – les enseignants n’enseignent pas parce qu’ils enseignent mal. La seule solution à ce problème étant qu’ils enseignent bien.
    Comment est-ce possible ? J’avoue dans ce cas être assez partisan de la méthode Bigeard : “Oublions nos états d’âme et fonçons dans le tas !”. Paradoxalement dans les écoles des beaux-arts les solutions semblent plus aisées qu’ailleurs : elles ne sont pas trop encombrées d’immigrés, ceux qui y sont inscrits désirent vraiment apprendre quelque chose, l’enseignement peut être “ludique”, les horaires ne sont pas surchargés ; toutes raisons que donnent, en général, les enseignants pour circonscrire les difficultés dont ils sont victimes. Les professeurs souffrent-ils d’un déficit de leur image, de leur ego, de leur narcissisme ? Il suffit de choisir ceux qui n’en souffrent pas.
    Je ne suis pas de ceux qui pensent qu‘il y a une division irréconciliable entre les artistes et les pédagogues. Je ne vois pas, pour ma part, quelqu’un qui puisse mieux apprendre quelque chose qu’un excellent praticien de ce quelque chose. Meilleurs seront donc les artistes qui enseigneront, meilleur sera leur enseignement et moins prégnants leurs états d’âme. Quant à ceux qui n’ont connu qu’un demi-succès, il sera suffisant qu’ils expliquent à leurs élèves les raisons de leur demi-échec.
    Je ne suis pas, non plus, contre le fait que l’Etat pensionne un certain nombre de ses artistes en leur fournissant un poste de professeur, c’est une tradition républicaine et nous sommes en République. Je suis, en revanche, contre le fait que le système s’affole et fasse de l’auto-allumage ; que l’étudiant diplômé, après deux bourses et trois expos subventionnées devienne lui même un professeur qui enseigne à ses élèves comment obtenir : un diplôme, deux bourses et un poste de professeur dans une école des Beaux-Arts.
    Il serait donc de bon ton de mettre fin à toute forme de pantouflage, à toute rente de situation et à toute morosité. On peut donc, dès à présent, réexaminer tous les contrats qui peuvent être réexaminés et se séparer de ceux qui n’ont rien à enseigner, qui pensent ne rien avoir à enseigner, que rien ne peut s’enseigner. On verra que toutes ces belles certitudes idéologiques ne sont d’aucun poids face à l’angoisse de devoir gagner sa vie comme artiste.
    En ce qui concerne les étudiants, une des conditions les plus essentielles de leur réussite me semble être leur recrutement (la seule ?). C’est sur ce point plus que tout autre que devront porter les soins et la clairvoyance de l’équipe enseignante. Plus peut-être que l’examen des diplômes, il faudra tenir compte des motivations et des connaissances déjà acquises ; j’entends par là, non une connaissance plus ou moins superficielle des reproductions de calendrier et de ce qui s’en dit dans les magazines d’art contemporain, mais la maîtrise de la lecture et de l’écriture.
    Mon premier contact avec l’illettrisme c’est dans une école des beaux arts que j’ai eu l’avantage d’en avoir la primeur. Ecole qui, pourtant, se faisait un point d’honneur à ne pas produire de “romantiques”, mais plutôt des “conceptuels”. Et ce en corrigeant quelques copies de deux feuillets où il n’était pas rare de relever plusieurs dizaines de fautes d’orthographe graves émaillant un discours de type “sémiologique tiède”. Lorsque ce minimum vital n’aura pas été acquis, il faudra que l’école s’en charge, même s’il faut créer pour cela un poste d’orthophoniste à la place du poste d’attachée de presse.
    Les relations entre élèves et professeurs doivent radicalement se démarquer de la caricature grossière des rapports humains tels qu’ils se définissent dans une école. Il faut en terminer avec le tutoiement obligatoire, toute familiarité déplacée, toute sympathie feinte pouvant aller, dans le pire des cas, jusqu’au harcèlement sexuel et à l’abus de pouvoir pour en revenir au simple respect mutuel de l’élève et du maître.
    Qu’est-ce qui s’enseigne donc et qu’est-ce qui doit s’enseigner ? Je tomberai d’accord là-dessus avec Joseph Mouton, actuellement chargé de l’organisation d’un 3° cycle à Nantes (comme quoi, je ne suis pas rancunier) : le jugement.
    L’art ne consiste pas en connaissances théoriques (ce serait une science), en savoir-faire (ce serait un artisanat), l’art tient sa légitimité du jugement, il fonde le savoir commun des artistes. Comme ils n’ont affaire qu’à du particulier, toutes les connaissances et les savoir-faire sont dominés par la figure du jugement. Toute l’expérience de l’art réside en ce savoir et il n’existe d’expérience que si elle se communique. Moyennant quoi, il faut ranger son kantisme au vestiaire, si pratique pour couvrir sa paresse des oripeaux de la philosophie, et se mettre au boulot.
    Il n’est plus question de se laisser aller à professer ce qui tient lieu de savoir : les opinions, et de s’exprimer dans leur langue : “C’est super !”, “C’est extra !”, “Un tel est sympa !”, “Un quel est pas cool !”, “T’as lu Handke ?”, “D’où poses-tu ce ça ?”, “Qu’est ce qui de cette représentation, pour toi, fait sens ?”.
    Contrairement aux projets pédagogiques du style prothèse qu’il est d’usage de présenter dans des cas comme celui-ci, on comprendra que mon projet manque complètement d’envergure. Oui, il y a un savoir. Oui, il peut être transmis sous les formes extrêmement modestes du bon sens, du jugement, de la communicabilité de l’expérience et de l’apprentissage de la réalité. Qu’il est aussi d’une grande simplicité : une école est un lieu réel et symbolique où l’on enseigne et l’on travaille.
    Il n’est besoin pour cela que de la volonté et l’énergie de ceux qui en font partie et pour ceux qui la subventionnent que d’offrir les conditions minima de son fonctionnement : la tranquillité, l’indépendance et la confiance.
    On voit aussi que ce projet définit ce que doit être la situation en aval et en amont. Qu’il doit exister une véritable politique culturelle, si politique culturelle veut dire quelque chose et si la culture est encore possible sous une autre forme que celle de “l’entertainment”. Ce n’est pas en guettant un hypothétique retour du sens effectué par ceux qui l’ont perdu et qui n’en ont que foutre, mais par certains frémissements de la pensée en quête d’autre chose que de sa dissolution que je parie sur sa revanche.


07/01/2016

Et là : http://www.bpi.fr/agenda/colloque-rire
on sent qu'on va se la mordre comme à Marfa.

05/01

L'école des beaux-arts de Nantes vient d'acheter (par l'intermédiaire de huit mécènes) 7 hectares de désert à Marfa (Texas). Il y a déjà de quoi se boyauter, là où il y a de quoi s'étrangler c'est lorsque l'on a connaissance du montant de la transaction : 150 000 € ! C'est à dire : 20 000 € l'hectare de DESERT !!!
Si le Canard enchaîné ne s'occupait pas en ce moment du sort de deux dangereux gauchistes (Ines de la Fressange & Daniel Olivennes), ce serait un sujet pour eux.
Il serait question que Patrick Couchain y reconstruise à l'identique le Centre d'art contemporain de Labège ; Jean Marc Ferrari et Chantal Creste faisant office de concierges.
Quant à l'agent immobilier texan qui a signé le protocole de vente, ayant manqué plusieurs fois de mourir… de RIRE, il a été hospitalisé d'urgence à l'hôpital d'Austin.

DUMB



02/01

On me demande de signer une pétition pour m'opposer au licenciement d'Yves Aupetitallot (directeur du Magasin à Grenoble, site mis en eau par Patrick Bouchien, par ailleurs architecte de l'aquarium du Palais Royal).
Je ne la signerai pas.
L'affaire proprement dite a l'air un peu plus compliquée qu'on ne nous la présente. Par exemple : la très grande majorité du personnel réclame depuis longtemps le licenciement d'Aupetitallot, par ailleurs professeur à l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Lyon, en arrêt maladie depuis octobre 2014 ; cela suffirait à ne pas s'engager trop à gauche ("A bas LE licenciement !") de crainte de se retrouver fort à droite ("Fuck LES salariés !")
Comme j'ai de la mémoire, je me souviens d'un courrier de ce brave homme demandant à Jacques Soulillou de ne pas évoquer le différend Présence Panchounette/Bertrand Lavier lors de l'exposition Vivons heureux, vivons cachés (dont il était l'organisateur) ce qui me fait douter de son honnêteté intellectuelle ; je me souviens aussi qu'il avait négligé Présence Panchounette dans une exposition sur les années 80 (et son catalogue), ce qui me fait me poser des questions sur sa pénétration dialectique.

80


J'en profite pour rappeler qu'aucun artiste ou professionnel de la culture ne s'est seulement préoccupé de savoir pourquoi j'avais été licencié du Miam par la clique "socialiste" de Pierre-Jean Galdin au profit de Chantal Creste… qui (a) fait quoi, d'ailleurs ?

01/01

Pour bien commencer la suivante

PAK'

un écrivain de merde
par un dessinateur de merde


31/12


Et en cadeau de fin d'année

FINKY

un grand penseur : Alain Finkielkraut
par un grand peintre : Renaud Camus

20/12

Du coup (17/12)… Vilmouth est mort ! C'est quand même une réaction exagérée.

19/12

Parcouru un article de Judicaël Lavrador dans le dernier Beaux Arts Magazine sur les artistes et le papier-peint (et les papiers-peints d'artiste*), Présence Panchounette n'est pas citée une seule fois, ça aussi, c'est drôlement balèze !

* il semblerait que l'un d'entre eux (dont j'ai oublié le nom) produit du papier-peint… fausse pierre !

17/12

Présence Panchounette est à la 4741ème place du "classement mondial" des "artistes", c'est plutôt minable (on devrait être dans le Top Ten), mais si l'on considère que Jean-Luc Vilmouth est 4554ème, alors qu'il a continué à travailler (25 ans de plus), c'est drôlement balèze.

15/12

Ne gâche jamais ta carrière de perdant avec un succès de merde !

Jorge Oteiza (célèbre sculpteur basque de merde)

14/12

On m'a tellement piqué de trucs que j'ai l'impression d'être un supermarché.
Sam Peckinpah

Je ne sais plus où donner de la tête, avant la fin de l'année, il faut que je finisse les pièces de Labelle-Rojoux et celles de Taroop & Glabel, résultat : je n'ai plus une seule minute à moi.

09/12

SIGNER C'EST UN SIGNE

La Culture qui veut si bruyamment s'opposer à la poussée de l'extrême droite n'est objectivement plus un mouvement vital qui brusque les mœurs vers d'autres futurs, mais un champ d'activités professionnelles de fabrication des distractions de cette fin de siècle à destination d'une fraction de la société (celle qui dispose encore d'une capacité réelle - psychologique, sociale et économique - de se distraire de la sorte) qui est loin d'être majoritaire en France et en Europe et qui surtout s'est totalement repliée sur elle même.
On l'oublie trop vite : l'irruption en France d'un parti d'extrême droite sur le devant de la scène est d'abord et exclusivement un phénomène culturel. En cela, son succès est aussi et avant tout la marque d'une défaite culturelle. Il ne sert donc pas à grand chose de lui opposer le symbole d'une défaite qui est la condition première de son essor, sinon à le faire rire ; ce dont atrocement, il ne se prive pas.

Jean-Paul Curnier
La culture suicidée par ses spectres
(1998)

02/12

N'oublions pas que dans "Dérives et déconnades", il y a "déconnades", et pas que les miennes.

Un après-midi du début de novembre, chez Stéphane Sautour.
Tout en me faisant visiter son « théâtre d'objets », Stéphane me dit : « Je veux montrer des états de matière. » Il me dit aussi : « Avec Alexandre, on a travaillé sur un capteur qui permet de visualiser sous forme d'ondes comment de l'argile crue ressent son environnement. » Il me dit encore : « Le capteur permet de donner un état du ressenti de la matière vis-à-vis de son milieu. » Alexandre Schubnel est géophysicien. Il travaille sur la micro-sismicité, sur les frictions rocheuses, sur l'élasticité de la matière. Alexandre et Stéphane se retrouvent sur une ligne de faille : celle que, physiquement autant que symboliquement, a ouverte la catastrophe japonaise de 2011. C'est cette ligne de faille qui constitue le point de départ de l'« exploration dans les formes » à laquelle se prête Stéphane. Des motifs apparaissent, figurines morcelées, têtes, bottes, torses, des mains - des avant-bras plutôt -, qui s'affichent pleins d'une matière qui « continue à faire des manières », ajoute-t-il. (...)

Sophie Houdart
CNRS - Laboratoire d'ethnologie et de sociologie comparative

29/11

U
n petit coussin Frank Stella pour Noël ! Ça changera des mugs Warhol…


09/11

C'est bizarre, Taroop & Glabel, ça me rappelle quelque chose, mais je n'arrive pas à me souvenir quoi !

"Les gens qui s'occupent d'art sont hantés par l'idée que leurs œuvres pourraient avoir une date de péremption. Non sans quelque raison, ils redoutent qu'on puisse les oublier. L'oubli comme l'érosion ne progresse pas de façon brutale mais par un processus insidieux. Beauoup prennent de leur vivant des précautions très poussées. Ils multiplient les codicilles, dispositions posthumes, dernières volontés, instructions successorales, rétrospectives et éditions intégrales. En fin de compte, la postérité fait ce que bon lui semble. D'ordinaire, elle n'a pas tort…"

Hans Magnus Enzensberger

Les opinions de  M. Zède

07/11

Communiqué de presse Air du Gers

Dans « Love is Never Enough » (L'amour n'est jamais assez) l'artiste collective Claire Fontaine présente une nouvelle sélection d'œuvres qui abordent la banqueroute émotionnelle de notre temps. Le titre de l'exposition suggère que notre besoin d'amour est presque illimité et qu'il ne peut pas être satisfait dans la configuration actuelle de la société, mais aussi que dans le monde d'aujourd'hui, plus que jamais, les bonnes intentions n'aboutissent à rien sans les moyens matériels qui leur permettent de devenir effectives. L'exposition s'attaque aux questions de l'exclusion et de l'inclusion, de la sécurité et de la peur à travers l'usage conceptuel de plusieurs médias.
A l'entrée de la galerie, Claire Fontaine présente l'anagramme de l'enseigne en néon « Open », un objet iconique de la culture commerciale américaine et un magnifique ready-made à cause de ses implications métaphysiques (l'ouverture peut être une position morale, une attitude qui simplement accueille les possibilités). Son enseigne est en tout et pour tout identique à l'objet originaire, il en a la même forme et les mêmes couleurs, mais les lettres qui composent le mot ont changé de place et l'ont transformé en une affirmation claire et nette (clarinette) : « peno ». « Peno » est une promotion pour l'autorité indiscutable et le refus générique de l'anarchie, c'est une variation de la célèbre phrase de Zidenine Zidane " Un coup de boule jamais n'abolira le hasard ! ".


01/11

Olivier Blanckart s'étonne d'être du même avis qu'Aude de Kerros (artiste épouvantable, critique de la trempe (et de l'opinion) de Nicole Estérole))… franchement, je ne vois pas de quoi il s'étonne.

19/10/2015

Pas bien toute la matinée juste avant d'apprendre qu'Anne Tronche est morte (pas très loin de là où je vis désormais). Elle était très jolie depuis toujours, elle avait une voix magnifique avant de se faire opérer des cordes vocales (je crois) et elle était - vraiment - gentille (j'en suis sûr), généreuse, un peu naïve, mais pas trop.
Elle avait été commissaire de l'une des expositions importantes de Présence Panchounette au Cnap en 1988 ; on se croisait de temps à autre et l'on se marrait en évoquant le repas qu'elle nous devait à D et à moi. Je suis - vraiment - triste et la mémoire de l'art perd l'une des seules personnes qui avait de la mémoire (Lavier post-Sanejouand l'irritait juste avant que son indulgence ne la reprenne, autant dire que son irritation ne durait pas très longtemps) et pour laquelle j'avais de l'estime.


09/10

Certains continuent de penser que c'est moi qui suis caché derrière Nicole Estérole (il est vrai que ce sont les mêmes qui n'ont toujours pas compris le jeu de mots). Pour être clair, ce n'est pas moi*, j'écris beaucoup mieux et sans les relents datés qui parfument souvent la prose e(stér)olienne. En revanche, je peux prendre à mon compte 99% des jugements qu'elle porte sur l'art "style contemporain", le problème (qui n'en est pas vraiment un) c'est que j'aime John Armleder et David Hammons alors qu'elle n'aime que la peinture la plus merdique qui soit (dont je ne vois d'
ailleurs pas en quoi elle est différente des installations merdiques qu'elle honnit et dénonce (Nikhoel a aussi un petit côté délateur assorti aux relents cités plus hauts).

Nicolestérol

* Si c'était moi, je le dirais pas…


01/10

Foire à Neu-Neu ou foire aux neus-neus


Turning the World Upside Down d'Amish Kapoor reflète le paysage à l'envers "selon un principe développé par l'artiste à plusieurs reprises", je crois, surtout, que ce principe a été développé il y a des siècles dans les Luna-Park et les foires aux plaisirs qu'Alfred Pacquement n'a jamais fréquenté (il n'a jamais non plus mangé de barbe-à-papa).
Je le plains.


10/07

Je vais donc rappeler par écrit à Jean-Marc Bustamante mes engagements à propos de son désormais appartement de fonction : le mettre à la disposition d'une famille de tchétchènes* (évidemment, étant donné la situation actuelle, il peut le mettre à la disposition d'une famille de réfugiés de la nationalité qu'il préfère). Ça ne devrait pas lui poser de problème.
Pour l'engagement de ne rien branler**, je lui fais confiance, il devrait y arriver.

* cf le 17/07
** idem

07/09

Bustamante

Je me réjouissais comme un con de l'appartement de fonction de Bustamante (à l'eau)… 270 mètres carrés, quai de Conti, c'est pas rien, mais on vient de me rappeler qu'il en a un plus beau encore rue La Bruyère.
Décidément…


03/09

Finalement, je n'ai pas été nommé directeur de l'école des beaux-arts de Paris (il est vrai que je ne m'étais pas présenté au concours et que j'ai largement passé l'âge), c'est Jean-Marc Bustamante qui, à deux ans de la retraite, a été nommé à ma place par un jury dont faisait partie… Carole Benzaken ! A peine nommé,
on a reproché à ce malheureux (pas très bon artiste, mais ce n'est pas ce qu'on lui demande, ce n'est pas non plus ce pour quoi il a été nommé) certaines déclarations machistes (enfin, surtout, plutôt cons… quoiqu'il n'y a, souvent, pas grande différence), Joyce Carol Oates a fait à peu près les mêmes en écrivant que : "La femme est domestication" (ce qui n'est, souvent, pas faux).

24/08

Dans Numero (que personne ne lit) Eric Troncy (du Consortium) dit beaucoup de bien de Brian Calvin (un Alex Katz en plus simplet… si, si c'est possible) exposé au… Consortium.
Quand personne ne vous voit, faut pas se gêner.

Le dernier film (une lecture du Capital) d'Isaac Julien (artiste) est sponsorisé par Rolls Royce (fabricant d'automobiles).


31/07

Et si la solution au merdier ci-dessous était de nommer Gérard Holz à la tête de l'ENSBA et Nicolas Bourriaud à celle du Miam ?

17/07

Moi, directeur de l'ENSBA, je mettrai en place une gouvernance plus collaborative, à l’écoute des enseignants, de l’ensemble du personnel et des étudiants, qui font la qualité remarquable de l’école ;
Moi, directeur de l'ENSBA, j'imaginerai les dispositifs permettant d'assurer une plus grande diversité sociale des étudiants, notamment en travaillant en amont de l’admission et en aval de la sortie de l’École, afin de permettre à plus d’élèves issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville de bénéficier des enseignements de l’École ;
Moi, directeur de l'ENSBA, je maintiendrai et j'amplifierai le rayonnement international de l'établissement, non seulement par la mobilité des étudiants et des enseignants, mais aussi par l’insertion dans un réseau d’écoles internationales de premier  plan ;
Moi, directeur de l'ENSBA, j'intensifierai la collaboration de l’ENSBA avec les autres écoles d’art françaises (regroupées au sein de l'ANdEA) et tout particulièrement avec les écoles d’art du Grand Paris ;
Moi, directeur de l'ENSBA, je ménerai enfin une politique qui permettra de faire converger le patrimoine de l’École (collections avec plus de 400 000 œuvres, bâtiments classés) et la création contemporaine, en trouvant les solutions adéquates pour les enjeux immobiliers majeurs de l’École ;
Moi, directeur de l'ENSBA, je ferai tout ce que l'on voudra (rien) pourvu que l'on me verse mon salaire tous les mois et que je puisse sous-louer à une famille tchétchène l'appartement de fonction que je m'engage à ne pas occuper.

21/04

CAUTION

J'aime

MECENAT

J'adore


05/04

Toutes nos félicitations à Dominique Gonzalez-Foerster (Prix Marcel Duchamp, 2002), chevalier de la Légion d'honneur (2015).


RED ASS


RED ASS



02/04

A Sète, Le Maître du noir s'est fait piquer son black (35 000 €).
Logique…

NOIR C'EST NOIR…


SOULAGES


IL N'Y A PLUS D'ESPOIR !

POLE 6



Bon, alors maintenant que le Palais de Tokyo et Colette, c'est du pareil au même, on fait quoi ?

SERRA

Le genre de geste "gratuit" qui marche toujours
(le désert/les monolithes)
En réalité : juste un truc inutile et très con signé Richard Serra

CIA

La CIA achetait (hier) le même genre de peintures
que
le Bon Marché achète (aujourd'hui)


POLE 5 

Soulages est à la peinture ce que Le Clézio est à la littérature, une terrible compresse.


POLE 1

Passé par hasard devant l'ancienne galerie de Paris, rue du Pont de Lodi. C'est devenu une annexe de la galerie Kamel Mennour. Allez bonhomme ! un p'tit tour, ça ne se refuse pas ! Surtout que c'est mon pote Dany qui expose… Je me souviens qu'il avait déjà exposé chez Eric Fabre vers la fin des années 80. Aucun des deux n'était le genre de l'autre, mais il fallait quand même qu'ils couchent ensemble, ils auraient eu, sinon, l'impression de ne pas avoir fait leur boulot. A l'époque, l'expo de Dani-ni s'appelait "Auparavant", elle n'était pas terrible, mais il faut reconnaître qu'il n'allait pas se casser le cul pour un coup comme ça… en passant. Celle-là pourrait s'appeler "Dorénavant". J'ai eu du mal à retenir un fou-rire nerveux, la galerie est transformée en show room de cuisiniste pour émirs du pétrole, oligarques russes ou trafiquants colombiens.
Rarement vu moins vulgaire. Rarement vu plus kitsch.
Et dire qu'il y en a encore des gens faisant mine de penser qui se demandent ce que peuvent bien trafiquer ensemble artistes "contemporains" et capitalistes décomplexés. Ils baisent, crétins, ils baisent ! Et pourquoi baisent-ils ensemble ? Parce qu'ils se ressemblent, débiles, parce qu'ils se ressemblent.



POLE 2



J (F) K


KOONSETTES

"Le multiple, y a que ça de vrai !"





Si j'avais été plus malin, je serais Jeff Koons qui ne l'est pas.

S'il (Jeff Koons) avait fait ses courses dans les discounts
et autres bazars de liquidation à deux euros, il n'aurait pas eu la même audience ;
probablement serait-il resté un artiste post-conceptuel cantonné aux cercles de initiés
comme les artistes français de Présence Panchounette.

Didier Vivien

esthétique d'un trader

(essai de critique fiction)
sens & tonka


SOLEX

Et pourtant
Le vrai classique du vide parfait
(1989)
C'est du plaqué, certes, mais c'est de l'OR

Bizarrement
le problème, ce n'est pas le choix du Solex
pétrolette grêle un peu ridicule, c'est à dire :
"la même chose sous une forme décevante"
(Georges Bataille)

FERRARI

Que ce soit une Ferrari n'y change pas grand chose,
ça ne "marche" toujours pas.
Comme quoi… le choix est décisif !
Ce qui (entre parenthèses) contredit le soi-disant choix "sans goût" de Duchamp.
L'art sans art, c'est toujours de l'art
(c'est sa faiblesse).



POLE 3


Le Grand Palais transformé en patinoire, c'est une
bien meilleure installation que toutes celles proposées par les Monumenta passées (et à venir).


POLE 4




Jean de Loisir
présente
"Abolir les frontières*"
* "entre réflexion et consommation"

LOISIR

Ils sont venus, ils sont tous là…

MIKRO
TOUS

Quand tout est dit, que dire de plus* ?

* et, surtout, de mieux…


EYE 9


JEFF CHEZ POMPIKOONS

JEFF

Ce qui est extraordinaire chez Koons, c'est la bêtise
qui (comme chez Warhol) touche le sublime.
Il n'y a RIEN d'autre à voir que ce qui est montré.
Contrairement à ce que l'on pourrait croire,
ce n'est pas à la portée de tout le monde.
Evidemment, si on a la chance d'être complétement con, ça aide.


EYE 8


R.I.P

ON

EYE
                      1


LA FORCE DE L'ART C'EST

F de l'A 1F de
                        l'A 2F de
                        l'A 3
F
                        de l'A 4F de
                        l'A 5F de
                        l'A 6F de
                        l'A 7F de
                        l'A 8F de
                        l'A 9F de
                        l'A 10F de
                        l'A 11F de
                        l'A 12F de
                        l'A 13F de
                        l'A 14F de
                        l'A 15
F
                        de l'A 16F de
                        l'A 17F de
                        l'A 18F de
                        l'A 19F de
                        l'A 20de l'A
                        21F de
                        l'A 22F de
                        l'A 23F de
                        l'A 24F de
                        l'A 25F de
                        l'A 26F de
                        l'A 27F de
                        l'A 28F de
                        l'A 29F de
                        l'A 30


SA MEDIA(TISA)TION

EYE 5






Ils

ont fait de l'art comme les autres


(avec un jeu-concours et un… "dispositif")


thons

Les commissaires trient
(ce qui peut l'être)


Il façonne des formes qui oscillent entre abstraction et figuration, il donne ainsi une place cruciale au spectateur qui introduit selon lui une forme d'imprévu dans son travail ; son œuvre flirte toujours avec le second degré, ce qui lui offre une grande liberté ; à partir des éléments banals qu'il manipule, il nous propose de renouveler notre expérience du quotidien ; il confronte des matières organiques à des produits industriels ; l'artiste nous propose ainsi d'expérimenter une forme spirituelle de rapport au monde ; c'est l'expression d'une mythologie personnelle qui apparaît et nous livre les tourmentes de l'existence de l'auteur ; le geste de l'artiste sait capter l'énergie des matériaux, l'exalter, engageant une circulation, un dialogue entre le corps et l'œuvre ; il porte une attention particulière aux petites choses du quotidien et de la vie pratique ;  il se refuse tout interdit qui pourrait cloisonner sa pratique, il pioche dans la réalité des éléments qu'il transforme, associe ou tourne en dérision ; il ne s'enferme dans aucun style, renouvelant sans cesse les formes et les principes de ses œuvres ; chez lui, cette activité naît d'un refus ; l'artiste compose ainsi une histoire parcellaire où la notion d'authenticité est évacuée ; il dresse le portrait d'instants anodins et d'espaces banals ; il n'hésite pas à agir directement sur les objets sur lesquels s'est porté son attention ;  il a su, au fil de multiples séries, capter l'humour de différents types de situations ; il a su capter de ses nombreux voyages au travers des images laissant surgir une sensation ; l'écriture et l'image n'ont de cesse, chez lui, de se croiser, de s'articuler, de s'enrichir l'une l'autre, de tisser entre réalité et fiction un espace privilégié, de constituer un dispositif ; il s'attache à perturber nos réflexes de perception et à introduire en art la notion d'énergie ; il trouble nos certitudes et nous plonge dans un monde de confusion ; il questionne les différents codes visuels et idéologiques qui formatent notre connaissance des choses ; il cherche à mettre en exergue les différentes structures et articulations internes de l'urbain ; il intégre la question de l'espace d'exposition dont il déforme la perception ; il place en situation critique la dimension fictionnelle de la représentation ; il refuse de hiérarchiser et de transcender son travail ; il met en forme des moments et des mouvements suspendus qui gardent en mémoire la présence d'un corps désormais disparu ; avec un humour mélancolique, il détourne les structures connues du sport en jouant sur leur fonction ou en leur donnant vie ; ses œuvres révèlent la brutalité du quotidien dans des mises en scène où se cotoient fascination et répulsion ; il crée des environnements en apparence froids qui révèlent progressivement leur fragilité et leur potentiel poétique ; il manipule des codes génériques reconnaissables par tous pour en révéler la violence contenue ; si le spectateur n'est pas toujours invité à prendre part, il est largement pris en compte dans ses dispositifs ; il pioche dans le quotidien, la publicité et l'économie, la culture populaire et scientifique, les objets et les images qui constituent son vocabulaire artistique ; il réalise des installations qui jouent sur la configuration des espaces où elles s'insérent ; il s'intéresse aux images immanentes, rémanentes, à tout ce qui rend compte de l'épaisseur de notre perception ; pour mettre en lumière son propos, il se tourne vers la typologie du monument qui a pour caractéristique d'avoir vocation à commémorer et à interpeller la société ; il développe une mythologie personnelle qui compose les différents degrés d'une généalogie inventée ; ses expositions ne paraissent pas abouties, car elles rendent compte d'un travail en cours qui accumule et réactive une série d'objets, de jeux de lumière, de films, qui lui permettent d'infiltrer et de se fondre progressivement dans un lieu ; il ne produit pas à proprement parler de formes, mais il utilise des objets qui ont déjà une identité, porteurs d'un sens assimilé par le plus grand nombre ; il se présente comme un artiste de la surface et de l'archéytype, qui efface les détails pour faire surgir la quintessence d'un sujet ; il plaque ainsi nos terreurs phantasmées sur notre existence quotidienne ; il crée des dispositifs à partir de documents collectés qui constituent une enquête critique du pouvoir, cherchant à mettre à jour les failles de l'histoire et du discours dominant ; il interroge ainsi l'utopie moderniste ; il tend à remettre en cause nos propres limites de préhension du monde ; il fait des jeux de mots avec des objets dans une surenchère exponentielle qui finit par créer sa propre logique ; pour l'artiste, l'œuvre ne peut jamais être maîtrisée totalement, ce qui tendrait à prouver que rien de ce qui est humain ne lui est étranger.



Ce texte, hommage à Walter Lewino et à L'éclat et la blancheur (Albin-Michel, 1967), est constitué du montage aléatoire de texticules choisis au hasard dans les Cahiers de la création contemporaine, organe du Centre national des arts plastiques.

Dans leur version intégrale, ces textes sont censés présenter le travail d'un certain nombre d'artistes de style contemporain choisis pour participer à une série d'expositions (de mars 2009 à Mars 2010) dans la région Centre, intitulée TILT ("onomatopée signifiant l'idée soudaine qui vient éclairer l'esprit").
Cette prose doit "accompagner le visiteur à travers ses déambulations pour l'aider à appréhender des œuvres qui ne se révèlent pas toujours immédiatement ou par le seul regard".
En dehors du fait qu'elle est écrite dans une langue  digne des bulletins d'information et de propagande dont la République Démocratique Roumaine gratifiait ses administrés, dans les années 50, cette émulsion indigente, revue par Bouvard, corrigée par Pécuchet, réussit l'inverse de ce qu'elle déclare désirer (mais le désire-t-elle vraiment ?) : "soutenir la création contemporaine dans toute sa diversité et sa vitalité".
En réalité, elle (me) semble, surtout, décrire (et dévitaliser) le travail d'un SEUL artiste que l'on pourrait baptiser : "Various artists" et qui pourrait, à lui tout seul, signer la totalité des œuvres produites par l'ensemble des artistes de style contemporain passés et à venir, et empocher l'intégralité des subventions qui leur sont accordées.
Je suis, pour ce faire, à la disposition des autorités compétentes.
Dans l'attente…

Pour ceux qui voudraient essayer de retrouver à quels artistes ces banalités creuses se réfèrent et s'amuser à reconstituer le puzzle, ci-joint la liste :
Adel Abdessemed, Agam, Davide Balula, Vincent Barré, Gabriele Basilico, Michel Blazy, Sylvie Blocher, Petre Briggs, Pierre Buraglio, Samuel Buri, Jean-Marc Bustamante, Jean Clareboudt, Martin Creed, Henri Cueco, François Curlet, Mark Dion, Julien Discrit, Peter Downsborough, Sam Durant, Richard Fauguet, Konstantin Grcic, Nicolas Hérubel, Carsten Holler, Jacques Julien, Jacques Kaufmann, Bertrand Lavier, Claude Lévêque, Piere Malphettes, Man Ray, Mathieu Mercier, Mario Merz, Thierry Mouillé, Nicolas Moulin, Antoni Muntadas, Martin Parr, Bernard Plossu, Denis Roche, Takako Saito, Franck Scurti, Jésus Rafael Soto, JoëlleTuerlinckx, Patrick Van Caeckenbergh, Xavier Veilhan, Françoise Vergier, Fabien Verschaere, Chen Zhen.

Dernière remarque : si ce discours abaisse les bons artistes au niveau de l'effroyable moyenne académique, il en est de si mauvais qu'il les avantage.




EYE 2



L’odeur est une forme qui ne se voit pas 

Il y a la ville. Plus loin que la ville, les banlieues. Après les banlieues, les paysages. Plus loin encore que les paysages, derrière le désert — un espace vide que l’on peut traverser en automobile pourvu qu’elle soit munie d’autocollants —, il y a l’Afrique. Le monde est comme un labyrinthe qui aurait la forme en spirale d’une coquille d’escargot.
    D’Afrique il est coutume de ramener : des parasites intestinaux, des espèces animales dont on cherche à se débarrasser et de menus objets dont on garnit les étagères de son fumoir. C’est un peu la faute de l’Afrique où les marigots, les savanes et les nègres ne se comptent pas.
    On vient à bout des parasites intestinaux par une longue patience et un traitement approprié, les animaux — s’ils ne sont pas crevés au cours du voyage (auquel cas on les empaille) — on les met au zoo et on leur jette des cacahuètes les jours fériés. Lorsque les menus objets sont encombrants, après les avoir prélablement traités au Xylophène, on les met au Musée.
    On peut considérer les musées comme des espèces de zoos pour objets. Dans le même ordre d’idée on peut considérer les mots dans les catalogues des musées comme les cacahuètes que l’on jette par dessus le cordon rouge.
    L’odeur des zoos de sculpture nègre peut incommoder Picasso, les formes des sculptures, elles, lui inspireront des chefs d’œuvre qui ne sentent rien. Je crains fort que ce qui manque aux sculptures africaines dans un musée (à l’inverse des éléphants au Jardin des plantes) ce ne soit pas tant l’espace dont elles manquent souvent singulièrement sur place, tassées les unes contre les autres devant la case, qu’une certaine dimension olfactive.
    Toutes ces précautions pour quoi dire Cassandre ? Cette vieille lune : le Musée conserve et depuis Nicolas Appert (1749-1841) conservation rime avec stérilisation ? Peut-être pas simplement. Ne pas réveiller, bien sûr, l’enfant qui rêvera devant ces santons bariolés de gorilles et d’Oubangui-Chari ; nous en avons tous fait autant devant la grosse tache rose que faisait l’A.O.F. aux cartes de géographie en échangeant des vignettes de chocolat à croquer, cela n’a pas fait de nous de trop féroces impérialistes. Mais, chuchoter aux admirateurs des formes, aux toujours prêts de l’appropriation qu’il n’y a rien à admirer ici, rien non plus à vendre, que tout est resté là bas entre quatre bassines en plastique et un manguier, parmi les cris de la marmaille et les signes mystérieux que tracent les doigts des nègres.
    Il faut faire des dégâts pour faire de la Culture et des relations culturelles… Allons-y ! Puisque l’on pourrait avoir l’impression que je n’ai pas encore parlé de ces fabuleux hybrides de la sculpture funéraire nigériane traditionnelle profanés par Fanta et Standard-Oil, alors que…
    “Le goût que j’ai pour eux et qui n’est pas petit” ne vient pas tant des ressemblances formelles qu’ils peuvent avoir avec, par exemple, les bustes que John Ahearn suspend aux murs du South Bronx, ce qui tendrait juste à prouver que l’alphabet des formes de la culture n’est pas plus infini que celui des formes de la nature, mais des affinités familières qu’ils entretiennent avec les statues en béton et polystyrène que l’on voit s’écailler au fond des jardins de nos banlieues. Celles que mes amis et moi découvrions, émerveillés, lors de nos promenades salariées et qui déformaient si sûrement notre goût qu’elles ont fait de nous des artistes.
    Last but not least, l’intérêt que l’on porte aujourd’hui à ces sculptures me semble être le prélude à l’irruption brutale sur la scène de l’art d’un tropicalisme dont la “Pattern-painting”, la “Figuration libre”, le bricolage bariolé et la prolifération des animaux empaillés n’étaient que les débiles (au sens étymologique) signes avant-coureurs.

Bordeaux-Barcelone, juin 1985


Ce texte prévu pour une exposition de
Sculptures en ciment du Nigéria
organisée par Jacques Soulillou sera refusé par le directeur de l'AFAA de l'époque,
Yves Mabin (frère de, et grand poète par ailleurs)
sous le prétexte qu'il ne répondait pas
aux "désirs du grand public d'être informé d'un art dont il ignore tout",

il publiera à la place un texte particulièrement indigeste d'un sculpteur de ses amis,
Côme Mosta-Heirt (qui faisait partie de la  galerie Eric Fabre)




EYE 3






Toute la peinture que j’aime, elle vient de là, elle vient du kitsch… 




“La manière dont il analyse les jeux d’essai des jeunes gens, sans jamais les décourager,
dont il décèle leurs ruses, dont il reconnaît et dévoile tout ce qui est imitation ou décoration pure,
dont il trouve dans un jeu solidement basé, mais encore incertain et mal composé, l’origine des erreurs,
dont il la présente comme une préparation anatomique parfaite est quelque chose d’absolument unique.”


Hermann Hesse


zyeux mayaux


Selon ce qui se chuchote dans les oubliettes de la D.A.P. la peinture serait désormais un genre mineur. Philippe Mayaux est un peintre mineur, il est donc hors de question, s’il évite de découper une petite fille en morceaux et de se faire prendre, qu’il fasse un jour la couverture de Paris-Match. Celle de Beaux-Arts qui est une espèce de Paris-Match culturel suffirait amplement à ses ambitions, mais dans l’état actuel de la hiérarchie à l’intérieur des genres cela même semble improbable. Il ne lui reste donc plus, lorsqu’il ne prépare pas des lasagnes, qu’à continuer à peindre des tableautins sur la table de sa cuisine.
    Si l’on y regarde à deux fois, rien ne le distingue pourtant d’un quelconque “serial killer”. Dans le civil, on est toujours surpris par le fait que le monstre n’est pas si monstrueux que ça, très ordinaire en définitive : “Il était très poli”, “Rien n’aurait pu laisser supposer”, “Je n’arrive pas à le croire” bégayent les grandes gueules hébétées, le peignoir entr’ouvert, au micro des radios périphériques accourues. Et si l’on cherche bien on finira par trouver dans l’enfance de Philippe Mayaux des événements qui, bien que très insignifiants, ont pu le préparer sans coup férir à un signifié hors du commun. Le dimanche il pleurait au bord des terrains de rugby sur lesquels son père saignait comme un bœuf, sa mère a, un jour, jeté toutes ses maquettes sous le prétexte fallacieux que c’étaient des “nids à poussière’”. Il n’en faut pas plus pour traumatiser définitivement un enfant asthmatqiue et le propulser sur le chemin de la délinquance via Œdipe, changement Kronembourg, terminus les Assises.
    Par on ne sait quel miracle Philippe Mayaux n’a pas cédé à ces tentations apocalyptiques malgré un court intermédiaire “punk” qui l’a vu jouer à la pétanque sur le linoléum de sa studette au grand dam de son voisin de dessous, conducteur de trolleybus de son état, spasmophile de surcroît.
    J’ai, pour ma part, eu connaissance de son existence en 1988 lors d’un séjour dans une école des beaux-arts où je justifiais plus ou moins par ma présence le versement d’une bourse d’un montant considérable. J’ai dû, pour cela, faire preuve d’une certaine opiniâtreté. Philippe Mayaux, en effet, peignait en cachette des tableaux n’excédant pas le 8 Paysage qu’il rangeait soigneusement, en fin d’après-midi, dans une armoire métallique fermée à clé.
    Il faut savoir que, contrairement à une opinion désormais assez répandue que nous analyserons plus avant, une école des beaux-arts n’est pas n’importe quoi ni surtout ce que l’on peut imaginer lorsque l’on n’y a jamais mis les pieds. Certes, dans les premiers temps, on substituerait volontiers aux professeurs de couleur (“J’en ai pris une terrible hier-soir, j’ai une de ces casquettes !”), de volume (“Quelque part, d’où je parle, je veux dire…”), de culture générale, ( “Le dernier Céline est génial, on dirait du Sollers…”) quelques hussards noirs de la III° République (orthographe et grammaire, arithmétique, histoire et géographie, instruction civique) appuyés d’une équipe d’éducateurs très spécialisés. Ce serait une erreur.
    Il suffit de comparer le coût d’un médiocre étudiant des Beaux-Arts à celui d’un brillant psychotique pour comprendre que l’Etat, sous son apparent laxisme, fait, là encore, preuve d’une grande sagesse. À l’abri de quels murs pourrait se stabiliser cette constellation de troubles légers que l’on assimilait, jusqu’à il n’y a pas très longtemps, au mal de vivre concomitant à la crise d’adolescence et qui fait incliner les jeunes gens vers la pratique culturelle ? Et sous quelle autorité ?
    Les résultats tiennent parfois même du miracle et j’ai ainsi pu constater que des garçons qui se prenaient pour Vincent Van Gogh ou Sid Vicious avec tous les risques corollaires à des existences de ce genre pouvaient au bout de quelques années, grâce à un traitement approprié, se contenter de nourrir une véritable admiration pour Bertrand Lavier et donc ne pas tordre le nez devant un emploi de chauffeur-livreur à mi-temps chez Darty. Si ce n’est pas là de l’intégration, je veux bien être émasculé, puis pendu !
    Il faut savoir que l’école où nous nous sommes rencontrés avait choisi comme politique la pratique de l’avant-gardisme européen jointe à celle, plus assidue encore, du “Trivial-Pursuit”. Ainsi encadrés, des jeunes gens qui n’auraient pu, il y a peu, obtenir le Certificat d’Etudes Primaires étaient d’une érudition invraisemblable en ce qui concerne les accessoires de la modernité : la pointure et la couleur des chaussettes de Richard Long, la capacité respiratoire de John Armleder, le coefficient intellectuel de Claude Rutault, la date des dernières règles de Martine Aballea n’avaient pas de secret pour eux. C’est une méthode comme une autre et qui donne de bons résultats, je peux vous l’assurer.
    Le directeur de l’école était myope, collectionneur de catalogues et, selon ses propres dires, pas très fort en philosophie (donc en esthétique). Il faut faire semblant d’être juste pour ne pas être taxé d’injustice et reconnaître que le dit directeur possédait un tableau de Philippe Mayaux qu’il avait accroché, comme faire se doit, dans la chambre de sa progéniture en bas-âge. Cela valait, à son avis, tout de même mieux qu’un poster des Schtroumpfs ! Il sera d’ailleurs accessoirement intéressant, pour la connaissance des temps à venir, de suivre la dérive de ce tableau au sein de ce continent domestique surdéterminé par la modernité. Le Mayaux vu comme baromètre d’icelle, cela vaut mieux que le fox-terrier à poil dur qui change de couleur suivant le temps qu’il fait, on n’aura aucun mal à le reconnaître.
    Au sein de l’Institution le monochrome était porté au rouge et les térébrantes questions qu’il agite. Il y eut une Fronde, mais bientôt le sourd mécontentement qui régnait chez certains qui ne le pratiquaient pas devint muet. Un professeur en rébellion ouverte pourtant contre le pouvoir central, le même qui marmonnait depuis des mois : “Ce pédant doit partir de Nice ou je ne m’appelle plus Condom !” s’y était mis. Condom circonscrit son parti n’avait plus d’âme, ils se rendirent en masse et firent amende honorable. La modernité avait triomphé.
    Ce n’était plus alentour que des écarlates, des zinzolins, des ponceaux… L’une des meilleures élèves peignait des monochromes au minium, sa rivale malheureuse utilisait le merchurochrome. On peut en déduire que le climat n’inclinait pas à la franche rigolade et je fus assez longtemps considéré commme suspect pour avoir fait sécher mon maillot et ma serviette de bain sur la terrasse du studio que l’on m’allouait, et assisté au Carnaval et son corso fleuri. Le bronzage en ces contrées était rédhibitoire.
    A cette atmosphère d’où était proscrite toute figuration — Philippe Mayaux opposait une sorte de résistance hypocrite en pratiquant une peinture indéfendable légèrement codée. Sur des guéridons étaient posés des aquariums où s’ébattaient des voiles japonais, de jolies fleurs s’épanouissaient dans de jolis vases, près d’un kiosque à musique traînait un ballon de plage, mais tout cela prenait un air naïvement savant puisque le ballon était moucheté comme un Toroni, que les colonnes du kiosque rappelaient celles du Palais Royal, que le papier-peint reproduisait vaguement les “patterns” des Neo-Geo en Vogue (- Décoration) à cette époque. Tout ça n’était pas trop mal dessiné, les couleurs étaient séduisantes, la facture générale d’assez bonne tenue, suffisamment en tous les cas pour qu’il n’y ait rien à redire à la technique qui lorgnait aussi vers des styles aisément repérables sans que cela ne puisse pour autant être assimilé à un quelconque post-modernisme.
    Cela laissait l’équipe éducative plongée dans la plus épaisse perplexité, la question à laquelle nul ne voulait se risquer à apporter un semblant de réponse, sous peine de se voir désarçonné, était la suivante : “Est-il con ou fait-il semblant ?”.
    Philippe Mayaux avait réalisé un piège parfait pour spectateurs du 3° type, puisque ceux-ci étaient enfermés dans une figure classique que l’on a baptisé dans d’autres disciplines : le double-bind : “S‘il n ‘est pas con, c’est moi qui le suis, s’il est con, je ne le suis pas, mais s’il est con, je le suis aussi et s’il n’est pas con, moi non plus. Merde !” songeaient-ils. “Parce qu’il y a aussi quelque chose d’évident là dedans. Cette peinture qui ne respecte rien est respectable, cette peinture faite pour plaire y réussit, cette peinture idiote fait réfléchir, cette peinture sans mystère a un pouvoir d’étrangeté. Re-merde !” re-songeaient-ils.
    C’était, en définitive, manquer de simplicité. Sans remettre le couvert avec l’opposition à bon marché entre l’universalisme qui est nuisible et les particularismes dont je suis un féroce partisan, j’y voyais, pour ma part, non seulement la peinture que l’on se devait de faire dans cette station balnéaire où viennent agoniser les retraités des classes moyennnes et les anciens grands-ducs orthodoxes, mais la seule que l’on pouvait faire dans cette ville où de coquets retraités attendent la mort sous un ciel toujours bleu devant une mer insonorisée qui sent le mimosa. Une peinture assortie à Cannes et Juan-les-Pins et non pas à Dortmund ou à  Eindhoven.
    Réitérons nos précautions initiales qui, là plus qu’ailleurs, ne sont pas inutiles : ça n’est pas sous prétexte que l’on est bas-breton que l’on doit systématiquement peindre des menhirs, mais lorsque l’on habite sous les palmiers, à l’ombre d’hôtels rococo cela semble moins judicieux.
    Comme cette peinture était indéfendable (elle l’est toujours, c’est là sa seule justification), il me plut de la défendre puisqu’après tout il n’y a que l’idéologie qui le soit (indéfendable). Certes comme dit Adorno : “… la vérité devient extrêmement suspecte quand des sensations de plaisir se mêlent à une interrogation sur la “vérité”. La preuve pour le “plaisir” est une preuve en faveur du plaisir — rien de plus”. (I) On ne saurait mieux dire, mais le plaisir c’est toujours ça de pris quand on vous interdit la baignade, et que les autres soient malheureux ne vous rend pas obligatoirement plus heureux ; et d’autre part la peinture de Philippe Mayaux n’est pas une interrogation sur la vérité, mais plutôt sur le mensonge. Celui de la représentation et de la représentation peinte bien sûr, mais décliné avec le charme fourbe des fillettes de douze ans qui ont mis du rimmel, des enfants qui ont englouti le sac de bonbons et qui vous assurent les lèvres collantes qu’il n’en est rien, que “C’est pas moi, c’est l’autre !”. C’est le style qui compte et cette duplicité, pour qui sait l’apprécier, ne manque pas d’un certain érotisme.
    Comme je l’ai dit ailleurs : “Hormis certaine propension à se révéler chounettes à plus ou moins brève échéance, la beauté et la grandeur ont une fâcheuse tendance au fascisme. Alors qu’il y a une fantaisie, une légèreté civile dans le joli qui rendent impossible son apparition en masse, en rangs. Le joli n’est jamais sérieux, il est libertin”. (II)
    Philippe Mayaux, en dehors des chausse-trappes qu’il y sème — comme le Petit Poucet des pierres blanches — fait aussi, tout simplement, une jolie peinture qu’il est agréable de regarder. C’est une réussite plutôt qu’un échec, pourquoi ne pas s’en féliciter ? Ce n’est pas rien par les temps qui courent. Certains pissent froid comme d’autres bandent mou en objectant que c’est une “peinture pour concierge”. Et alors ? Cela en dit plus, en vérité, sur le mépris qu’il est d’usage de porter aux bignoles que sur la peinture qu’elles aiment. Laissons là travailler notre bile, nous nous sentirons encore détestés et cette position nous sied plus que nulle autre, mais va-t-il falloir encore longtemps pour s’apercevoir que Roman Opalka est aussi stupide que l’horloge parlante et que Lawrence Weiner n’est, depuis son plus jeune âge, qu’un baba gâteux ? On se passe, hélas ! dans l’art contemporain assez facilement des nains et des lutins, on ferait mieux de se lasser des têtes molles que l’on coule à tort et à travers dans le bronze d’une admiration sans examen.
    Ce goût déclaré pour la peinture de Philippe Mayaux et aussi pour celle de Luc Lauras qui en est fort éloignée fit qu’ils se retrouvèrent jouer ensemble (“Les derniers qu’on sert”) pour l’exposition de Présence Panchounette, “The last” en 1990 à la Galerie de Paris. Cela m’entraîne à risquer quelques mots sur le voisinage que d’aucuns ne manqueront pas d’observer entre certaines préoccupations déclarées de Philippe Mayaux (dérisoire, décoration, dénonciation et tout le toutim) et celles de Présence Panchounette. Il y en aura même qui verront dans ce texte une espèce de bénédiction qui se confirme ; qu’ils me laissent donc dire et jouer avec leurs fils et qu’ils aillent jouer avec les leurs.
    Il n’y a pas eu grand monde jusqu’à présent pour se risquer à une explication de l’arrêt de Présence Panchounette (hormis ceux qui ont eu l’avantage d’y participer), peut-être, en dehors de celles que des psychanalystes se feront un plaisir d’avancer, la meilleure est celle qui apparaît clairement trois ans plus tard : si Présence Panchounette avait objectivement raison de 1969 à 1990 contre tous les autres (on pourra s’en rendre compte en 2001), Présence Panchounette avait objectivement tort à partir de cette date et le seul moyen d’avoir toujours raison est d’avoir raison seulement le temps où l’on n’a pas tort, puique selon Isidore Isou : “Les vérités qui n’ont plus cours deviennent des mensonges”.
    C’est pour ne pas savoir ça et ne pas avoir examiné les réalités nouvelles que tous les fans et tous les clones de Présence Panchounette, tous ceux sur lesquels souffle non pas tant “l’air de Paris” que “l’air de la Galerie de Paris” ont objectivement tort et se fourvoient irrémédiablement puisque désormais : “Là où la dérision s’exerce elle n’a plus de raison d’être, là où elle ne s’exerce pas, elle est impuissante à le faire”. (III) En cessant son activité Présence Panchounette a laissé le champ libre à une myriade de succédanés, mais a, en réalité, clos définitivement la possibilité d’une attitude de ce type. Ça n’est d’ailleurs pas rien, le Marché s’en est effondré (!)…
    L’alternative que propose Philippe Mayaux à cet état de fait, pour être plus modeste, n’en est pas moins efficace et d’autant plus dangereuse qu’elle est perverse et recevable. Son efficacité vient à la fois de sa modestie (Comment s’ouvrir les veines avec un couteau sans manche auquel manque la lame ?) et de ce qu’elle est techniquement sans reproche. Le danger qu’elle court est tout entier contenu dans la tentation de se perdre dans les allusions appuyées, les coups d’œil entendus, travers dans lesquels elle ne manque pas, parfois, de se fourvoyer. La plus fine des plaisanteries il n’est personne pour la comprendre. Martial Raysse disait, il y a longtemps : “Moi, je fais encore un travail trop commercial. Si j’étais vraiment un type bien personne ne viendrait me parler ni m’interroger. On dirait : ‘Ce pauvre Martial, quel con…’ Il faudrait aller jusqu’au seuil de la compréhension”. (IV)
    S’il veut mon avis, qu’il en reste donc là, à cette peinture idiote maintenant débarassée même de ses clins d’œil à d’autres styles picturaux et qui sait fort bien provoquer ce léger sentiment d’étrangeté, cet étrange sentiment de légèreté à partir d’un alphabet hétéroclite où se bousculent : fiches-cuisine, souvenirs du surréalisme, publicités fin-de-siècle, comic-books, prospectus niais, vignettes imbéciles, décalcomanies, fonds de chefs d’œuvre, tatouages et cætera. De toutes ces illustrations montées à l’huile d’olive (de chez Alziari), comme l’aïoli, Philippe Mayaux fait de la peinture de plus en plus séduisante. Et qu’il cesse donc de lorgner vers la reconnaissance de ceux que l’on a tout intérêt à ne pas fréquenter même si on les connaît, il ne s’en portera que mieux.
    Rien n’est plus difficile à tenir que cette attitude qui fait se demander aux gens sérieux : “Est-ce du lard ou du cochon ?”, puisque le charcutier, lui, le sait, que l’auteur du canular brûle de le dévoiler, l’assassin d’avouer. C’est un plaisir solitaire mais fameux de passer pour un imbécile aux yeux de ceux qui le sont.
    La peinture de Philippe Mayaux, certes, ne va pas tordre les méridiens, mais si l’on y regarde à deux fois celle de Kiefer ne casse pas non plus trois pattes à un canard. Que l’on cesse donc de m’emmerder avec le majeur et le mineur, le poujadisme d’Esprit et celui de Télérama, il n’est que l’écho de celui des avant-gardes qui font chier le peuple depuis 107 ans. “Le peintre doit peindre le peuple et lui dire : tu es beau”. C’est de Rilke, pas de Polke.
    Au sein de la répugnante Restauration en cours il en est encore pour se donner le ridicule de distinguer dans la faillite ambiante un “bon avant-gardiste”, tout le mal, d’après eux, venant des mauvais, des néo, des extrémistes. Qui c’est les bons ? Victor Buren ? Daniel Vasarely ? Bernard Combas ? Robert Buffet ? Gérard Mathieu ? Georges Garouste ? Je défaille ! On ne va pas me la faire, non plus, avec le chaman qu’il soit d’origine ou de seconde main, les fakirs font moins les mariolles, mais ils sont plus fortiches, ni avec les installateurs qui sont nos petits-peintres-paysagistes et que crévent en prime le faire, le métier, les pompiers et tous ceux qui les encensent !
    Si vous avez suivi jusqu’au bout et j’aurais tant voulu que vous prissiez cette peine, en guise de conclusion je citerai Joseph Kosuth, l’homme qui croit que l’inventeur du Letraset s’appelait Wittgenstein : “À une époque où les postulats de la philosophie font que celle-ci est dénuée de réalité, l’existence de l’art dépendra non seulement du fait qu’il n’aura pas d’utilité, celle de la distraction, de l’expérience visuelle (ou autre) ou de la décoration, ce qui est plus facilement remplaçable par la culture kitsch et la technologie mais, plutôt, du fait qu’il n’assumera pas de position philosophique. C’est en ce sens que l’art présente des similarités avec la logique, les mathématiques aussi bien qu’avec la science […] La seule revendication de l’art est l’art. (V) L’art est la définition de l’art”. Ainsi que Supports/Surfaces, mouvement qui croyait que l’auteur des Manuscrits de 1844 s’appelait Daniel Templon : “À bas le capital des marchands d’art et exploiteurs. À bas l’état du Capital. Vive la lutte des classes des artistes et des intellectuels. Vive la lutte révolutionnaire du prolétariat”. (VI)
    Comment auriez-vous voulu que devant tel affaissement de la pensée Pol-Pot ne se soit pas dressé et Ronald Reagan ? Comme il n’y a pas de cesse dans cette profession, Vingt ans après Madame Bonacieux s’exclame : “J’ai été naïve mais je n’ai pas été la seule”… “Nous étions naïfs mais nous avions des excuses”. (VII)
    Lesquelles ?

Frédérick “Absolut” Roux


I. Theodor W. Adorno : Minima Moralia. Editions Payot, 1983

II. Frédérick Roux : Et pourtant, il tague. Inédit, 1991
III. Frédérick Roux : Expos 92. Ecole des Beaux Arts de Marseille, juin 1992
IV. Martial Raysse : Les socialistes n’aiment pas leur mère. VH 101, printemps 1970
V. Joseph Kosuth : Art after philosophy. Studio International, octobre 1969
VI. Supports/Surfaces : Tract. 16 Mai 1972
VII. Catherine Millet : Ce n’est qu’un début l’art continue. Art Press, Spécial 20 ans, 1992


Ce texte (le premier de cette importance à son propos) a été publié en 1993
à l'occasion de la première exposition personnelle
de Philippe Mayaux à la Galerie Météo.

Il a été repris dans l'Introduction de l'esthétique.
Il compte un nombre non négligeable de contrepéteries.




EYE 4



 



Songeries et singeries


    Il y a deux sortes d'amateurs d'art. Les uns louent le bon parce que c'est bon, et blâment le mauvais parce que c'est mauvais.
Les autres blâment le bon parce que c'est bon, et louent le mauvais parce que c'est mauvais.
La distinction entre ces deux sortes est d'autant plus simple que la première ne se rencontre pas.
On pourrait donc aisément s'y reconnaître s'il ne s'y ajoutait pas une troisième catégorie.
Ce sont ceux qui louent le bon bien que ce soit bon, et qui blâment le mauvais encore que ce soit mauvais.
Cette espèce dangereuse a provoqué tout le désordre en matière artistique.
Leur instinct les assigne à toucher le faux, mais délibérément, ils touchent le vrai.
Ils ont des raisons qui sont situées en-dehors du sentiment artistique.
Sans le snobisme qui l'élève, l'artiste pourrait vivre.
Difficilement sans la bêtise qui le rabaisse.




Karl Kraus ( Dits et Contredits )


mayovelu



Il suffit d'un peu d'intimité avec les critiques qui promotionnent l'avant-garde la plus avancée ou ce qu'il en reste (qui patauge de nos jours dans le revival-grunge des années 70 et les régressions infantiles fun), pour qu'ils vous confient en réalité préférer Magritte ou Dali, quand ce n'est pas Pontormo ou Zurbaran, à tous ceux qui constituent leur actuel fond de commerce. Assez curieusement, alors qu'ils devraient se réjouir de son existence, Philippe Mayaux les effraye plus qu'il ne leur agrée. Ce qu'ils craignent, c'est, bien sûr, s'ils l'applaudissent trop bruyamment, de voir leurs véritables goûts exposés au su et au vu de leurs collègues, ce qui ne manquerait pas de leur valoir, de la part d'individus qui admirent en cachette Poussin et Philippe de Champaigne, une excommunication publique, un déshonneur définitif. Seul le libéralisme bienveillant, dont il est d'usage aujourd'hui d'oindre tout discours critique, les en préserve. Une adhésion du bout des lèvres suffit donc à préserver le statu-quo, si elle voisine avec un enthousiasme voyant pour d'autres éléments considérés, à plus ou moins juste titre, comme plus avancés.
    J'ai déjà noté, dans un texte plus ancien, que l'intérêt des tableaux de Philippe Mayaux venait en partie du fait qu'ils plaçaient ceux qui les regardaient dans une position ambiguë, du genre de celle que l'on appelle en psychologie expérimentale : "double-bind". La situation ne s'est pas vraiment améliorée depuis, en réalité, elle s'est aggravée. Apprécier sa peinture, dont la direction s'est affirmée, peut vouloir désormais dire que l'on n'apprécie guère celle de ses contemporains, si ce n'est d'épigones (Dokoupil, Milan Kunc), que l'on a opté définitivement pour les charmes de la régression.
    S'il est un mouvement culturel qui est marqué du sceau de la régression, c'est bien le surréalisme. On utilise d'ailleurs uniquement le vocable : "surréalisant" et toujours dans un sens péjoratif, à propos des manifestations qui, soit s'en réclament, soit s'y apparentent. Et c'est bien davantage au surréalisme, qu'à des mouvements considérés comme moins désuets (abstraction radicale, minimalisme, conceptualisme, etc.), que la peinture de Philippe Mayaux s'apparente de façon de plus en plus voyante.
    Ses premières peintures déjà rappelaient plus ou moins les intérieurs de Giorgio de Chirico, un Chirico dont la métaphysique aurait abandonné les perspectives urbaines pour, modestement, se replier sur le continent domestique. Bien sûr, on y rencontrait aussi des citations picturales qui pouvaient les rabattre sur un post-modernisme de bon aloi en ces temps là, mais il n'en reste pas moins qu'un vertige similaire, bien que plus labile, pouvait nous étreindre lorsque l'on contemplait ces paysages décoratifs où les seuls vestiges d'une existence qui ne soit pas celle de choses étaient : presque des choses, des poissons rouges dans un bocal par exemple. La figure humaine en était, en tous les cas à ma connaissance, exclue même sous des apparences spectrales.
    Sa production récente s'apparente davantage à Magritte, un Magritte qui, au lieu de louvoyer entre l'influence des magazines du début du siècle (parapluies, chapeau-melon, fausse brique) et celle du Catalogue des Cycles et des Armes de Saint Etienne, réciterait l'alphabet graphique de notre temps : mangas, bandes dessinées, images vidéo, clips, échographies, tags... Hip-Hop ! Houba ! Houba !
    L'une des raisons du succès public du surréalisme, ainsi d'ailleurs que du pop art, vient de la familiarité de sa grammaire et de sa syntaxe ; il ne faut pas chercher plus avant les raisons de l'adhésion de tout un chacun, s'il n'est pas du mundillo arty, à l'imaginaire de Philippe Mayaux ; les figures qu'il décrit sont reconnaissables et populaires. Dès le Moyen-Age le bon peuple s'est réjoui des représentations fantastiques, il n'a pas changé depuis ; le quidam est éternel. S'il a toujours résisté - "Ça ne ressemble à rien !" - à l'abstraction et à ses présupposés savants, il n'a jamais reculé devant une représentation irréelle du réel, telle qu'elle lui était proposé sur les chapiteaux romans, les estampes alchimiques, les enfers ecclésiastiques. Il a toujours fait ses délices des anamorphoses, des analogies obscènes, des anthropomorphies, des dessins animés, du cinéma de seconde zone... Meliés, Tod Browning, Mario Bava, David Lynch, Bela Lugosi, Lon Chaney, Boris Karloff,  de tout ce qui constitue l'attirail du merveilleux de bande et de quartier.
    Ce sont encore le fantastique et le merveilleux qui sont convoqués dans les images que peint Philippe Mayaux, revisitées par les phantasmes d'un jeune homme contemporain, nourri de Strange et de Marvel. Saynètes mentales aux couleurs stridentes des électrons en ballade... rêves de synthèse, visions de fanzines gore. On peut énoncer à leur propos tous les adjectifs usités lorsque l'on essaie de qualifier ce genre de productions aberrantes, sinon de les comprendre : hybrides, disparates, chaotiques, étranges, grotesques, obscènes, labyrinthiques, déroutantes, confuses, envoûtantes, vénéneuses ; lire avec profit Jurgis Baltrusaitis plutôt que Clément Greenberg et princes consorts. Le discours constitué à leur propos n'est pas aussi éloigné de la science et de la connaissance que l'on pourrait le craindre de prime abord. L'inconnu, le mystérieux sont aussi intéressants à explorer que le maintenant mainte fois rabâché et pas forcément synonymes d'obscurantisme et de bouffées délirantes. Inconscience sans science n'est que ruine de l'âme. Ce sont des chemins de traverse éloignés des autoroutes de la communication, ceux où notre imaginaire dérive, parfois, hors d'atteinte du commerce et de l'industrie informatiques.
    Ce qui affleure dans les rêves de Philippe Mayaux semble s'apparenter, pour l'heure, plus au cauchemar qu'à la bluette. C'est l'air du temps, les affres de la crise. La nature est obscène, les corps menaçants, sous les stéréotypes de la peinture les crânes affleurent, Jack the Ripper plus que Jackson the Dripper. Les vanités présentent tous les signes d'une santé chancelante, les sanitaires accouchent d'insanités vacillantes, d'aspics de homards en gelée surgissent de morbides ectoplasmes, les miroirs sont aveugles aux doigts kaléidoscopiques, les tibias entrecroisés des drapeaux pirates font les motifs d'un inquiétant papier-peint. Lorsqu'un visage maquillé de mousse à raser apparaît en gros plan ce n'est pas l'image du prolétaire dominical que l'on s'attend à  y voir paraître, mais celui du guillotiné, le sang de la coupure, la menace de l'hémorragie. Le Saint-Suaire d'Alfred "Laser" Hitchcock, starring Peter "Game-boy" Falk, musique : the Residents, scénario : Iron-Quark Talentino, effets spéciaux : Nintendo-Turbo-Pixel-Posse, guest-star : John "Ghetto-blaster" Gacy, "United Techni-Colors of Liquitex" à la pellicule.
    L'angoisse monte dans la kitchenette... le virus hante... le squelette rôde... le crime guette... Si elle pouvait, quelques années plus tôt, sourdre à l'évocation ressassée d'accessoires volontairement kitsch, elle est désormais la figure centrale de la peinture de Philippe Mayaux. Celle-ci y acquiert une dimension de malaise moins anecdotique qu'auparavant. Comme elle est techniquement plus élaborée encore qu'il y a quelque temps et qu'elle ne manque pas de convoquer : aberrations historiques (Période vache) et astuces hystériques (la peinture qui se désintègre), on comprendra qu'il est encore plus urgent de lui faire une place plus grande dans nos panthéons fantômes, quelque part entre Gautier d'Agoty, l'autre Fragonard et Jean-Jacques Lequeu.
    Les combats d'arrière-garde ne sont pas les moins dangereux... il y faut des reîtres d'expérience. Philippe Mayaux est l'un d'entre eux, un traître professionnel.



    On pense alors aux jeux où les règles se trouvent inversées, où le gagnant est celui des joueurs qui réussit à perdre,
celui qui parvient, aux cartes, à ne ramasser aucun pli ; aux échecs, à forcer l'adversaire à lui donner le mat ; aux dames, à se faire prendre tous ses pions.
Il y faut des trésors d'ingéniosité : ainsi pour l'artiste essayant de créer une image qui, en aucun cas, ne puisse admettre un début d'explication.
Tel est le but véritable que s'assigne la peinture surréaliste, même si l'artiste ne s'en rend pas compte nettement.
Mais objectivement, c'est ce résultat précis qu'il cherche à obtenir,
si bien que le moindre semblant de cohérence qui subsiste dans ses toiles lui apparaît comme une négligence ou une faiblesse.
J'ai nommé infinies cette sorte d'images que j'aurais pu aussi bien appeler nulles, car au sens fort du mot elles ne veulent rien dire,
ou plutôt ne veulent rien dire, dans le temps même où elles laissent tout entendre.



Roger Caillois ( Au coeur du fantastique )


mayoherve



Publié dans un catalogue tiré à 800 exemplaires
pour une exposition personnelle ayant eu lieu du  7 janvier au 11 février 1995
 à la Maison des expositions de Génas




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FREDERIC "ONLY THE LONELY" ROUX


La
                        baiser

Le baiser
(1995)

Musée de l'objet, Blois


Une œuvre remarquable (retrouvée par hasard sur Internet) : deux prothèses de hanche, un socle en plexi. La classe !



EYE
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« On ne peut pas savoir !"


Hortala

C’était une soirée d’après vernissage (mais que vernissait-on ?) comme il y en aurait tant (trop) dans les années 80 : raout dans une boîte branchée/alcool et dope/fréquences basses dans la zone rouge/les potars dans le coin/halogènes design Les Halles /les artistes en deuil et les minettes la jupe au ras du bonbon. Les édiles culturels s’y baladaient encore, le gin-fizz fluo à la main, l’air épaté que l’art et la fête puissent faire bon ménage, que le pognon les arrose sans ménagement ; ils croyaient - du coup – jouer dans Dallas et s’imaginaient pouvoir devenir des sortes d’Ewing (la suite l’a prouvé, ils n’ont réussi à être que Cliff Barnes).
   
Un jeune homme a plongé dans la piscine (il y avait même une piscine) et les conversations ont cessé parce qu’il venait de se passer quelque chose (il ne s’était rien passé avant et il ne se passerait rien ensuite). La conservatrice hollandaise avec qui j’étais en conversation m’a demandé en pidgin véhiculaire, lorsque le jeune homme est sorti nu de la piscine, s’il avait l’autorisation de le faire ou bien s’il s’agissait d’une performance (le punk batave doit aviser les autorités compétentes de son désir de changer la couleur de sa crête, la commission adéquate lui délivre d’ordinaire l’autorisation pourvu que la teinture utilisée soit sans additifs prohibés et qu’elle ne puisse pas nuire à la santé du rebelle).

   
    Le jeune homme s’appelait Philippe Hortala.

    Il voulait qu’il se passe quelque chose.
    Il a toujours voulu qu’il se passe quelque chose.
    Parfois brutalement.
    Parfois maladroitement.
    Il avait cette volonté-là.
    Brutale.
    Maladroite.
   
    Les peintres ressemblent quelquefois à ce qu’ils peignent : le monochrome a la tonsure franciscaine et l’ulcère, l’agité du bocal un blouson avec un singe sur le dos, quelquefois non. La peinture de Philippe Hortala n’était ni brutale ni maladroite.

   
    Comme dans la figuration libre il n’y avait plus un seul strapontin disponible, Philippe Hortala fut réduit à jouer le rôle du second couteau.

   
    Ce sont les seconds couteaux qui font la richesse d’un fonds. Carette, Dalio, Jules Berry pour le cinoche, Bove, Calet, Alexandre Vialatte pour la littérature.

   
    De temps à autre, on les redécouvre et l’on se demande ce qu’ils pouvaient bien avoir de moins que les autres ?

    En réalité ? Rien !
   
    Ils sont souvent meilleurs que les ténors et les grandes gueules autoproclamées gourous et leaders.

    Ils n’ont pas eu de chance, c’est tout !
    Ou bien, ils étaient trop discrets, trop timides, à moins que leur volonté et leur ambition ne se soient avérées en contradiction avec leurs exigences morales.
   
    Pas assez mégalos, pas assez narcissiques, trop attentifs aux autres ou à la vie qu’ils voulaient mener.

   
    Ça suffit à leur demi-succès, à leur demi-échec, cela suffit, aussi, à en faire des êtres dont l’humanité est d’une étoffe plus riche, dont les plis sont plus lourds que le nylon dont est tissée l’âme des hystériques qui occupent le devant de la scène avec leurs gestes brusques, leurs certitudes à cent balles et leurs hectares de Ripolin.

   
    Quelques années plus tard, Philippe nous avait servi d’assistant pour l’exposition « Meublé, Coquet, Lumineux » au Centre culturel d’Albi. Il était efficace et doux, il avait peint (puisque aucun d’entre nous ne savait peindre), pour nous faire plaisir, un kangourou volant sur une toile de bâche.

   
    Je me souviens, au restaurant, que lorsque l’on se posait des questions sur ce qui était et sur ce qui devait être, il répondait toujours : « On ne peut pas savoir ! »

   
    On ne peut pas savoir si les salauds mentent ou bien s’ils disent la vérité, si les enculés font exprès de l’être ni même si Dieu existe. Autant dire que ceux qui nous parlent de progrès sont des salauds et des enculés… En ce qui concerne Dieu, avant même de savoir ce qui est arrivé à Philippe, mon opinion était faite.

   
    Il avait l’énergie, l’obstination et le talent, mais il doutait. C’est pour cela qu’il manque. C’est pour cela que je l’aimais.



Hortala peinture


Ce texte a été écrit à Sète, le 27 juin 2000.
Il a été publié dans le catalogue de l'exposition de Philippe Hortala
(Les années punk 1980-1986) au Musée de l'Abbaye Sainte Croix aux Sables d'Olonnes.
Pour l'expo "Fait-maison" au Miam, j'avais montré l'un de ses papiers peints.
Quelques années plus tard, à Paris, j'ai croisé son ancienne copine du côté des Halles.
Elle téléphonait.
Lorsqu'elle m'a aperçu, elle a ouvert de grands yeux (c'est vrai que je n'avais rien à faire là),
elle a dit : "Fred !",
et elle a continué à téléphoner.




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Jouer à la guerre/Jouer avec la guerre





Plus l’homme avance en âge, plus il s’enfonce dans l’Histoire et plus il aime les images ; de Lascaux avant-hier jusqu’au flux continu de pixels d’aujourd’hui et que, demain, peut-être, il (l’homme) en devienne une (image) lui-même.
    Les images sont censées représenter la réalité, elles auraient donc quelque chose à voir avec la connaissance et avec la science. Dans cette hypothèse, leur valeur est proportionnelle à leur ressemblance avec la réalité, et ce jusqu’à ce que des oiseaux (légèrement myopes) viennent picorer des raisins dont ils ne pourront se nourrir (Théorème de Zeuxis). À cette aune, une photo nette sera toujours considérée par les connaisseurs comme une meilleure image qu’une photo floue (remboursée par la Fnac).
    Tout cela n’est pas faux, mais un peu simplet. Pour en avoir été la victime plus ou moins consentante chacun sait que les images peuvent tromper, qu’elles peuvent être conçues pour cela, pire encore, qu’elles peuvent ne RIEN représenter ; et que, de toute façon, elles sont partie prenante de l’idéologie qui les fait apparaître (et qui fait apparaître l’idéologie).
    Il serait judicieux d’être plus modeste et d’envisager que les images permettent non pas de connaître le monde, mais plutôt de l’apprivoiser. Cahin-caha, elles nous familiarisent avec la réalité et nous la rendent accessible, elles intercèdent pour nous. Et, vaille que vaille, qu’on le veuille ou non, il faut se contenter de cette magie branlante.
    Les images de propagande (et les Images d’Epinal en font, évidemment, partie) sont celles qui nous semblent les plus clairement trompeuses, mais elles n’apparaissent trompeuses qu’une fois que leur tromperie a fonctionné comme la mode ne nous apparaît ringarde qu’une fois qu’elle est démodée.
    La Grande Guerre inaugure l’ère industrielle et le « bourrage de crâne » envahit à cette occasion la totalité de l’espace social depuis « l’obus de 75 en aluminium bagué cuivre, orné peinture patriotique, garni chocolats fourrés excellence » de la Marquise de Sévigné (11, boulevard de la Madeleine), prix franco 15 francs, jusqu’au « Poilu type » qui propose la silhouette du fantassin français : pantalon garance, vareuse bleu horizon, bandes molletières, flingot avec baïonnette en bandoulière à monter soi-même avec 11 trombines au choix à y adapter : Jean Marie, le Breton ; l’Ancien socialo ; Rigouillard, le joyeux ; le Parigot ; le Vieux-garçon-philosophe ; le Commis-voyageur ; Jean-Pierre ; l’ancien Vicaire ; le père de famille ; le petit Vicomte et le vétéran de 70 avec, en prime, la trogne du « Poilu des Poilus », le général Joffre. Le petit garçon apprivoisait la guerre avec cela, la petite-fille aussi en jouant à l’infirmière un peu en retrait. En ces temps-là, tout était fait pour rendre la guerre familière puisque la seule réalité de ces années-là était celle de la guerre.

9 MILLIONS DE MORTS.
   
    Et vingt ans après, preuve que l’on a tout compris, on remet ça…
    On se croit à l’abri de ces naïvetés depuis que la « propagande » a été abandonnée au profit de la « communication » et qu’il est d’usage de trouver le réalisme socialiste kitsch.
    On ne devrait pas.
    Je me souviens de l’Irak, quatrième puissance militaire mondiale ; des souterrains couvrant toute l’étendue de son territoire ; des armes chimiques et des bombes atomiques bricolées dans les toilettes de ses casernes qui devaient causer des millions de morts dans les rangs de nos populations civiles.
    Je me souviens des parachutistes français (filmés par une chaîne de télévision française) sauvant une demi-douzaine de négrillons au Rwanda alors que le politique et le diplomatique tricolores baignaient dans le sang des Hutus et des Tutsis jusqu’aux omoplates.
    Et des téléspectateurs que nous étions qui croyaient ces images puisque c’était celles que nous voulions croire réelles. Le pouvoir que l’on a de s’aveugler (et de s’assourdir par la même occasion) est sans commune mesure avec la raison, l’intelligence et l’acuité visuelle.
    Dorothée Selz, dont la spécialité est de bricoler dans l’éphémère (le sucre, les fêtes) et qui est célèbre pour ça, aime les images qui mentent franchement. Les images populaires, celles des magazines de science-fiction, des bandes dessinées bon marché, les aplats violents de couleur et les couleurs qui pètent, les abécédaires, les illustrés bas de gamme, les albums de coloriage, les fusées faites de trois enjoliveurs de scooter, les martiens qui ressemblent à des Auvergnats qui feraient de la plongée sous-marine, les Indiens qui pique-niquent dans la pampa et les cow-boys dont les Colt font « Pan ! Pan ! »
Petite, elle a apprivoisé le monde avec ces images (et les fabuleux jouets populaires que collectionnait son père) et elle continue à essayer de le comprendre ou bien à l’améliorer en travaillant avec elles et avec les couleurs les moins naturelles possible, les plus éloignées en tous les cas de celles que l’on utilise pour les tenues de camouflage. Dorothée Selz ne veut rien camoufler, elle veut tout rendre trop visible. Elle intervient modestement à la surface de ces images en les gribouillant comme une petite fille qui « dépasse » ou en les griffonnant de spirales de couleur comme un enfant qui ne veut plus y jouer. Elle insiste aussi sur des lignes de fuite, elle exagère des perspectives à l’aide d’un peu de ciment-colle comme une « artiste » qui a du métier.

Fluo.
Acid(e).
Gai.

    C’est le geste joyeux de la cuisine, de la pâtisserie pour rire lorsque l’on est enfant, où la douille de pâtissier fait de vous un Pollock à la manque. C’est l’époque où les pièces montées sont faites avec des pierres posées l’une sur l’autre, où les bulles de savon sont des planètes que l’on crève avec le doigt, et où un manche à balai peut faire un cheval sauvage qui jamais ne marchera au pas.
    Dorothée Selz fait des moustaches à la Joconde avec de la confiture.
    C’est un pied de nez, l’air de rien, à toutes ces images pour garçons qui encombrent le monde.
    Ces images, maintenant, sont des images de fille !

Jolies.
Inoffensives.

    C’était, l’air de ne pas y toucher, le résultat escompté. La cible est atteinte, la mission accomplie.
   
« Rétro-Rotor ! »
   
    Il ne reste plus qu’à retrouver le chemin du monde ordinaire.
    Ce ne devrait pas être trop difficile, la terre à l’horizon est bleu fluo comme une orange en plastoc.





Ce texte écrit en 2003 a été publié dans le catalogue "Sage comme les images"
publié par le Musée de l'image d'Epinal à l'occasion d'une exposition de Dorothée Selz.

Il a posé quelques problèmes (les Hutus et les Tutsis, je suppose) avant d'être publié intégralement.