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Frédéric Roux

VARIA

Un peu de para-situationnisme en amuse-gueule

“J’ne fais pourtant de tort à personne”
   


Le Beaujolais nouveau est arrivé, pour changer, il a goût, comme d’habitude, de piquette à la banane. Le nouveau Debord est sorti quelque temps avant, on en a parlé presqu’autant. Dans le Nouvel-Obs', J.P. Dubois (dont on fait les bières) se félicite de son immobilité. Si c’était vrai, cela ne serait pas très bon signe, qu’est ce qui ne bouge pas, si l’on excepte l’admiration sans condition ? Un mort, peut-être...
    Que Debord ne change pas était une objection que j’avais  avancée lors de la parution de son précédent ouvrage. “[...] nous avons eu quelque plaisir à lire les Commentaires sur la société du spectacle, le même que nous aurions eu à écouter le dernier disque de Chuck Berry, le plaisir de la nostalgie... Chuck Berry fait toujours du rock, le problème c’est qu’il fait encore du rock.”
    Il semblerait aujourd’hui que Debord ait bien changé, sa guitare d’épaule d’abord ou du moins qu’il l’ait débranchée, suivant la vogue de l’"unplugged" qui envahit les bacs des disquaires et qu’ il nous gratifie pour cette fois d’une bonne vieille chanson française : “[... ]Que j’me démène ou que j’reste coi, je passe pour un je ne sais quoi.”
    Bien entendu, il ne peut pas s’empêcher d’insulter ceux qui sont faits pour ça, cela réjouit toujours les amateurs d’électricité mais il le fait avec la bienveillance teintée de bonhomie de celui qui est revenu de tout. Il vieillit le bougre ! 
    Il qualifie en chemin le contrat qui le lie aux Editions Gallimard et à son P.D.G., Antoine (“con, raclure de bidet”, 1969...) de “parfaitement libéral”, ce que l’on a tout lieu de croire si l’on s’afflige de la publication par le même de l’ouvrage d’Alice Becker-Ho.
    On le voit même décerner à Monsieur Mouton (Mais oui ! C’est son vrai nom, un certain Bidet a bien écrit une Théorie de la modernité,  un membre de l’I.S. s’appelait Cheval, alors ?), un brevet d’intelligence que ce dernier, l’ayant obtenu il y a maintenant quelques lustres, est plutôt embarrassé d’avoir en double. Debord repousse d’ailleurs, sans trop y croire, les critiques que l’ovin avance comme si “l’approche assez rassurante et très schématique de la dialectique” qu’il lui reproche était, dans le fond, la sienne.
    Car c’est bien là l’o(a)bjection majuscule que l’on peut faire aux derniers opus de G.E. Brassens, sa dialectique est devenue aussi transparente et virtuelle que, toutes proportions gardées, celle de J. Baudrillard. Ne maîtrisant pas très bien la nouvelle donne, "le rouge, le drapeau et les ouvriers" s’étant évanouis du paysage, il reste pour citer J. Huizinga : “[...] à bien regarder cette comparaison courante de la vie avec son spectacle, son intention, conçue sur des bases Platoniciennes, semble presque entièrement résider dans l’éthique. C’était une variation sur le vieux thème de la vanité, une lamentation sur la frivolité des choses terrestres, sans plus.”
    Si nous sommes heureux, certes, d’apprendre qu’il continue à suivre son “chemin de petit bonhomme”, si la thèse et l’antithèse sont bien toujours là, la synthèse est désormais absente, remplacée par la prothèse qu’utilisent tous les esthètes désenchantés : le savoir-vivre bien au milieu d’une foule qui vit mal et qui boit de la piquette à la banane.


Frédérick "Margaux" Roux

Tact envoyé à quelques centaines d'exemplaires
publié dans L'Introduction de l'esthétique, Editions l'Harmattan




 

Que le spectacle continue ! 

   

C’est une chose étrange qui advient à Guy Debord et que seuls les meilleurs d’entre nous auront entrevue. D’un côté le succès spectaculaire de La société du spectacle et de ses thèses, de l’autre l’impuissance de celles-ci à échapper à ce qu’elles dénoncent. On peut voir à la fois une foule de nains s’en servir de talonnettes et Canal +, la chaîne dont le “spectaculaire intégré” est le fonds de commerce, s’offrir une soirée hommage à celui qui l’a le plus férocement dénoncé. Ils étaient où d’ailleurs ceux qui idolâtrent aujourd’hui ce qui a fait son temps du temps où cette pensée pouvait mener le temps ? Egarés hier, comme ils le seront demain, ils se cherchaient un maître et reconnaissaient le meilleur aux quantités de sang qu’il avait pu verser.
    Ces dernières années une contradiction formidable hantait l’œuvre de Debord, à tel point qu’elle ne pouvait se résoudre que dans un geste définitif, celui qu’il a d’ailleurs choisi avec toute l’élégance dont il était capable. Cette contradiction n’était plus viable dans la mesure où ce qui la rendait possible était l’existence d’une instance capable de renverser l’horreur sur le monde répandue. Cette instance Debord la désignait encore il y a peu comme étant le prolétariat. Le prolétariat disparu, dans sa dialectique plus que dans la réalité, il ne lui restait plus qu’à fredonner au lieu du chant des volontaires du bataillon Lincoln :
        “Il y a une vallée en Espagne qu’on appelle Jarama
        C’est un endroit que tous nous connaissons trop bien
        C’est là que nous avons perdu notre jeunesse
        Et aussi bien la plus grande part de nos vieux jours.”
celui des Gardes suisses que nous a fait aimer Céline :
        “Notre vie est un voyage
        Dans l’hiver et dans la Nuit
        Nous cherchons notre passage
        Dans le Ciel où rien ne luit.”
    La dialectique abolie, les drapeaux noirs rangés sauf de temps à autre pour recouvrir les catafalques, rien de neuf ne paraît qui ne soit déjà mort. Lorsque l’on sait tout ce qui va advenir il ne reste plus rien, sinon le soleil noir de la mélancolie pour éclairer un champ de ruines. Lorsque l’Etat peut supprimer par décret une heure de nos nuits, il étend la nuit sur nos songes même. Tout est perdu fors l’honneur, classé même, car il est d’usage de classer les ruines et de les faire visiter.
    La dernière œuvre de Guy Debord (et il faut admirer au passage Brigitte Cornand d’avoir su se mettre entièrement à son service) apparaîtra comme un avertissement funèbre, un signe d’outre-tombe qui ne veut pas d’écho. Ses insuffisances même — car, après tout, si l’on y regarde à deux fois, il n’est rien de ce film qui égrène les mensonges passés pour que nous ne puissions plus croire aux mensonges futurs, qui ne soit recevable par toutes ces fausses intelligences, ces contestataires aliénés que Debord exécrait... les consommateurs modernes, les anciens étudiants, tous ceux qui désormais paient, rubis sur l’ongle, leur tribut à Canal +, on ne peut les admirer que si l’on connaît la chanson.
    Comme la télévision a été inventée avant la réalité, il faut lui laisser le mot de la fin ; Philippe Gildas, dans une émission consacrée à un soi-disant écrivain, déclarait : “Non seulement ça fait vendre, mais ça change la vie.” Tu l’as dit bouffi ! Debord est toujours là afin qu’on le remarque.


 Situation du situationnisme



Il n'est pas certain qu'il faille voir comme son plus beau détournement, ainsi que le suggèrent Gilles Tordjmann et Arnaud Viviant dans Libération, le contrat qu'a signé Guy Debord avec la maison Gallimard. Il faut tout de même rappeler que le dernier numéro de l’Internationale situationniste se clôt sur une correspondance adressée au 5, rue Sébastien Bottin. Que Claude et Antoine Gallimard y sont copieusement insultés ("raclure de bidet", "fils raté de votre père", "merdeux", "bête et malheureux") et que cette correspondance s'achève sur ces phrases définitives : "On t'a dit que tu n'aurais plus jamais un seul livre d'un situationniste. Voilà tout. Tu l'as dans le cul. Oublie-nous."
    On ne saurait être plus clair. De deux choses l'une donc : soit le détournement n'est plus ce qu'il était et la cohérence avec, soit Guy Debord ne se considérait plus comme situationniste. Ce qui est suggéré ailleurs.
    Il n'est pas sûr, non plus, qu'il faille voir comme un ultime pied de nez la diffusion sur Canal + d'une soirée consacrée à Guy Debord, pas plus d'ailleurs qu'un parjure du genre de ceux que les gauchistes des années 68 nous ont rendus familiers. Il s'agit peut-être de pire encore : la faillite d'une volonté, la soumission dernière à un ordre des choses que l'on n'a pas voulu, que l'on a refusé jusqu'au bout et de toutes ses forces.
    Certes, se réjouir de ne jamais avoir été l'employé de ce dont on fomentait la perte est admirable, mais s'en faire le sous-traitant en diminue obligatoirement la portée. On peut, bien-sûr, lui prêter l'intention, après avoir rendu sa théorie visible de tous en la dissimulant, d'avoir fait en sorte de la rendre invisible en l'exposant là où elle est trop visible, mais c'est pour le coup manquer de cruauté.
    A quoi sert de refuser d'apparaître si ce refus nous fait apparaître partout, même où l'on n'est pas, et pourquoi accepter de le faire là-même où il faudrait être, plus que jamais, absent ? Comme écrivait le marquis de Sade : "A quel titre prétendez vous que les riches vous soulagent si vous ne les servez en rien ?" "C'est la vie !" comme disent ceux qui sont près de mourir...

Publié dans Télé-Obs
repris dans L'Introduction de l'esthétique



Paris le 15/2/1995


                                Philippe Chauché
                               
   
Philippe Chauché,



    “Il vaut mieux écrire le faux que recopier le vrai des derviches et des dévôts”, vous auriez dû faire davantage attention à cette phrase avant de m’adresser votre philippique stalinienne. Vous me reprochez en somme de ne pas avoir écrit ce que tout le monde a écrit, c’est un peu court.
    Sachez que, si j’avais eu l’occasion de vérifier la légende de la photo illustrant mon article, j’aurais rectifié l’erreur en heureux propriétaire des textes sacrés dans leur version originale. Ce qui est dommage pour vous c’est que les Cahiers du Cinéma ont commis la même pour illustrer un concert de louanges à votre grand homme ; cet encens posthume vous semblera-t-il, par là-même, irrespirable ? Croyez-vous que si le danger de la prose de Guy-Ernest Debord était si immédiat, le risque en serait pris par tout le monde, y compris Sollers ?
    L’objection de fond qui est faite dans mon texte, vous n’en dites mot, à moins que vous ne l’ayez pas saisie.
    Laissez donc les morts enterrer les morts.


PS : un détail encore, Debord était marrant et vous ne l’êtes pas
P.J : un texte confidentiel plus ancien pour vous agacer l’ostensoir

Courrier adressé à un pro-situ d'Avignon indigné par le texte ci-dessus
ou, plutôt, par une erreur (fausse attribution, je crois me souvenir, du célèbre graffiti : Ne travaillez jamais)
du secrétariat de rédaction de Télé-Obs.
Repris dans L'Introduction de l'esthétique.
Le Chauché en question est, désormais, journaliste (et, peut-être même, délégué syndical)
dans une rédaction régionale de France 3


Avec gaz ou sans gaz ?

lacq
 

En ces temps-là (après-guerre), les Français ne se lavaient pas tous les jours. Lorsqu’ils le faisaient c’était par morceaux, debout devant l’évier de la cuisine, devant la glace de guingois, toujours cassée… les survivants de cette époque se souviennent avec ravissement, et quelquefois un début d’érection, du geste des femmes passant le gant de toilette humide sous leur combinaison et sur les poils de leurs aisselles. Savon de Marseille pour tout le monde et pour les raffinés : Palmolive à l’huile d’olive. L’hiver, on fait chauffer une casserole ou une lessiveuse, c’est selon, sur la cuisinière à charbon ou le poêle à feu continu, l’été, il fait chaud. Quelquefois on sort le tub en acier d’arrosoir et l’on fait trempette dans l’eau savonneuse en éclaboussant le carrelage de la souillarde, ou l’on s’asperge dans le jardin avec le tuyau qui sert pour les trois rangs de tomates et la planche de radis. C’est la France de Doisneau et celle de Cartier-Bresson, celle du bougnat, son charbon (l’anthracite, le boulet…) et son vin du Postillon. L’horizon de la modernité c’est le chauffe-eau pour tous, le gaz à tous les étages et la 4 CV achetée comptant.
    Depuis 1941, la Société nationale des pétroles d’Aquitaine travaille en douce à faire basculer définitivement le pays du semi-agricole au tout-industriel. En octobre 1949… Hourrah l’Oural ! le pétrole jaillit à Lacq, les journalistes accourus voient déjà le Béarn transformé en un « Bakou pyrénéen », un « Texas béarnais », les vallons tranquilles couverts de derricks en lieu et place des palombières.
    Les ouvriers, eux, continuent à forer…  650, 2000, 2200, 3400 mètres. Rien. Pas grand-chose. La direction décide de ne pas se dégonfler, de creuser plus loin encore, et le mardi 18 décembre 1951, la pression au manomètre indique 200 kilos. C’est le gaz. On ferme le puits pour la nuit, mais le lendemain matin la pression est montée à 330 kilos et à huit heures la sonde gicle comme un bouchon de mousseux, et le gaz libéré fuse à 25 mètres de hauteur. Les routes sont interdites à la circulation, les trains sont arrêtés, les populations doivent se tenir prêtes pour l’exode. Myron Kinley, une sorte de Red Adair texan, mettra deux mois à maîtriser définitivement la situation.
    Une fois le gisement découvert, restait encore à apprivoiser et à exploiter 245 milliards de mètres cubes d’un gaz situé à 3500 mètres de fond, comprimé à 600 bars et qui ronge en un clin d’œil toutes les pièces d’acier forgées à chaud qu’on lui présente. De quoi alimenter un chauffe-eau comack, à condition que le bilame ne soit pas foutu, jusqu’à la fin des temps.
    C’est seulement en 1955 que les aciéries de Pompey parviendront à mettre au point un acier qui résiste à la corrosion de l’hydrogène sulfuré. La première tranche d’exploitation de gaz entre en service en avril 1957 avec une capacité de traitement et de production d’un million de mètres cubes de gaz par jour.
    Tout près du Gave de Pau où les truites pullulent et que remontent les saumons, quatre pôles industriels sont créés sur 200 hectares, déversant joyeusement anhydride sulfureux et fluor dans l’atmosphère, sans trop se soucier de la santé des paysans qui continuent à labourer leurs terres au pied des torchères, avec leur paire de bœufs beige (Jean et Martin). Des gazoducs sont construits à travers leurs champs en direction des principales villes françaises. La main d’œuvre locale ne suffit bientôt plus, les ouvriers affluent vers cet Eldorado. Il faut les loger.


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    Il n’y avait pas trente-six solutions pour ce faire. Soit on agglomérait la ville nouvelle aux villes proches : Pau ou Orthez ; soit on disséminait les logements dans les villages aux alentours de Lacq ; soit on construisait une ville ex nihilo. Pau et Orthez ne tenaient pas à voir rappliquer quelques milliers de communistes qui auraient bouleversé l’échiquier politique local ; les villages n’étaient pas suffisamment équipés et le coût de l’opération aurait été élevé. La S.N.P.A. se rabat donc sur la plus radicale des solutions, la troisième, c’est la Caisse des dépôts et consignations (Sarcelles, etc…) qui financera l’opération. Reste à trouver un terrain pour édifier 3000 logements, qui doit répondre à une série d’impératifs catégoriques : la proximité du complexe tout d’abord, mais aussi une situation géographique à l’abri des vents dominants pour que, tant qu’à faire, les employés ne respirent pas des saloperies 24 heures sur 24, d’une acquisition facile et bon marché… faut pas faire de frais, si l’on tient à gagner un max ! C’est finalement un terrain marécageux de 150 hectares envahi par les thuyas, à proximité du petit bourg de Mourenx, qui sera choisi par Maneval, l’urbaniste dépêché sur place.
    Il n’est peut-être pas inutile, pour la compréhension de la suite, de rapporter au lecteur l’histoire drôle que se racontent, au fond de l’épicerie buvette, les paysans, le béret renversé sur la nuque en mâchant un mégot éteint : « C’est un touriste qui demande à des vieux assis sur un banc, au soleil : Comment vous faites par ici pour tracer les chemins ?
    - On lâche un âne… et là où il passe, on fait le chemin.
    - Et quand vous n’avez pas d’âne sous la main, comment vous faites ?
    - Si on n’a pas d’âne… on prend un ingénieur ! »
    Et ça les fait rire. Le paysan n’est pas fin et, en prime, il est cruel avec les animaux et avec les touristes. Comme le grand Capital n’est pas tendre non plus, il ne reste aux défavorisés qu’à se morfondre entre quatre cloisons de béton cellulaire, comme les lapins du clapier.
    On imagine, en tous les cas, le merdier : les ouvriers du chantier sont parqués dans des conditions innommables, dans la boue et le vacarme des pelleteuses et des bétonnières une équipe de 21 ouvriers monte un étage de tour tous les 4 jours, une équipe de 24 torche 2 appartements tous les 3 jours. La construction des bâtiments emprunte le chemin de grue. Huit mois après le début des travaux le premier locataire aménage : papier peint, plafond à 2 m 30 (« C’est le Modulor, camarade ! »), portes isoplanes, loggia, sols dalflex ou dalami, bac à douche, bloc évier inox, vide-ordures et le fameux chauffe-eau à gaz. Montés sur des bidons les représentants de la S.C.I.C. attribuent les logements à qui les demande, comme au Far-West.
    S’ils réclament toujours l’excuse de l’urgence, il faut tout de même reconnaître, sans être très critique, que les architectes engagés ne se sont pas encombrés de scrupules, qu’ils n’y ont pas été, pour tout dire, avec le dos de la cuillère. Le Corbusier a bon dos lorsque l’on ne retient de sa pensée que ses aspects les plus négatifs, en définitive, un seul : la standardisation. La ville s’organise autour d’une place centrale et de deux grandes voies perpendiculaires, la structure générale de l’ensemble présente : un groupe de barres de 4 étages (on fait ainsi l’économie de l’ascenceur), quelques tours de 12 étages et une de 17 en bordure de la place principale, à la périphérie on trouve des groupes de logements individuels en bandes ou en pavillons, sur l’une des collines dominant la ville quelques villas de standing. 2846 logements, 2846 places de parking annonce fièrement le dépliant de la S.C.I.C., propriétaire unique de la ville, où les employés du complexe peuvent soigneusement garer leurs P.60, leurs Dyna Panhard, leurs Dauphine et leurs 203.
    La ville est une maquette grandeur réelle des pires aberrations de l’époque, la caricature formelle du capitalisme triomphant et ce jusqu’à l’absurde. Il est impossible, par exemple, à un ouvrier, même s’il en a les moyens, de louer un pavillon ; s’il devient cadre, il doit obligatoirement déménager dans les logements qui leur sont attribués. La ville n’a pas d’Histoire, bien sûr, mais elle ne compte pas non plus d’adolescents, ni de vieillards, aucune bourgeoisie ; elle dépend d’une seule industrie, elle est la propriété exclusive d’un seul propriétaire. Difficile dans ces conditions de faire comme tout le monde, d’être autre chose qu’une cité d’urgence et de voir rappliquer les penseurs de la modernité.
    Henri Lefèvre en voisin (il est de Nay), les situationnistes auront beau jeu de dénoncer Mourenx comme le banc d’essai de l’aliénation contemporaine. «[… ]à Mourenx, les salles de spectacle de ce nouveau monde (celui du spectacle) sont déjà à l’essai. Atomisées à l’extrême autour de chaque récepteur de télévision, mais en même temps étendues à la dimension exacte des villes. » Georges Pompidou, pour sa part, déclarera : « Je crois que  monsieur le maire de Mourenx est installé dans une mairie toute neuve ; je crois bien qu’il y a à Mourenx un lycée superbe, tout neuf qui a coûté plus de 900 millions d’anciens francs. Je crois qu’il dispose d’une piscine chauffée et de certains autres équipements qui, traditionnellement en France, ne suivaient pas l’installation immédiate des usines dans le passé. » De Gaulle, lui, planté sur la butte gazonnée du haut de laquelle les autorités locales font admirer leur chef-d’œuvre, laissa tomber — lapidaire — : « Ça manque de boutiques !  » Tout cela est vrai et juste, mais que cela ait été « manié innocemment par des imbéciles ou délibérément par des policiers  », le résultat était là et bien là, et il fallait que 10.000 individus fassent, tant bien que mal, avec.

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    Dans un premier temps, l’esprit « pionnier » fait ses preuves grâce ou à cause des conditions précaires qui règnent pendant la mise en place : on marche dans la boue, on dit la messe dans un hangar de tôle ondulée, le centre commercial n’est pas mieux loti, la banque est à l’abri dans une caravane, mais on ramasse des champignons, les gamins courent partout, les Italiens chantent, on dîne à la bougie, on se prête ce qui manque, on grimpe des seaux d’eau à ceux qui n’en ont pas, un fermier vend des œufs, du vin et du lait, les enfants font leurs maths dans les escaliers des caves autour d’un transistor. Tout le monde est étranger donc personne n’est exclu. On est solidaire, peut-être parce qu’on y est obligé, mais aussi parce que c’est une valeur de classe et que la classe ouvrière existe encore.
    Dans les années 60, la ville s’installe, se densifie, accueille une nombreuse population pied-noir. C’est l’époque où Mourenx est un lieu de pèlerinage obligé pour les visiteurs étrangers : Kroutchev, Gromyko, Kossiguine, Hailé-Sélassié, Moïse Tschombé, Omar Bongo font leur petit tour, mais aussi ethnologues et autres sociologues qui viennent prendre le pouls des populations locales et relever leur courbe de température. Et comment elles vont les populations locales ? Pas très bien, s’il faut en croire les témoignages, les femmes passent leur temps à faire la poussière ou des enfants entre deux dépressions, ça castagne dans les bals avec les indigènes et surtout, lorsqu’ils ont trois francs-six sous, les Mourenxois se font construire un pavillon Mon-Rêve sur les coteaux environnants. La greffe ne prend pas. Mourenx reste une enclave dans le paysage, dans le tissu social, rural et culturel béarnais. La situation virera même à l’absurde lorsque, pour empêcher une manifestation des habitants qui devaient se rendre à la préfecture de Pau pour protester contre une augmentation de leurs charges, la ville sera cernée par les gendarmes mobiles. Décréter l’état de siège pour une manifestation de protestation de ce genre semble tout à fait disproportionné aujourd’hui, mais on s’est toujours fait, à l’extérieur de Mourenx, une représentation qui tient plus du fantasme que de la réalité, dont on est encore étonné de vérifier la persistance.
    Car ce qui frappe lorsque l’on se rend à Mourenx, près de trente ans après sa fondation — alors qu’on vous a décrit le Bronx, vous débarquez à Lausanne —, c’est une hypernormalité bizarre et la présence formidable d’un contrôle social d’une rare efficacité. Pour ce qui est du décor, tout est encore plus ou moins en place, quelques bâtiments ont été « réhabilités » : trois coups de peinture pastel, un digicode et des auvents pour les entrées, une demi-douzaine de zigouigouis post-modernes pour faire post-moderne et le tour est joué ! Aux deux extrémités de la ville, l’inévitable rond-point avec en son centre l’inévitable œuvre d’art style 1% de bretelle d’autoroute. Des fleurs partout, la ville s’enorgueillit à juste titre d’avoir remporté le 2e prix des villes et villages fleuris des Pyrénées-Atlantiques, juste après Saint-Jean-de-Luz. Pour le reste : une salle polyvalente, un centre aéré, une piscine olympique, un vélodrome sur la clôture duquel on peut lire : « Le sport reste un jeu loyal profondément respectueux de l’être humain »… crèche, camping, groupes scolaires, maternelles, foyer pour personnes âgées, un dojo tout neuf, une M.J.C., une église avec une orgue en teck, des courts de tennis en pagaille dont deux couverts sur lesquels un gros monsieur avec un T-shirt Lee U.S.A. se lamente de sortir ses services, un fronton, une bibliothèque informatisée, un cinéma (Exotica, Harcèlement, Priscilla, reine du désert, Stargate), un commissariat, un parc paysager en projet, une poste en construction, boulodromes pour les pépés, toboggans pour les bébés, piste de skate, pas un feu rouge, stationnement gratuit pour tout le monde, un gagnant du quinté (234.142 francs) le 20 mars, un autre du tiercé (101.256 francs) le 12. Le kilo de lotte est à 59,5O, les côtes de porc à 22,40 et les endives à 9,20, la boite de craie à 10 francs, la remorque deux-roues en vaut 850 et Daniel Chapothin prend la succession de Monsieur Benchetrit, cordonnier depuis 30 ans. Que demande le peuple ? Visiblement autre chose. Ce qui n’est pas rien…

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    Pour la municipalité communiste en place depuis 1977, le discours est clair : s’il y a des problèmes à Mourenx, cela vient de la baisse d’activité du bassin de Lacq et du désengagement des entreprises du secteur (Pechiney et Seb ont fermé, Elf n’investirait plus et préparerait en douce une reconversion sous d’autres cieux). Ces entreprises qui ont exploité la richesse de la région ont des devoirs envers elle, il faut donc leur « interdire » cette politique, les « obliger » à reconnaître leur dette et à investir de nouveau. Pour cela une solution miracle : on inverse les vannes ; puisque le gaz tend à s’épuiser, on l’importe, ce qui maintient sur place, où la main d’œuvre et le savoir-faire existent, les industries chimiques de transformation et tous leurs sous-traitants.
    Chez les opposants socialistes, qui espèrent remporter la mairie aux prochaines municipales et qui tiennent le district (entité administrative qui regroupe 16 communes d’alentour), le discours est quasiment identique, mais plus optimiste et moins revendicatif. Le déclin n’est pas fatal, de nouvelles industries se sont installées sur le site (pharmaceutiques, cosmétiques, etc) et ils se font fort, grâce à une image « jeune et dynamique », de remonter graduellement la pente.
    La réalité semble plus complexe, comme toujours. Si d’un côté il ne semble pas falloir espérer qu’Elf change de politique — qu’une fois le gisement épuisé, on pliera courageusement bagage —, si les nouvelles entreprises qui s’installent, surtout grâce aux subventions gouvernementales, ne sont pas toutes très solides, ni créatrices d’emplois ; d’un autre côté, si l’on veut parler comme un technocrate, il semblerait toutefois — et la volonté politique ne se déploierait donc pas en vain — que le déclin ne soit pas aussi brutal que cela et que, sans parler vraiment de reprise, on assiste à un tassement du phénomène. Si Mourenx ne compte plus que 7500 habitants et 695 demandeurs d’emploi (sûrement autant d’emplois précaires) pour 3000 personnes actives, son taux de chômage (17% quand même, c’est pas la Gloire !) est inférieur, selon la directrice de l’A.N.P.E. locale, aux moyennes nationale et régionale. De toute les manières, que l’avenir du bassin passe par des décisions politiques et industrielles au plus haut niveau, qui seront prises ailleurs, semble évident.
    Les habitants recopient ce discours économiste et réclament à haute et intelligible voix : du boulot (on s’y emploie), des sous ! (il y en a), pourquoi n’obtiendraient-ils pas les deux, d’autant plus que les organismes sociaux à leur disposition font régner sur leur ville une paix sociale rare ? La ville peut se vanter de compter un nombre d’agents de pacification incroyable, le commissariat compte 26 fonctionnaires en uniforme, trois inspecteurs et trois employés administratifs (des cités de la banlieue parisienne en sont encore à réclamer un poste de police ou trois îlotiers), 34 personnes émargent au seul centre socio-culturel et ce ne sont que deux exemples parmi la pléthore d’associations qui quadrillent le vie des Mourenxois. A se demander si la première de leurs revendications ne devrait pas être qu’on leur foute la paix ! La santé physique n’est pas négligée pour autant, on compte huit médecins, cinq dentistes, trois kinés, un ophtalmo, un pédicure-podologue, trois pharmacies, un cabinet radiologique, un laboratoire d’analyses médicales, une clinique d’accouchement et même un vétérinaire (belge) pour les tourterelles et les perruches des retraités. Malgré cela, on y meurt, bien-sûr, du cancer et la pollution est un sujet tabou.
    Bien que quelques tours soient à l’abandon, en instance de rénovation et ne comptent qu’une demi-douzaine de locataires, la ville présente une image délibérément pimpante, les pelouses sont tondues de frais, les cages d’escalier nickel, un seul graffiti : « FILCS INCOMPETANT » sur le rideau du centre Leclerc. Pas de tags, il a suffi à la municipalité de leur offrir un mur pour que les taggeurs s’expriment sagement et sans déborder, comme à la communale. Il faut aller traîner dans les toilettes du cimetière pour découvrir la seule inscription politiquement incorrecte : « Je recherche un jeune homme pour le sucer et le baiser. RDV à partir du 16/05/94. Etrangers bienvenus. En + récompense si très bien membré ». On respire. Mais lorsque l’on sort des pissotières, on se casse le nez sur la pancarte municipale du parc, en bordure de l’école maternelle : « Ce bois est à vous. Son aménagement a coûté du temps et de l’argent, respectez ces lieux, protégez-les, maintenez-les en bon état de propreté ». Sans être un féroce partisan du désordre, un léger sentiment d’étouffement vous gagne. On se croirait en Allemagne ou en Autriche ou, pire encore, dans un feuilleton de science-fiction des années 60. « Big brother is watching you », mais il est plutôt sympa !
    Chaque responsable se réclame de cette banalisation et de ce conformisme atones, le conseiller général se vante, grâce aux ronds-points, d’avoir tenté de faire ressembler Mourenx à n’importe quelle autre ville, Chemetov, en visite, déclare aux élus locaux (plaisantait-il ?) : « l’aménagement d’un espace public doit être ordinaire (ordre), banal (sert à la communication) et conventionnel (en rapport avec ce qui existe déjà) » et se félicite donc de la rénovation de la Place-des-Pyrénées qui « compte tenu de ces critères est un bon exemple de réussite architecturale ». Milladiou ! Jusqu’au geste symbolique censé fonder la ville en lui donnant des racines, qui ne manque pas de sel : on a importé de Ferryville (Tunisie) un monument dédié à la mémoire des anciens combattants morts pour la France lors des guerres 14-18 et 39-45. On peut contempler, chevauchant une torpille, la République déployant un drapeau derrière un marin les poings serrés, on peut lire : « Aux victimes du Farfadet et du Lutin ». C’est en bronze, encadré par deux jardinières de pensées. Même les morts ne sont pas d’ici. Ce qui n’empêche, évidemment pas, la vieille dame assise sur la banc d’à côté de déclarer à sa voisine : « Lopez nous fait la sangria, après, y’a le couscous ! » Plus amusant, en s’égarant, on se rend compte que Mendés-France et de Gaulle ont donné leurs noms à deux impasses reliées par la rue Jacques Duclos.

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    Si l’on va se balader dans la campagne autour, seuls quelques piquets surmontés d’un petit toit jaune vif rappellent que les champs alentour sont parcourus par des conduites de gaz sous haute-pression. Pour le reste, c’est le Béarn - Navarrenx… Lahourcade… Monein… Artix -, des vignes, des prés, les lilas sont en fleurs, les béarnaises ruminent, placides, les routes sont bordées de platanes, il y a des palmiers plantés devant les cours des fermes où barbotent les canards, des calvaires aux croisements. Tout est bien… A deux kilomètres de Mourenx, on ne voit plus rien et l’on peut ignorer que le contenu d’un réservoir d’acide chlorhydrique (100 mètres cubes) s’est accidentellement répandu à la S.O.G.E.B.I., comme la semaine d’avant. Incident qualifié de « sérieux, mais sans gravité », selon la direction… comme d’habitude. On l’apprendra, comme tout le monde, dans le journal, comme on apprendra aussi que Jean Baudrillard fera une conférence-débat à l’occasion de la parution de son dernier ouvrage Le Crime parfait au Parvis, l’émanation culturelle du centre Leclerc de Pau. Cela, aussi, peut rassurer.
    A Lacq même, bien sûr, le complexe peut épouvanter (de nuit c’est formidable, on dirait un arbre de Noël), torchères, mastaba de soufre, convois de wagons sales, camions-citernes, cheminées géantes et, à l’entrée d’Elf, un panneau menaçant : « Attention masque à gaz obligatoire », mais personne n’en porte et les cars de ramassage attendent sur le parking les ouvriers, comme les enfants dans les campagnes. La nature alentour n’a pas l’air de souffrir outre mesure, à Lendresse un type laboure son champ — peinard — avec sa charrue trois socs, une petite fille passe à mini-vélo, suivie par son chien ; évidemment, elle a l’air un peu dégénérée, mais le vélo est en bon état et Youki a le poil brillant et la queue en panache. Alors ? On peut juste, si l’on est vicieux, dénicher une décharge privée dont l’entrée est interdite « sans  équipements spéciaux », mais enfin… les corbeaux autour n’ont qu’un bec, et deux ailes.
    Tout cela est bien rassurant, comme est bien rassurant le discours des jeunes qui tiennent les murs à Mourenx… « C’est sympa ! »… « La mer est pas loin ! »… « La montagne, non plus ! »… « Y’a tout ce qu’il faut ! »… Trois minutes après : « Y’a rien ! »… « C’est nul ! »… « Y’a rien à foutre ici ! »… « Faut se barrer ! » Le jeune a le fond plaintif et la vision du monde pas plus structurée que le langage. Nous laisserons à d’autres plus qualifiés le soin de désigner les responsables. Ce ne peut pas être les membres de l’Education nationale qui les préparent vaillamment au baccalauréat et, professionnellement : les filles à la couture, les garçons à l’entretien des espaces verts. Ni les travailleurs sociaux qui tiennent des discours du genre : «  A l’extrême la délinquance juvénile pourrait être un phénomène accessoire de la préadolescence ou de l’adolescence pour lequel il ne faut intervenir qu’en cas d’absolue nécessité, de manière à ne pas engager les mécanismes du contrôle social. » Pas plus d’ailleurs que les flippers mis à leur disposition (Corvette, Creature of the Black Lagoon, Checkpoint) qui claquent généreusement la partie gratuite aux alentours proches de 3O milliards de points.
    Le grand problème des travailleurs sociaux, « quelque part », c’est de savoir où ils habitent, alors que personne autour ne le sait. Et aussi que les « événements » ont éclaté « au moment où les conséquences de la “politique de la ville”, sous l’impulsion de Roland Castro et de son opération Banlieues 89, commençaient à devenir palpables ». Parce que Mourenx a eu sa nuit d’émeute, en 91, comme Mantes la Jolie, comme Chanteloup, pas bien méchante… histoire de prouver qu’il n’y avait pas de raison qu’ils en soient privés. Seulement, le Mourenxois a le fond raisonnablement paranoïaque, il a l’impression que les médias qui font une montagne avec une boulette de 40 grammes, avec une nuit d’émeutes, Dieu sait ce qu’ils allaient bien pouvoir inventer ? Surtout que la délinquance a fait un petit bond depuis 88… Que faire ? Et que faire pour que l’image qui leur colle à la peau veuille bien s’évanouir, alors que c’est dans ce miroir que les jeunes veulent se regarder et se trouver beaux ? Sinon leur prêter une attention plus soutenue encore… leur fournir une écoute… des lieux de rencontre, de parole… une salle de boxe thaï puisque c’est ça qu’ils demandent… leur fourguer tout ce qu’il y a de disponible, de prévu au programme, tout ce que l’on peut récupérer avec des subventions et des stages d’insertion. Se conformer tant et plus.
    Ils négocient avec les jeunes comme la municipalité le fait avec ses administrés, des parents perdus avec leurs enfants capricieux, ils leur donnent tout, s’étonnant qu’ils ne veuillent rien. Et ils contemplent, navrés, leur progéniture — morose — au centre de toutes ces saloperies dont une seule aurait fait, autrefois, le bonheur d’un village entier. Car, peut-être, comme on le chuchotait en ces temps-là : l’homme ne se nourrit pas que de pain, mais aussi de rêves et que les rêves (jusqu’à quand ?) sont en panne. La violence qu’on lui fait subir, l’homme sans qualités, maintenant que rien  ni personne  n’existe contre qui la retourner, se l’inflige à lui-même. Il est malade, dépressif ou suicidaire, il implose ; il n’y a guère que le propriétaire de la brasserie P.M.U., grande gueule plutôt sympa qui chasse la palombe à Iraty, pour se plaindre à haute voix d’avoir pris un coup de boule pas prévu au programme des réjouissances. On ne sait jamais quand ? — cela serait trop facile — un sourd mécontentement explose et notre Tartempion flanque le feu à la boutique du voisin qui n’est pas vraiment moins pauvre, ni malheureux que lui et il contemple, comme un enfant émerveillé regarde le lendemain sa Gameboy éventrée, la vitrine du Phildar descendue. Au moins, cette fois, lorsqu’il a frappé, qu’il y a eu du bruit, il a été souverain. « Il faut faire comme on le sent, sinon, on est déçu après ! » comme le disait un autochtone dans les allées du marché. On ne saurait mieux dire !

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    On a tôt fait, lorsque vous arrivez à Mourenx, de vous seriner avec la culture ouvrière qui serait, soi-disant, encore vivace et l’on peut, par nostalgie, se laisser aller à croire ce mensonge. Mais il ne faut pas perdre de vue que les ouvriers, ici, étaient surtout des opérateurs qui avaient gardé le statut de mineur et tous les avantages qui s’y attachent, qu’ils gagnaient relativement bien leur vie. Qu’ils ont très vite abandonné les valeurs ouvrières pour adopter celles de la classe moyenne : petit rêve, Bruno Petit, petit bonheur. Le pavillon avec jardin de 500 mètres carrés, cessible par héritage, le « communisme Labiche » dont Céline menaçait la France de la fin du millénaire. Même pas « d’inspirés du bord des routes », « d’habitants-paysagistes », l’autoconstruction dont le prolétaire est friand se borne, pour les locataires du rez-de-chaussée de quelques barres, à se délimiter un petit jardin de 8 mètres par 3, soigneusement clôturé. On peut y voir, l’après-midi, un handicapé assis y prendre le soleil avec ses parents, non loin de là, une place de parking réservée… Tristesse !
    On peut regretter aussi — entre nous — qu’un métissage ne se soit pas produit avec les habitants du coin. Certes, le Béarnais, sous des dehors bonhomme, est un sale con, mais les Mourenxois n’y ont pas vraiment, non plus, mis du leur. Ils ne chassent pas, pêchent peu et le rugby n’est pas réellement devenu le mode d’intégration qu’il aurait pu être. Dans l’équipe de Mourenx (3e division), pas un seul Benazzi. Deux cultures se sont croisées et l’on peut renvoyer les protagonistes dos à dos, ils n’ont guère été, sur le coup, plus fins les uns que les autres. L’utopie ouvrière n’a pas trouvé sa Florence qui, il est vrai, avait une drôle de gueule, à moins qu’elle n’ait été qu’une illusion. Chacun dans son coin ne sait où il habite, le maire, communiste, appelle à voter Voynet, le socialiste pourrait être balladurien ou « commercial » chez Volvo, le commerçant ne sait pas s’il va voter Le Pen ou Laguillier, l’éducateur se demande s’il ne vaut pas mieux voter à droite si l’on veut voir mettre en œuvre une politique de gauche. Comme un peu partout, mais en pire, la confusion règne. C’est, sans doute, la fameuse crise des valeurs qui nous pend au nez et dont on nous rebat les oreilles. Et l’on voudrait, en prime, que le jeune ait des repères, que la galère ne dérive pas vers des caps de désespérance ? Faut pas déconner !

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    Pour les Rameaux, c’est la foire. 60 pelés à l’église (à Monein, c’est plein et sans doute à Lagor) et la foule partout dans les rues pour déambuler dans le village planétaire de la saloperie : hamacs du Brésil, Batik de Java, porte-bonheurs péruviens, artisanat de Pologne, montres Harley-Davidson… « T’as vu le bazar ! »… Pralines, ballons, télécartes, piscine gonflable de chez Zodiac, peluches, Babar, carrés pseudo-Hermès à 20 francs… « On va chez Bata ? »… Dessous de plat en pinces à linge vernies, sculptures en galets peints, palas-horloges, poupées en tricot… « Moi, je suis plutôt rouge que blanc, mais enfin ! »… La plus grande gourde du monde (avec Certificat du Guiness-Book encadré), le clown Casimir qui joue du Kawai K4 sous la tente où l’on étouffe, le mime Yves Paul et Yannick Yann qui est passé chez Dechavanne… « A la télé, on y croit pas, mais en vrai ! »… Les pompiers, le M.R.A.P., le club Microtel, le Budo-Club, le Secours Populaire, la ligue de protection des chats, le B.T.S. action commerciale d’Orthez… « Il est très long, faut mettre ça dans un couloir, ça fait 2 m 20 (à propos d’un tapis). »
    A huit heures tout est plié, les auto-tamponneuses comprises. A dix heures tout le monde est au lit, pour le Bronx promis, faudra repasser. Si l’on est noctambule et si l’on aime s’amuser, il faut se replier sur le repas des commerçants à la salle polyvalente. 140 francs avec omelette norvégienne au dessert, en flammes, sous les panneaux de basket. Attractions : Bernard Philippe, imitateur (« Anus, utérus, Fabius »… rires), Nancy Nunez, chanteuse latino-américaine, Best Music Podium à la sono. Le champagne qui fait mal à la tête est à 120 francs. On danse un peu. L’ancien président de la section rugby se lamente sur l’ingratitude du genre humain, un flic à moustaches regrette de ne pas pouvoir tirer en toute impunité sur les quelques melons qui emmerdent sa femme qui est coiffeuse, l’inspecteur divisionnaire est avec une beur, un tel est cocu. La métaphysique se fait gazeuse… rots, bulles et pets. La France !
    L’après-midi, à 17 heures, Mourenx a battu Monein (tout à la main !) par 32 à 7, dans un match sans enjeu (un seul coup de tronche et encore presque par inadvertance), c’est le numéro 39565 qui a gagné la bourriche. Les bagnoles sont couvertes d’une fine pellicule jaune, on se demande si c’est du pollen ou bien si c’est du soufre ? C’est du pollen, mais si on le respire, il sent le soufre. Le printemps est diabolique… l’été sera infernal !



La rédaction de
Libération Magazine (supplément week-end du quotidien) avait décidé de confier le portrait d'une ville à un "écrivain".
J'avais proposé Mourenx
(que je connaissait un peu pour y avoir effectué un remplacement comme Maître auxilliaire au tout début des années 70)
à Gérard Laporte, le rédacteur en chef (qu'est-il devenu ?)
qui avait accepté.
Avec le pot qui me caractérise, ce texte aurait dû paraître dans le premier numéro de Libération Magazine qui ne paraîtra pas
(pour couronner le tout, j'avais appris sur place que la rédaction du Nouvel Observateur était en émoi après la parution de mon article "Connards Col Mao").
Il faudra que je menace la comptabilité de Libération de balancer un ordinateur par la fenêtre pour me voir payer la moitié de ma pige.
Ce texte a été publié ensuite dans L'Introduction de l'esthétique.




Les fétiches sont indiscutables



    L'homme et la femme se font face et se sourient, leurs sourires pourtant sont contraints. Et cela tout simplement parce qu'il y a entre eux un objet enfermé dans un emballage de fête : un cadeau qu'elle a choisi soigneusement, pensant naïvement que, cette fois, ça y est, qu'elle a réussi, qu'elle va lui faire plaisir. Il l'ouvre en souriant encore, mais il est soucieux, pour mentir il a besoin de réfléchir. Ses exclamations ravies n'y changeront rien... il est lamentable ! Ce  qu'elle pressentait se confirme... elle s'est encore gourrée. Comme à chaque fois, comme toujours !
Cet éternel malentendu remonte, bien sûr, à l'époque où elle n'était pas encore la femme de sa vie et que sa belle-mère en faisait office. Lorsqu'il était encore dans ses langes il y avait deux choses auxquelles il tenait : un ours en peluche borgne et un chiffon qui sentait mauvais, sa mère les a jetés lorsqu'il a fait semblant d'être un homme et de ne plus croire au Père Noël, pour se venger, il s'est constitué des trésors faits de bricoles inouies dans un état désastreux. Ensuite, il est vraiment devenu un homme, mais comme tous ses petits copains, avec ses objets il n'a jamais cessé d'être un enfant. Dès l'âge où elles collectionnent les poupées, comme plus tard les sous-vêtements, les femmes savent que l'on peut tout leur enlever et qu'elles continueront à être elles-mêmes, les garçons ne tiennent pas à ce qu'on leur enlève quoi que ce soit, vraiment pas. Les hommes grandissent rarement et toujours pour s'endormir ils portent la main entre leurs jambes.
    Ils n'achèteront jamais rien parce que : "Ça va pas !", qu'ils sont pas bien, inquiets, fiévreux ou qu'ils viennent de rater le contrat du siècle ; la fréquentation des boutiques ne les soigne pas, ce qui explique que leurs placards soient moins encombrés de choses inutiles qui leur ont plu un seul instant, ou du moins de choses dont ils ne se serviront plus sinon pour regretter les avoir acheté. C'est de là, entre autre, que leur vient la réputation injustifiée d'être pragmatiques. Ils ne sont pas, non plus, ou bien différemment, esclaves de la mode, ce qu'ils aiment n'a rien à voir avec l'aléatoire, le passager, le fantaisiste.
    Schématiquement (ô combien !), on peut ranger leurs possessions en trois grandes catégories : les objets-doudou, les objets-potes qui appartiennent, on l'a compris, aux objets-trésor et pour finir les objets- bite qui ne sont ni les plus personnels, ni les plus intéressants, mais qui les fondent socialement et dont on peut, le cas échéant, déclarer le vol aux assurances.
    Les objets-doudou ne sont pas très aisément discernables au premier coup d'œil des objets-pote. La plus sûre façon de les distinguer étant, peut-être, de s'interroger sur leur fonctionnalité. Alors que l'objet-pote peut encore, vaille que vaille, servir, l'objet-doudou est d'ordinaire : totalement pourri et, bien entendu, rigoureusement inutilisable. Rentrent dans cette catégorie : les couteaux sans manche auxquels manque la lame mais aussi les stylos à pompe sans plume, les montres sans aiguilles, les chaussures irréparables, les coussins éventrés, les boîtes d'allumettes visiblement tombées à la mer et quelques autres saloperies dont il est quelquefois impossible de déterminer la provenance et même ce à quoi ils ont pu ressembler et servir lorsqu'ils étaient neufs, si jamais ils l'ont été.
    L'objet-doudou se contemple d'un air rêveur, se malaxe, se renifle ; porteur d'une infinie nostalgie il est hors de question de pouvoir même en discuter raisonnablement et surtout de le balancer là d'où il semble tout droit issu : la poubelle. Lors d'un déménagement il sera formellement interdit de l'assimiler aux objets-déchets (lacets dépareillés, cadeaux de mariage, Tricostéril qui ne colle plus) et même de le confier à ceux qui, professionnellement, vont briser en mille morceaux le lustre de l'aïeule et perdre malencontreusement la timbale en argent du baptême.
    Rentrent dans la catégorie des objets-potes tout ceux qui pourraient avantageusement être remplacés par ce qui s'expose en de multiples et rutilants exemplaires dans les magasins adéquats. Ce peut-être aussi bien une lampe de bureau qui fait disjoncter régulièrement le compteur bleu, une veste en tweed même pas Harris dont on voit la trame, un pull-over dont les couleurs sont passées depuis belle lurette et dont la coupe remonte à Mathusalem et tutti-quanti. On pourrait croire y voir lové le snobisme suprême qui faisait que Brummel ne portait jamais un vêtement neuf et que son valet était chargé pour lui de casser ses chaussures, il n'en est rien. On est bien sûr plus à l'aise dans des mocassins qui ont marché, mais les durillons mal à l'aise dans ceux qui ont fait trois fois le tour du compteur ; si l'homme garde ces : Bata - Church - Sebago - Eram ou pire (rayer les mentions inutiles), c'est qu'il y est sentimentalement attaché.
    On touche là à un point crucial du comportement viril : l'homme est un indécrottable sentimental. Le monde autour de lui est menaçant, le ciel obscurci de nuées, les adversaires sournois, les amis redoutables, rien de tel donc, pour s'en préserver, que de posséder quelque chose de rassurant, quelque chose qui ne change et ne changera pas. Ces objets sont des fétiches et les fétiches sont indiscutables.
    De ce qui précède les femmes peuvent tirer au moins deux précieux enseignements :
    Un - On n'emprunte pas un objet de ce genre à un homme,
    Deux - On ne le remplace pas par un autre sous prétexte qu'il est mieux.

    Il est assez dans les mœurs féminines de prêter, d'emprunter, d'échanger un achat impulsif ou autre dont elles se rendent compte qu'il ne convient pas, ces astuces décuplent les possibilités d'un vestiaire déjà pléthorique et il faut y voir l'expression simple d'une intelligence mise en pratique. Tout cela n'a pas cours chez les hommes, mais surtout ne doit pas non plus avoir cours entre deux personnes de sexe opposé, partageraient-elles le même territoire depuis plus de vingt ans. C'est toujours à contrecœur que votre amant vous verra endosser sa veste de survêtement, tout cela parce que, et ce n'est qu'une incohérence supplémentaire, sa première petite amie la portait régulièrement et que, malgré des douzaines de passages en machine, il croit encore pouvoir retrouver des traces de son odeur dans le pli de sa capuche. Il faut vous y faire : avant c'était mieux et l'on ne peut rien contre les odeurs, surtout mentales.
    De la même façon vous ne devez absolument jamais changer de place un objet de ce type, c'est grâce à son inscription particulière dans l'espace qu'il ne se cogne pas dans tout ce qui traîne comme un autiste, c'est grâce à ces signes minuscules qu'il ne devient pas fou. Si l'envol d'un papillon en plein cœur de l'Amazonie peut déclencher un cyclone au Kalahari, il est évident que le plus infime déplacement d'une quelconque amulette, au sein du continent domestique illuminé aux halogènes que vous partagez, peut occasionner des secousses sismiques jusque dans les recoins les plus secrets de l'homme et l'on ne peut que craindre les conséquences ultérieures de semblables profanations.
    Tout ceci ne ressort encore que de l'erreur vénielle, la faute serait de penser qu'un tel objet peut être remplacé. Cela ne se peut, parce que, bien sûr, cela fait longtemps qu'un pull-over pareil, même à Fumel-Montsempron-Libos, il ne serait question d'en retrouver la trace - c'est une raison objective, mais surtout parce que, serait-il rigoureusement identique, ce ne serait pourtant pas le même. C'est la meilleure raison du monde puisqu'elle n'est pas raisonnable et ne souffre donc, en tant que telle, aucune réplique.
    Un homme habillé de neuf par sa petite amie aura, non seulement l'air contrit du caniche à sa mémére, son oeil pitoyable et son échine courbée, mais sera surtout plongé dans une situation qu'il ne veut en aucune façon revivre : la rentrée des classes, lorsque sa mère le transformait en pré-Jordy ou en post-petit Lord Fauntleroy destiné à se faire massacrer par ses copains à la première récréation venue. Il se souviendra obligatoirement à ce propos de toute une série d'épisodes malheureux : le pull bleu et jaune avec fermeture-Eclair tricoté par sa marraine, le pantalon en velours bois de rose qui allait lui attirer les sempiternelles réflexions sur son homosexualité supposée. Soupçons qu'il avait courageusement réussi à faire taire grâce à un combat plus équilibré qu'il ne l'aurait pensé avec un tortionnaire pourtant balèze. En résumé, une suite d'événements douloureux qu'il tient à taire et à oublier. Rien n'est équivalent à cette espèce de souffrance, qui ne demande qu'à ressurgir au plus léger titillement. N'oubliez surtout pas que si vous commettez cette erreur vous serez obligatoirement assimilée à sa mère et que cela n'est guère souhaitable...
    Les hommes détestent se distinguer, les vêtements sont pour eux un moyen de se conformer. Cela explique leur méfiance à l'égard de leurs congénères qui consacrent trop de temps à leur apparence extérieure (dont ils soupçonnent toujours la virilité d'être défaillante), et le manque de fantaisie de leur panoplie ; mais cela aboutit aussi, quelquefois, à la suprême élégance qui leur fait faire à peu près n'importe quoi : superposer les raies, les carreaux, les pois, les matières les plus antagonistes, les couleurs les plus dangereuses et demeurer malgré ou plutôt à cause de cela tout simplement superbes. La combinaison heureuse de "l'Eloge de l'Ombre" et de l'élégance britannique, de la modestie et de l'excentricité que l'on voit à certains qui ont le cran de refuser toute ingérence étrangère, surtout amoureuse, dans leur vestiaire. Paul Morand disait à leur propos : "Il y a des êtres victorieux qui savent marquer fortement ce qui les entoure, leur chien, leur pantalon, leur femme...".
    Contrairement aux opinions couramment admises il faut donc plutôt voir les hommes comme les gardiens de la tradition, rôle que l'on croyait jusqu'à présent dévolu aux femmes.. Il est vrai que, jusqu'il y a peu, c'étaient les hommes qui couvraient les femmes de cadeaux et non l'inverse. On vivait le temps béni où se vérifiaient les analyses de Thorsen Veblen : les femmes étaient des possessions prestigieuses qui restaient oisives, non pas tant parce qu'elles étaient incapables de remplir une fonction ouvrière, mais parce que cela eût voulu dire que leur mari était incapable de subvenir à leurs besoins et à leurs désirs, fussent-ils les plus  saugrenus. On parle encore, dans le secret des familles, des oncles noceurs qui s'y sont ruinés.
    En ces temps de ré-examen des valeurs (Les rôles sexuels sont-ils aussi clairement définis qu'on nous le rabâche ? L'art d'avant-garde n'est-il pas devenu l'art traditionnel de notre époque ? François Mitterrand est-il de gauche ?), il n'est pas inutile de se demander si les frontières entre les sexes passent où l'on avait coutume d'y poster des gabelous ?
    De tout cela, les femmes intelligentes auront déduit qu'il n'est pas facile, sinon impossible d'offrir quoi que ce soit à un homme sans l'humilier et pourquoi, lorsqu'elles s'y risquent, elles se plantent régulièrement. En cette époque où les boîtes à lettres débordent de somptueux prospectus dégouttant de marchandises multicolores, dont une rubrique est imprudemment intitulée : "Pour les hommes", il n'est donc pas inutile de leur prodiguer quelques conseils qui leur éviteront de terminer l'année sur le même genre de catastrophe que celle qui l'avait inaugurée.
    Une femme normalement constituée se retrouve donc à l'heure du choix dans la même situation que son collègue masculin à qui l'on vient d'offrir une cravate rouge et une cravate verte - s'il en met une, il sera immédiatement accusé de ne pas aimer l'autre ; à moins qu'elle ait la chance d'avoir un partenaire collectionneur - demi-mal ou amateur d'objets-bite - demi-mâle.
    Le collectionneur (vitolphiliste, tyrosémiophile, glandophile ou conchyophile) est le partenaire rêvé dans la mesure où sa collection n'est jamais terminée et qu'il n'existe pas, pour lui, de plus grand plaisir que de la voir s'étendre. Il ne reste donc plus, après avoir abdiqué toute originalité face à ce dangereux monomaniaque, qu'à lui offrir sa énième bague de cigare, étiquette de boîte de fromage, balle de fronde, coquille Saint Jacques. Pas très satisfaisant pour l'ego mais dispensateur de l'agréable sensation du devoir accompli.
    Les objets-bite sont, comme leur nom l'indique, les substituts plus ou moins ressemblants du pénis de celui qui les arbore ; une femme peut d'ailleurs en faire office pourvu qu'elle mesure plus de six pieds, soit l'heureuse héritière d'un périmètre thoracique supérieur au mètre linéaire et soit juchée sur des talons impraticables. Plus couramment il s'agit de voitures à multiples soupapes, montres à nombreux cadrans, couteaux à lames multiples, tout ce qui est noir mat, vaguement militaire, hérissé d'antennes, constellé de boutons et de voyants qui clignotent, en acier brossé, tungstène, platinium ou autres métaux imaginaires.
    Hormis que le choix d'un pénis de remplacement n'est pas réellement dans les attributions de celle qui s'occupe de l'original et qu'elle risque de se montrer dans l'élection de l'un aussi maladroite que dans l'érection de l'autre, il faut surtout mettre en garde celles qui partagent l'existence de tels phénomènes souvent sur-insérés socialement. "Intéressants comme Crésus" et velus comme Saint Maclou, un jour ou l'autre, à leur côté, elles se découvriront substituts elles-mêmes et il ne doit rien y avoir de plus décevant, à moins que, l'hypothèse est envisageable, l'énergumène n'aille jusqu'à les quitter pour Bernard Tapie ou l'inventeur du dernier chronographe de chez Breitling.
    La lectrice distraite ou dépressive sera encline devant une telle accumulation d'interdits à se précipiter tête baissée dans n'importe quelle "boutique pour hommes", pensant que là au moins elle sera tranquille. Fatale erreur ! Mouvement funeste ! Faute éliminatoire ! Ce genre d'échoppes, bien calées dans le créneau porteur, s'est multiplié ces dernières années dans les zones piétonnières ; ultimes recours, elles ne regorgent en réalité que de catastrophes virtuelles. Elles sont habituellement, du moins en province, tenues par un jeune homme fluet, vêtu de noir et heureux possesseur d'un catogan abondant. Le pire étant que ce garçon trop propre sur lui dont vous ne voudriez pas en solde se prend pour l'arbitre des élégances du patelin et de ses alentours alors qu'il ne règne que sur un bazar de saloperies design, reproductions nostalgiques flambant-neuves, tire-bouchons à gazogène, Laguiole d'opérette, bimbeloterie que l'on retrouvera dans trois mois en cadeau d'abonnement à un journal de cadre. Tout, absolument tout ce qui est susceptible, sans coup férir, de transformer le quidam respectable en un aliéné de moyenne gamme dont tout le monde se moquera, à peine osera t-il exhiber la moins catastrophique des catastrophes que l'on peut dénicher dans ce genre d'endroits qui dégoûterait des années 80 tous ceux qui y ont fait fortune.   
    Que faire, donc, comme se le demandait si judicieusement Vladimir Oulianov ? Peut-être, tout simplement, sauf dans les cas autorisés plus haut, oublier les objets et supporter avec vaillance que l'homme de votre vie porte ce qu'il désire et qui ne vous plaît pas. L'air de rien, cela peut vous entraîner plus loin qu'il ne vous semble. Il faudra bien, un jour ou l'autre s'y résoudre, la consommation va baisser, ce n'est pas un écho des utopies soixante-huitardes, mais la logique actuelle du grand Capital, ses représentants le chuchotent déjà avant de nous le vociférer plus tard. Pour changer cela favorisera sûrement le chômage, mais peut-être aussi, il faut l'espérer, une utilisation plus joyeuse de l'oisiveté, le changement des comportements, la création de situations sinon inouies du moins délicieuses.
    Laissez-vous donc couvrir de cadeaux si cela vous chante encore : Hermès et Filofax, Vendôme... Vendôme, mais pour l'autre moitié du ciel, oubliez pour une fois les magasins, les boutiques et les galeries marchandes, les briquets et les transistors, boycottez la marchandise,  essayez l'imaginaire ! Une danse des 7 voiles sous le sapin de Noël, une étreinte furtive les pieds dans la cheminée et le brushing hérissé de guirlandes électriques, cela ne coûte rien, sinon un torticolis le lendemain matin et un fou-rire à s'en souvenir l'année suivante. On est déjà suffisamment emmerdés en décembre par le saumon et le foie gras obligatoires... Fuyez donc les guides et les conseils ! Osez l'imprévu (pas le parfum...) ! L'année nouvelle sera convulsive ou ne sera pas, c'est selon et cela ne tient, en partie, qu'à vous... qu'à nous... qu'à tous. N'oubliez pas, non plus, de me laisser rêver, j'ai déjà tout : la femme, les fétiches et les souvenirs.


Cet article a été publié aux débuts des années 90 par Juliette Boisrivaud dans Cosmo
Ce serait inenvisageable aujourd'hui et ce dans n'importe quel magazine féminin (ou pas).
Pour ce qui est de ma "carrière" dans la presse féminine,
j'ai également publié dans Glamour un texte sur le football,
avant de m'embrouiller avec Anne Chabrol, la rédactrice en chef de l'époque.
Je regrette un peu (vingt ans après, c'est un peu tard) de n'avoir pas pratiqué davantage Juliette Boisrivaud
qui disait que j'étais le seul homme à sa connaissance capable d'écrire dans un magazine féminin…
beaucoup de dons, pas beaucoup de réalisations !




Connards sauvages


Mao



Qui écrira donc une Lettre ouverte à ceux qui ont eu vingt ans en 68 et qui s'en vantent encore ? Il faut bien le reconnaître, cette époque a vu le plus beau vol de connards sauvages que l'ont ait jamais pu observer sous les cieux de nos contrées. Pour se donner une idée, ci-joint la recette du plat du jour à base de volatile : entre deux tranches de stalinisme rassis, alterner un mao, un flic, un normalien, un curé, un trotsk' et, quelquefois, pour décorer, un prolétaire égaré, la tête dans l'anis étoilé et le cerveau conservé dans l'alcool bon-goût.
    Cette grotesque entreprise a avantageusement remplacé dans la formation de nos élites ce qu'avait été le scoutisme quelques années auparavant. Formellement, les deux entreprises comportent des similitudes frappantes : même goût pour la bigoterie, les défilés, les oriflammes, les chants, les jeux de piste, les chefs, les slogans, la soumission aux catéchismes. Objectivement les résultats sont du même ordre, les anciens chefs de patrouille s'étant tout naturellement retrouvés aux postes de commande de tout ce qui compte dans les entreprises de décervelage. Le pire étant, sûrement, qu'ils s'en félicitent sans pudeur, se réclamant de leurs erreurs passées pour assurer le bien-fondé de leurs fautes futures. On a aperçu dernièrement l'un de ces connards de Barbarie se présenter dans sa biographie comme : "ex-assureur" et "ex-gauchiste", croyant qu'à l'abri d'une collection pour enfants, personne ne remarquerait le pléonasme et ne l'accablerait du mépris qu'il mérite. "On en était !" scandent-ils tous avec le même allant qui leur faisait célébrer Staline, Mao, Kim Il Sung ou Enver Hodja, idoles du meilleur goût et ils nous convient régulièrement à l'auto-célébration de cette triste période, au lieu de se louer, ce qui serait plus juste, d'avoir modernisé le Capitalisme qui en avait bien besoin et l'oppression qui n'en demandait pas tant.
    Faire croire aux jeunes générations qui ne savent pas vivre que ces temps étaient ceux du désir et de l'audace relève du mensonge le plus éhonté dont on sait depuis Gœbbels qu'il est le plus susceptible d'être cru par le plus grand nombre. Les fils sont donc convonqués ce soir à admirer sans condition la faillite de leurs aînés à réaliser ce qu'ils énonçaient sans en comprendre la réelle signification : "Changer la vie". Les pères se vautreront, comme d'ordinaire, dans la nostalgie qui est, sûrement, le sentiment le plus réactionnaire que l'on puisse éprouver. Tous unis dans ce goût pervers pour le renoncement qu'affiche le quidam fin-de-siècle.
    C'est l'album de nos voisins d'Outre-Rhin que l'on feuillete ce soir sur un air de "Grock and Böll". S'ils ont payé plus cher (Dutschke, Baader, Meinhof) leurs engagements de cette époque et - plus tard - y ont moins visiblement renoncé, ils présentaient, déjà, à vingt ans, des visages de vieillards. Cela sufffira, il faut l'espérer, à décourager les beaux adolescents qui voudraient essayer de leur ressembler.




     Titré finalement "Connards col-Mao" par François Ceresa, cet article allait m'occasionner une palanquée d'emmerdements,
le premier d'entre eux  étant d'être viré de l'hebdomadaire de droite modérée dans lequel j'exerçais mes talents et, accessoirement, gagnais ma vie.
Aucun des journalistes du Nouvel Observateur ne protestera, pas même ceux que je connaissais (Jean-Paul Mari, Serge Raffy) mieux que les autres
(que je ne connaissais pas) et dont je suis encore certain qu'ils me considérent comme un "ami".







Roux libre




"Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage !", et si le labrador, rescapé, devenait enragé ?


Depuis novembre 1993, j'ai écrit plus de 60 articles pour Télé-Obs sur les sujets les plus divers (sports, cinéma, art, musique et même télévision). Il semblerait que ce que j'ai écrit ait donné toute satisfaction, jusqu'à la publication en avril de : "Connards cols-Mao", qui a déclenché au sein du Nouvel Observateur des réactions qualifiées "d'hystériques" par ceux qui en ont été les témoins, et mon "licenciement" par la rédaction. Les raisons invoquées étant que cet article n'avait rien à faire dans le Nouvel Observateur !", que j'étais un "fasciste", et mon discours "d'extrême-droite". Je revendique pour ma part, la responsabilité de TOUT ce que j'écris, avec pour l'occasion, deux regrets: une répétition maladroite dans le second paragraphe et l'oubli de Pol-Pot dans la liste des féroces démocrates qui ont fait l'admiration de nos énervés. En revanche, me voir qualifier de "fasciste" me contrarie quelque peu. Qu'ai-je donc écrit pour me voir qualifier de ce dont je me croyais, jusqu'il y a peu, l'ennemi?
   
    Un : que les "gauchistes" de ces années-là se retrouvent aujourd'hui "aux commandes de tout ce qui compte dans les entreprises actuelles de décervelage". Qu'y puis-je si aucune école pour cadres ne peut se vanter du taux de réussite qu'affiche, en ce domaine, la Gauche Prolétarienne?
   
    Deux ; que le gauchisme a "modernisé le capitalisme qui en avait bien besoin et l'oppression qui n'en demandait pas tant".C'est une analyse faite par des gens plus à gauche que ceux qui s'expriment d'ordinaire dans le Nouvel Observateur et que la droite tait soigneusement, car il n'est pas dans ses habitudes de se vanter de réussir à gérer harmonieusement le monde par des retournements de la sorte.
  
     Si le différend ne vient pas du fond - qui  pourrait susciter un débat plutôt qu'une excommunication comme en étaient friandes les AG -, mais de la forme, et comme ce texte me semble écrit dans une langue approximativement correcte, cela semblerait vouloir dire que ce terrain aussi, la gauche doit l'abandonner. Les choses doivent être plus avancées que je ne le soupçonne, puisque de fins analystes pensent, de bonne foi, qu'être contre: "la bigoterie, les défilés, les oriflammes, les chants, les jeux de piste, les chefs, les slogans, la nostalgie et le renoncement" caractérise désormais une pensée d'extrême-droite.
   
    Que ceux à qui l'on montre la fange et qui accusent le miroir trouvent ça insupportable, rien de plus normal, cela prouve qu'ils n'ont pas encore entamé la "désoixantehuitardisation" qu'il leur faudra effectuer tôt ou tard. Là où le bât blesse c'est, comme toujours, au niveau du style… "Raus !"… "Dehors !". Comme un malpropre… En douce… Sans préavis. Lorsque l'on a été flic, on garde toujours le képi et la matraque dans l'armoire, ça peut toujours servir ! Il est assez piquant de constater qu'avec toute la délicatesse dont font montre, d'ordinaire, les néo-bourgeois avec le petit personnel - dans le cadre d'une remise au pas de la rédaction de Telé-Obs - c'est celui dont la situation financière est la moins assurée que l'on a choisi de frapper le premier et aussi celui qui est payé 50% de moins que les autres.
   
    Il n'est pas dans mes habitudes de crier à la censure, au délit d'opinion - le soutien que je pourrais attendre, dans ces domaines serait bien tiède -, mais il se trouve, encore heureux, que le monde a des lois, que les donneurs de leçons y sont soumis comme tout un chacun et que, selons celles-ci, je n'ai, professionnellement, commis aucune faute ; la non fourniture de travail à un journaliste non permanent s'assimile à un licenciement et ce dernier a toutes les apparences d'un licenciement abusif.
   
    Voici venir désormais le temps d'être confrontés à d'autres juges que ceux qui avaient revêtu l'hermine à Bruay-en-Artois. On vous tiendra au courant du résultat.


Frédérick "Black-Label" Roux





Camarades salariés (syndiqués ou non)





Le 11 mai 1995, après un an et demi de collaboration régulière, Le Nouvel Observateur me licenciait à la suite (soi-disant) d’un article intitulé : Connards Cols-Mao qui m’avait été commandé et que Télé-Observateur avait publié sans en changer une virgule.
   
    Le Nouvel Observateur faisait suivre ce licenciement d’une pleine page d’un « Courrier des lecteurs », auquel il m’a été interdit de répondre, me traitant de : "martien", "yéyé", "révisionniste", "légume", "trou du cul Doc Martens", "nazillon", "vomisseur d’excréments" et, bien entendu, de "connard".
   
    Le 26 mars 1997, le Conseil des Prud’hommes de Paris condamnait Le Nouvel Observateur pour rupture abusive au paiement des 13es mois (oubliés), à 35 000 francs de dommages-intérêts et 4 000 francs en application de l’article 700 et le déboutait de ses demandes.
   
    Le 27 mai 1999, la Cour d’Appel de Paris déboutait Le Nouvel Observateur de son appel, confirmait le jugement précédent, y ajoutant la condamnation à payer 4 000 francs en application de l’article 700, laissant les dépens à la charge du Nouvel Observateur.
   
    Entre-temps  - pour gagner ma vie - j’ai publié quatre livres sans intérêt (Lève ton gauche ! suivi de P.-S., Gallimard, L’introduction de l’esthétique, L’Harmattan, Mal de père, Flammarion et Mike Tyson, un cauchemar américain, Grasset) puisqu’il n’en a jamais été question dans Le Nouvel Observateur dont les journalistes sont connus pour leur indépendance. Le prochain (Le désir de guerre*, Le Cherche-Midi) n’ayant aucun intérêt non plus, il n’y a aucune raison qu’il subisse un sort différent.
   
    Je remercie tous ceux qui m’ont soutenu dans cette lutte, que Dieu ait les autres en miséricorde.
   
    Ce n’est qu’un début, continuons le combat !



Frédéric «Red Flag» Roux


*
Le désir de guerre sera finalement chroniqué par Jérôme Garcin dans la rubrique "Coups de cœur"
(cf Incipit & more, rubrique Littérature, sous-rubrique, Le désir de guerre).


Ces deux tracts seront distribués à tous les membres du Nouvel Observateur.
Mon licenciement de l'hebdomadaire de droite modérée sera suivi de plusieurs années de chômage.
Je publierai ensuite quelques articles à droite, à gauche, principalement dans
l'Humanité.
Il est amusant de noter que le processus de "désoixantehuitardisation"  que j'appelai de mes vœux a été effectué  sans nuances
et que les ex-gauchistes, électeurs socialistes dont les enfants poursuivent une scolarité protégée dans le privé
font remonter le début de la "décadence" censée miner l'éducation nationale plus particulièrement aux "événements" de 68.
Cohérence quand tu nous tiens !

Pour l'anecdote, un autre de mes articles avait occasionné une protestation publiée dans le "Courrier des lecteurs",
il s'agissait d'un article sur… Pascal Sevran.





Coiffeur

Marin fait son apprentissage





Paris, le 12 juin 1995


Marin Karmitz


Monsieur le producteur-distributeur- exploitant (est-ce une contrepèterie ?), chevalier de la Légion d'honneur et de l'Ordre national du Mérite,


Je viens de prendre connaissance, par hasard, de l'interview que vous avez donnée récemment au brûlot gauchiste Télérama. J'aurais accordé le peu d'importance qu'il mérite à votre exposé de tièdes banalités si je ne me trouvais incidemment mêlé à ce qui vous tient lieu de préoccupations.
    Que vous ne sachiez pas lire, cela ne regarde pas grand monde, que vous vous soyez reconnu dans le miroir que je vous tendais, je m'en doute ; seulement, là où le bât blesse c'est, comme toujours pour ceux qui n'en ont pas, au niveau du style. "Si, il fait le retenir le nom de ce mec ! Frédérick Roux !" Eh oui, mec, c'est comme ça que je m'appelle ! On a reconnu le cri du cœur, de la vésicule biliaire plutôt, c'est celui de la concierge et du lyncheur, des Pol-Pot à la petite semaine. En 68, pour moi et mes camarades - je suis beaucoup plus âgé que vous ne l'imaginez, et beaucoup plus à gauche que vous ne croyez l'être -, vous n'étiez déjà que les fachos que vous êtes restés.
    Passons sur le procédé qui consiste à situer la création de votre petite entreprise dans le droit fil de la pensée 68, ce qui suffirait, en soi, à la disqualifier si le petit commerce pour classes moyenne avait quelque chose à voir avec ce qu'il faut en retenir.
    Vous pouvez toujours convoquer l'imbécillité supposée de lecteurs qui ne sauraient retenir d'un article que le titre, et le "révisionnisme", suivant la tradition bien vieille de l'amalgame (CRS ! SS !), vous ne réussissez qu'à rendre mon texte plus pertinent encore.
    Le principal reproche que l'on pourrait vous faire - à propos de l'article qui me vaut de me retrouver aujourd'hui au chômage - serait de l'avoir lu trop avant, il vous aurait suffi de vous arrêter à la première syllabe de son titre.




Paris le 12 juin 1995

Télérama


Pierre Murat,


Je viens de prendre connaissance, avec un peu de retard, de votre entretien avec Marin Karmitz, qualifié par vos soins de "pessimiste très éclairé"… Il faut croire que nous ne sommes pas sensibles aux mêmes ondes lumineuses ou bien que vous faites un peu d'albinisme ; je n'ai pas été, pour ma part, vraiment ébloui par cet "Astre amer de la pensée", ce "Phare sombre de la dialectique", comme il était surnommé au sein de sa patrouille.
    Au cours de cette entrevue phosphorescente, il est, incidememt, question de moi ou plutôt, d'abord, de l'article que j'ai écrit dans Télé-Obs sur : "1968 :images d'une révolution" intitulé "Connards cols-Mao". Dans ce texte dont vous aurez sans doute remarqué le ton polémique, j'avance deux choses.
    * Que le "gauchisme" a remplacé, dans la formation de nos élites, le scoutisme. Il suffit de constater le pourcentage de réussite, supérieur à celui de n'importe quelle école pour cadres, dont la Gauche Prolétarienne peut se targuer, pour se rendre compte que je n'avance, pour l'occasion, qu"une évidence arithmétique.
    * Que le "gauchisme" a "modernisé le capitalisme qui en avait bien besoin". C'est une thèse qui a été exposée, bien avant moi, par des gens que j'irai, volontairement, chercher pas trop loin à gauche pour qu'ils ne soient pas hors de votre champ de vision… Régis Debray par exemple dans Petite contribution…, Editions Maspero.
    Pour avoir avancé ces deux banalités de base, j'ai été accusé de "fascisme" par certains membres de la rédaction du Nouvel Observateur, ce qui a entraîné mon licenciement. Diagnostic confirmé ultérieurement par une pleine page du courrier des lecteurs de Télé-Obs à laquelle je n'ai, évidemment, pas été invité à répondre. Dans cette manifestation spontanée de glorieux anciens combattants du Bignon-du-Maine et de Sotteville alternaient laborieusement : contre-vérités, suppositions fausses et incompréhensions patentes de coloration plus ou moins staliniennes.
    Il fallait, sans doute, qu'en queue de manif un concurrent du journal dont j'ai été le salarié plus d'un an enfonce le clou puisqu'après votre "Peu importe !" tellement charitable, l'ardent "promoteur du cinéma de qualité" qui vous sert, pour l'occasion, de partenaire de double me traite carrément de "révisionniste". Pourquoi pas ? Et "Vipère lubrique" ? "Boucher des Carpathes" ? "Enculé mondain" ? Pourquoi pas non plus.
    Quand l'anathème prend le pas sur la Raison on n'est jamais très loin de la bêtise, ni du "fascisme'" d'ailleurs. Toute dégradation de pensée est visible d'abord dans l'avachissment du langage, c'est un "réactionnaire" (Joseph de Maistre) qui l'a le premier noté, cela doit donc être faux. Et l'on peut donc traiter sans rire de "fasciste", sans risquer non plus d'être traité d'imbécile en retour, quelqu'un qui se déclare contre : "la bigoterie, les défilés, les oriflammes, les chants, les jeux de piste, les chefs, les slogans, la soumission aux catéchismes" Elémentaire ! Comme le cours du même adjectif…
    Lors de cet entretien fameux, vous vous posez, à moment donné, la question de savoir si vous ne seriez pas, finalement, des "vieux cons". Il me surprend que vous puissiez poser une question dont vous connaissez si évidement la réponse.
    Vous comprendrez, en tous les cas, monsieur, que, bien qu'étant actuellement au chômage, il y a fort peu de chance que j'écrive un jour dans le journal où vous exercez… Trop audacieux ! Trop bien écrit ! Trop intelligent ! Trop à gauche !


Ces courriers ont été publiés dans L'Introduction de l'esthétique (cf rubrique Littérature).
A leur propos, on peut aussi se reporter à la rubrique Au jour le jour, 14 janvier 2009.
La boucle est bouclée, le dossier presque complet.



Nabokov


Volfoni, t’vas voir ta gueule à la récré !




J’ai rencontré Patrick Raynal en 1994. Lors de notre premier entretien (qui sera le dernier), il m’a proposé la réédition de mon premier livre (Lève ton gauche !) dans la Noire et la publication de l’un de mes manuscrits en Série noire. À vrai dire, ce jour-là, il m’aurait proposé tout et n’importe quoi pour faire le malin.
    On se doute que les choses se sont ensuite gâtées comme elles se gâtent toujours lorsque Patrick Raynal les touche, jusqu’à ce qu’il téléphone à mon domicile (en mon absence, c’est plus facile) pour proférer des menaces (au téléphone, c’est moins risqué). Connaissant ce genre de tartarinades, je ne leur ai prêté aucune importance, tout en me jurant (j’ai une excellente mémoire) qu’un jour ou l’autre Patrick Raynal aurait à s’en expliquer.
    L’occasion s’est présentée lors des Rencontres du livre et du vin de Saumur où nous étions, tous les deux, invités.
    Désigné à ma femme comme : « le gros con qui veut me faire traverser les trottoirs », le dit gros con s’est dirigé vers moi pour… me serrer la main ! Traité à plusieurs reprises (l’homme énervé manque de vocabulaire) de « sac de merde » et prié de « se casser s’il ne voulait pas se faire faire mal », notre intrépide colosse (qui peut bloquer, de sa seule carrure, une impasse à Saint-Brieuc) choisit d’opérer une piteuse retraite.
    L’histoire aurait pu s’arrêter là si notre grande gueule n’avait pas choisi d’y donner la publicité qu’il y manquait. Patrick Raynal allait donc, toute honte bue, demander aux organisateurs s’ils ne pouvaient pas assurer sa protection. L’ex-guerillero maoïste (dé)montrait ce qu’il est vraiment : un enfant peureux (ce n’est ni très rare ni très grave…) qui se réfugie dans les jupes de sa mère lorsque la réalité le rattrape au tournant de la cour de récréation où il fait le mariolle.
    Le lendemain, Patrick Raynal avait trouvé une explication foireuse à l’usage de ses groupies : si je le menaçais, c’est qu’il avait refusé de publier l’un de mes livres, ce qui est tout à fait exact. « Son Insuffisance » a refusé l’un de mes manuscrits, pas très bon d’ailleurs (le problème étant – aussi - qu’il l’avait trouvé génial la veille), comme des douzaines d’éditeurs à qui je n’ai aucunement l’intention de casser la gueule dans la mesure où, en la circonstance, ils ne font que leur métier (plus ou moins bien).
    Tout ceci serait seulement pitoyable si Patrick Raynal n’avait pas un pouvoir dont il use (envers les faibles de préférence) et abuse en permanence avec la cruauté des lâches. Que ceux (et celles) qui en sont les victimes sachent donc que celui qu’ils craignent n’est qu’une outre vide (ce qui peut être considéré comme un exploit dans la mesure où l’on a vu plus haut qu’il était, aussi, un « sac de merde ») qui a été mao en 68 comme il aurait été collabo en 42 et F.T.P. en 47, un bourgeois mythomane prêt à appeler les flics à la moindre alerte et qui ne mérite que le mépris.
    Comme, à l’inverse des petits copains voyous de mon enfance,  je ne sais pas cracher, je lui appliquerai, à nos prochaines rencontres (et tant pis pour les lunettes…), le traitement infligé par Fernand « Ventura » Naudin à Raoul « Blier » Volfoni : « Comme ça… sans prévenir… un bourre-pif ! »
    Ça lui apprendra la réalité de la violence dont il est si féru, et la politesse par la même occasion.


Frédéric «Tonton» Roux

Pas tout à fait complet sans doute (l'ignominie maoïste est sans fond),
puisqu'il manquait ce petit tract adressé à quelques dizaines de personnes à propos d'un "incident" ayant eu lieu à Saumur.
Quelques années plus tard (à Saint-Malo),
cet enfoiré nuisible de Patrick Raynal allait remettre ça
et il faudra, encore une fois, que je le menace de lui casser la gueule pour qu'il batte en retraite.






Shanoun…



Il est d’usage désormais, lorsqu’un type vient de commettre un hold-up, qu’il s’étonne de ce que la maréchaussée l’attende à la sortie et qu’il réclame à sa place : un éducateur spécialisé porté sur le Prozac, et une dose infinie de compréhension. Il est vrai que les banques, pour les esprits faibles, sont une provocation permanente et que l’on peut y trouver le fondement de circonstances atténuantes parégoriques.
    Cette néo-attitude est en fait recopiée de celle qu’ont toujours adoptée les “artistes” et leurs admirateurs sans condition. Il a toujours été d’usage de concéder à ceux-ci une impunité particulière, une indulgence amusée qui, entre parenthèses, annulent tout le bien-fondé de leurs déclarations extrêmes. Bien sûr, par exemple, Brasillach réclamait le massacre des Juifs et de leurs petits à une époque où c’était furieusement à la mode, mais vous savez ce que c’est… un mot en entraîne un autre et puis finalement vos phrases dépassent votre pensée et l’on se retrouve, sans que l’idée vous en ait effleuré, devant un peloton d’exécution. “Bien fait !” disent les simples, soumis qu’ils sont au principe de réalité, mais il y aura toujours, heureusement, des consciences “artistes” pour se formaliser d’une telle cruauté et tenter d’expliquer la bienveillance due à leur rang à la populace qui n’en mérite aucune.
    Dans un genre heureusement bien plus anodin, puisqu’il ne touche qu’à nos pépettes, c’est cette impunité-là et cette irresponsabilité que réclament pour Jean-Louis Froment les auteurs de la pétition de soutien au C.A.P.C., et ses signataires. Dans le plus pur style bêlant en vogue pour ce genre d’exercice, on convoque : “les glorieux aînés”, “la création”, “la culture”, “la pensée”, toutes les vaches sacrées que l’on se doit de ne pas toucher si l’on est civilisé. Si l’on n’en approuve pas les termes on est automatiquement dans le camp des barbares. Ce terrorisme-là marche à coup sûr car ces instances ruminantes et inusables ont l’avantage de ne pas être vulgaires, mais s’agit-il bien de cela ? Certains pensaient plus prosaïquement qu’il s’agissait : “d’abus de confiance, détournement de fonds publics et usage de faux”. Ce qui est beaucoup moins distingué.
    Que l’intérêt de la Cour des comptes, pour cette si prestigieuse institution autoproclamée unique et sans précédent, fasse partie d’un ensemble plus vaste qui, par certains côtés, s’assimile à un règlement de comptes, personne ne le niera. Mais qui a dit que les comptes ne devaient pas être réglés ? Qu’à la fin d’un règne sans partage les administrés ne pouvaient pas réclamer un bilan clair et chiffré ? Et ce bilan, de visible, a eu l’inconvénient — circonstances obligent — de devenir voyant. C’est là son moindre défaut, encore plus que d’être largement débiteur. Tout le monde, soudain, s’en rend compte, alors que la catastrophe était patente depuis belle lurette : Bordeaux est une ville sinistrée. Son centre est une horreur ; son port, un souvenir ; sa splendeur passée, un sujet de conversation pour crétin nostalgique des Chartrons. Pour couronner le tout les vignobles environnants sont japonais. La faute à qui ? Et ce n’est pas en entretenant un cabinet conseil en architecture, ni en amarrant un croiseur déglingué le long de quais désormais chauves, que l’on va faire croire autre chose ; ni en concentrant tous ses efforts sur des activités d’opérette (l’art, le sport) aux financements suspects. Le plâtre s’effrite, le décor aussi et les bâches qui le camouflent, trouées, battent aux quatre vents.
    Qu’après un demi-siècle de blanc-seing démocratique la population demande démocratiquement des comptes à son premier magistrat, cramponné à son mandat pour ne plus se faire offrir que le train électrique qui manque à ses chaussons, ne semble pas d’un extrémisme trop extrême. La foule dupée crie d’abord : “Bidon !” “Chiqué !” avant de scander menaçante : “Remboursez !” C’est humain, sinon très élégant. Ce sont toutes ces données qu’ignorent superbement les auteurs et les signataires de cette inénarrable pétition de soutien. Comme on aurait aimé, en son temps, voir leurs prestigieuses signatures au bas d’un libelle de ce genre destiné à soutenir Claude Bez et les Girondins de Bordeaux. Croire que l’on parle d’art lorsque l’on parle du C.A.P.C., c’est croire que l’on parlait de sport en parlant du Haillan. On parle de politique, et pas de la meilleure.
   


Chalana & C°



Dès son plus jeune âge Jean-Louis Froment fut de cette espèce d’artiste capable de vendre aux naïfs ce qui ne lui appartient pas ; qu’il continue n’étonnera donc pas les autres qui ont de la mémoire. Il se trouve que, pour se limiter au domaine “artistique” qui chatouille tant nos belles âmes, on peut, sans risquer grand-chose, être beaucoup moins convaincu qu’eux de la valeur de l’œuvre de Jean-Louis de SoHo. Il a pourtant eu tout pouvoir pour la peaufiner, et ce depuis plus de vingt ans. Un pouvoir qu’il ne s’est pas privé d’exercer tyranniquement et dont il a usé avec une telle brutalité que l’on s’étonne de le voir surpris par celle de la Loi — le glaive a deux tranchants et une seule poignée, ce n’est pas au soudard qu’on doit l’apprendre. Certains en sont persuadés à un point tel que, si d’autres lui reprochent son salaire mensuel de 99.623 francs (avantages en nature compris ?), ils seraient tout à fait disposés à lui en accorder le double si Jean-Louis le Pantin pouvait se prévaloir d’UNE seule idée originale en vingt ans de carrière. Ma proposition d’une possibilité d’augmentation n’est d’ailleurs pas si dénuée de bon sens qu’il n’y paraît, puisqu’au sein même du panthéon culturel local il n’est pas si bien payé que cela, beaucoup moins, par exemple, qu’Alain Lombard — qui a, il est vrai, ruiné Strasbourg et quelques réputations de sa baguette magique.
    Soutenu par des Bovary municipales et des Bouvard et Pécuchet ministériels, qu’a t-il montré qui n’ait déjà été consacré par des Messieurs Homais internationaux ? Qu’en est-il vraiment de son action sur la “consolidation du tissu social” dont font état ses thuriféraires ? Tout cela n’est qu’un discours d’attaché de presse en gélatine de louange. Quid du dynamisme artistique généré sur place ? Que dalle ! Trois pelés médiocres rêvant de se faire mettre pour avoir accès aux nefs annexes et deux tondues mythomanes vivant de subventions…  Ne nous a-t-on pas servi, sans que l’on soit autorisé à émettre la plus légère objection sur les mœurs déplorables du personnel qui salait la soupe et piquait au vestiaire, ce que la nouvelle cuisine intellectuelle nous avait concocté de plus chochotte et, en définitive, de plus conventionnel ? Ne nous a-t-on pas conviés à béer d’admiration devant ce qui apparaîtra bientôt aussi ringard que Vasarely ou Cabanel ? La beauté des lieux même, dont il avait hérité sans partage, a-t-elle été réellement rendue sublime par son aménagement hermaphrodite en show-room pour couturier japonais, en boîte de nuit branchée-homo-new-wave ? Ce sont de modestes questions dont on feint d’ignorer les réponses.
    Qu’après avoir exploité éhontément les Nestor Boudarel indigènes qui, encore heureux, se vengent le soir sur plus faible qu’eux, il puisse encore trouver quelques semi-vedettes de la déco et de la fripe en solde pour voler à son secours ne peut que susciter l’admiration pour : le magnétisme si vanté du zigoto et le courage inhabituel de ses avocats. Chez beaucoup, bien sûr, ce n’est que la reconnaissance du ventre de ceux qui voudraient bien continuer d’aller à la gamelle. On les comprend. Pour les autres, c’est pire, juste de l’aveuglement “culturellement correct”. Le goût maso de signer des chèques en blanc sur un compte sans provision.



Frédérick “45” Roux


Il m'a semblé amusant aujourd'hui, où l'affaire "Présumés innocents" fait frémir tous les adversaires de la censure,
de reproduire ce tract qui, à l'époque, avait été publié en partie par
Sud-Ouest et intégralement par le n° 4 du Passant Ordinaire
 (amusant aussi de constater que toute référence aux textes que j'ai publié dans cette revue  ont "disparu' des archives,
il est vrai qu'il y figure un Frédéric Roux, professeur de Sciences sociales dont la prose est d'un tout autre intérêt) ;
il a également été publié in
L'Introduction de l'esthétique, L'Harmattan, 1996.
Deux poids, deux mesures toujours : Jean-Louis Froment s'occupera de la prochaine "Force de l'art",
Michel Bourrel (le Boudarel du texte) qui ne vaut pas mieux, RMIste de son état, dîne aux Restos du Cœur et crève dans son coin.



Postillonner sur les tombes



Michel Bourrel (dont il est question dans le texte ci-dessus… "crève dans son coin") est donc "décédé" des "suites d'une longue maladie".
    Décéder des "suites d'une maladie" au lieu de la maladie elle-même, c'est franchement pas de pot.
    L'O.M. (Olivier Mony ? L'homme qui m'a interviewé chez Mollat pour Ring tout en n'aimant pas ce que j'écris (mais "Valet tournant, ça se refuse jamais !" comme disait ma grand-mère)) chargé de rédiger sa nécrologie dans Sud-Ouest vante l'érudition "sans faille" du défunt, il le décrit comme un "être attachant, ombrageux et passionné, un grand et vrai serviteur de la culture".
    On n'est jamais aussi bien servi que par ceux qui vous ressemblent.
    J'espère que cet O.M. (surtout s'il s'agit d'Olivier Mony qui aime Jean Echenoz et joue à la belote au coin du bois) rédigera ma nécrologie, je m'engage à rédiger la sienne si jamais il lui arrive malheur… "Olivier Mony… son goût sans faille… cet être attachant, ombrageux et passionné… la critique vient de perdre un grand et vrai serviteur de la littérature et quand je dis serviteur, je m'y connais en domestique, moi qui n'en ai jamais eu".
    Une fois mort, on peut compter sur cet O.M. autant que Michel Bourrel vivant a pu compter sur ses "amis, au premier rang desquels Guadalupe Echevarria, directrice de l'école des Beaux-Arts" qui avait "plaisir à le recevoir", mais pas beaucoup de poste de prof à lui proposer.
    Et dix de der'





L’Esprit Saint était en avance

 


“Je fais un sale métier, mais j’ai une excuse, je le fais salement”.

Georges Darien



Il n’est pas mauvais, de temps en temps, de vérifier comment fonctionnent les autorités démocratiques. Bien entendu, les esprits forts et les cyniques le savent, mais il est toujours bon d’y aller faire un tour. Quelle meilleure occasion aurait pu se présenter au mauvais esprit qui me caractérise qu’un concours sans enjeu (puisque j’en connaissais la gagnante) à un poste sans intérêt (puisqu’il s’agissait de celui de directeur de l’école des beaux-arts de Bordeaux).
    Suivant les termes du règlement les candidats devaient chacun présenter : un projet pédagogique et un projet de gestion devant un jury qui déterminerait le meilleur. C’est ainsi que le jeudi 16 mai, nous nous retrouvâmes douze en rang d’oignon dans le vestibule de la Mairie. Certains avec sur les genoux des dossiers de plusieurs kilogrammes. Les entretiens débuteront à 16 heures 30, ils finiront à 18 heures.
    Je suis bien conscient que ce qui distingue nos autorités de l’âne de Buridan c’est la rapidité et la sûreté de leur jugement, mais, en l’occurrence, il faudrait plutôt parler de leur muflerie.
    Il y va de ma part d’un certain idéalisme (on a déduit de ce qui précédait que j’étais un farouche partisan de nos institutions et du fonctionnement harmonieux de leurs simulacres), mais il ne me semble pas admissible, à moins de se mépriser soi-même, de mépriser les gens à ce point. Depuis que le peuple a été dissous par décret le pire ennemi de la démocratie serait le populisme. Peut-être que le meilleur moyen de ne pas le voir triompher est de ne pas en être le “complice objectif”. On peut aisément égrener les adjectifs (dis)qualifiant ce genre de mascarade : “grotesque”, “lamentable”, “risible”, etc… Ce n’est pas le propos. Le moment où les choses ne sont plus tolérables, il ne faut plus les tolérer.
    Il n’est sûrement pas de mon intention de vouloir remettre en cause la décison d’un jury, mais la nomination de Guadalupe Echevarria-Busquets me parait valoir quelques remarques.
    Afin que les propos qui suivent ne soient pas mal interprétés, je tiens à préciser que je ne suis pas mécontent que ma voiture soit suédoise et nos vignobles japonais, que je verrais même pas d’inconvénient à ce que notre préfet soit kurde et notre président de la République roumain ; mais je ne vois pas de raison, pour les responsables d’un pays, de se féliciter de la nomination d’un fonctionnaire étranger à un poste de responsabilité. C’est un constat de faillite plutôt qu’une preuve d’ouverture.
    Evidemment le choix d’un poste de ce genre se fait sur l’examen d’un projet culturel et politique et il ne me semble pas que le choix du jury se soit porté sur un projet culturel et politique juste.
    Si l’on s’en tient aux déclarations passablement hermaphrodites de l’heureuse élue au journal Sud-Ouest, il faudrait que : “l’Ecole s’ouvre au monde” et que “les élèves utilisent les ressources de la région” (le pin des Landes ? Les feuilles de vigne ?). C’est dialectique et pas con…
    On peut objecter à ces lieux communs post-modernes que l’ouverture d’une école sur des instances qui lui sont étrangères n’est garante d’aucune élevation de son niveau, mais plutôt de sa soumission au marché (puisqu’en gros, le monde c’est lui) qui, comme chacun le sait, se caractérise par la liberté qui y régne.
    Mais ce qui, en définitive, aurait décidé Guadalupe Echevarria-Busquets à se placer sous la bienveillante autorité de l’institution culturelle la plus puissante sinon la plus brillante, serait le fait que “tous les projets que l’on rencontre ici et là sont nationaux, on ne sort pas de sa culture. A Bordeaux ce n’est pas le cas…”. Je tiens à faire remarquer à notre charmante internationaliste de 4° de couverture que : sortir de sa culture cela veut toujours dire entrer dans l’orbe d’une culture plus riche et plus puissante, que cela porte même un nom : la déculturation (mot américain). On ne peut, en effet, trouver rien de plus ouvert au monde qu’une société colonisée… aux quatre vents et par tous les orifices.
    Comme, en réalité, je n’ai rien contre Guadalupe Echevarria-Busquets (quel beau nom !) je lui souhaite la bienvenue (car l’Aquitaine se doit d’être une terre d’accueil pour tous les réfugiés qu’ils soient turcs ou basques) et aussi bon courage ! Transformer ce qui était un parking peuplé d’analphabètes gardé par des illettrés en une agence de communication c’est, comme on dit dans les agences de publicité : “un sacré challenge”.

Frédérick “Four Roses” Roux


Tant que nous y sommes, ce petit "rouge" pour fêter l'échec de ma candidature à la direction du Frac Aquitaine,
après avoir échoué (vous l'aurez compris) à la direction de l'Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux.
Connaissant le résultat, je m'étais présenté pour "déconner",
j'avais prévu, dans un premier temps, de me déguiser en  pelotari,
d'offrir du jambon aux membres du jury et de finir en m'éclaboussant de vinasse à l'aide d'une gourde.
Je me suis finalement dégonflé et je le regrette.
Quelques années plus tard, l'un des membres du jury (dont le nom m'échappe*)
m'a dit qu'il avait apprécié mon "geste de résistance",
ce qui ne l'a pas empêché de voter comme on lui avait demandé de le faire.
On comprend mieux
les figures très audacieuses dans leur discrétion que la Résistance française a dû revêtir à l'époque.
De passage à Bordeaux, j'ai vaguement parcouru (in Spirit)
une interview de Guadalupe Echevarria-Busquets qui se félicitait d'avoir réussi l'inverse de ce qui  l'avait fait embaucher.
Dans un autre numéro de Spirit, elle donnait la recette du riz aux palourdes.
Bien qu'en gastronomie non plus, rien ne soit jamais fixé, c'est tout de même plus sûr !

* ça m'est revenu : "Olivier Kaeppelin".





Same Old Shit

Les années 80 sont, soi-disant, mortes et enterrées, leurs errements avec. En art surtout. Plus question de servir la soupe à la spéculation et à la com’. Parole de rebelle ! Tu parles Charles ! Serment d’ivrogne… Un peu d’avoine et les bourriques repiquent presto à la gamelle.
    Pour ceux qui auraient des doutes ou bien quelques illusions, je conseille l’examen d’une hypothèse d’école récente : Genesis sculpture Expérience Pommery # 1 (on peut donc craindre qu’il y ait une deuxième expérience l’année prochaine… Puis-je suggérer : Phil Collins peinture Experience Pommery # 2 ?) Difficile de faire plus hype ! Difficile de faire plus rock ! Le rendez-vous pour le vernissage était fixé devant le Crillon… Vingt ans après, le bus a davantage changé que les passagers, il y a même Bernard Marcadé qui parle toujours le « je-veux-dire » à tue-tête debout sur un strapontin. Sur place, la catastrophe est si voyante (C’est 80 tout plein ! Même Haring est au rendez-vous !) que l’hilarité vous gagne. Les œuvres sont accrochées en dépit du bon sens, confrontées au lieu, elles disparaissent (au mieux) ou se ridiculisent (au pire), comme d’hab’ dans ce genre de manigances promotionnelles.
    Le seul à tirer son épingle du jeu : Eric Cytron. Faut dire que c’est pas la moitié d’un Trycon (ce qui, tout bien calculé, fait quand même un con et demi !)… Il a compris, en tous les cas, que l’art et la décoration avaient quelque chose à voir (D’où ça vient ?) et nous gratifie d’une nature morte à l’œuvre contemporaine (« A kind of display ! ») qui devrait faire le bonheur des photographes et des agences de com’ qui vont avec. Bravo Co(u)ntry ! Mission accomplie ! Prends le pognon, vive Dijon et les joyeux Bourguignons !
    Le discours (sou)tenu en la circonstance atteignant des sommets de ridicule (lorsque l’on vous parle d’œuvres « frappant par la pureté de leurs formes tout en démontrant à l’évidence que la matérialité n’interfère en rien sur le pouvoir de l’imaginaire », attendez-vous à vous entraver dans deux étagères Ikea oubliées là par hasard), il ne restait plus qu’à se torcher la gueule.
    Ce que nous fîmes.
Free Press

C’est en feuilletant Les Inrockuptibles (dont Eric Troncy est un collaborateur régulier), l’œil captivé par une pièce de Présence Panchounette (non créditée), que j’eus vent de cette « opération ». D’après ce magazine, l’exposition est « construite sur l’articulation complexe entre une création contemporaine effervescente (je croyais ne plus pétiller depuis vingt ans) et le lieu spécifique du Domaine Pommery ». Ben voyons !
    Un mois plus tard, j’appris qu’en penser en parcourant BeauxArts Magazine (dont Eric Troncy est un collaborateur régulier ainsi que Stéphanie Moisdon, commissaire de l’expo en question). Ce n’est plus de l’enthousiasme, c’est du délire… Huit pages ! Judicaël Lavrador (collaborateur régulier des Inrockuptibles), délégué au goupillon, entame le dithyrambe sur les chapeaux de roue : « Epoustouflant ». Ce qui est encore plus époustouflant, c’est que la quatrième de couverture du numéro précédent de BeauxArts Magazine était une publicité pour… Genesis/Pommery/Même combat # 1/ On-attend-la-suite-avec-impatience !
    Là ou l’on atteint le grandiose, c’est lorsque l’on convoque une pièce de Présence Panchounette (Le roi des rennes, 1985) pour illustrer le propos ; là où l’on frôle le sublime c’est lorsque l’on sait que l’œuvre comprend la tête du chevreuil, les gants Mapa et leur ombre (d’où le titre) et que d’ombre, point ! Donc d’œuvre, non plus…
 
Bonus Tracks

Je me suis demandé hier et avant-hier à quoi me faisait penser le travail de Sylvie Fleury et celui de Maurizio Cattelan ; je ne me le demande plus puisque, aujourd’hui, je me demande à quoi me fait penser le travail de Bruno Peinado.
    On ne se refait pas.

Dans le temps, Daniel Buren et Patrick Bouchain ont essayé de refourguer à l’Inter de Milan le maillot de Botafogo. Les footeux, moins borgnes que les cultureux, ont envoyé les deux petits filous se faire mettre.
    Quel dommage !

Carole Benzaken a reçu le prix Marcel Duchamp et Guillaume Durand déclare au Monde : « La télé n’est pas assez impertinente ».
    On n’a pas tous les jours l’occasion de rigoler.

Je me demande à quoi me fait penser le tissu d’ameublement repeint par Bertrand Lavier en 2004 ? Peut-être à « A la manière de la manière deux » (Présence Panchounette,1982) !
    Peut-être… mais pas sûr.

C’est une exposition consacrée à Jeff Koons (crétin coûteux) qui inaugurera la Fondation François Pinault en 2007.
    Cinquante ans après avoir essayé de leur vendre des Dauphines, nous tenons, enfin, notre revanche.

Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la Culture, rejoint Artemis, holding de PPR, comme conseiller de son président, François-Henri Pinault ; Guillaume Cerutti, son ancien directeur de cabinet, a été nommé directeur général de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.
    Ça va barder !

« Le constat est simple. L’art contemporain et le (grand) luxe constituent la même cible », déclare  Virginie Mouzat dans Le Figaro à propos de l’inauguration du nouveau siège de LVMH.
    Ah bon !

Pour la dernière de Campus, Bertrand Lavier déclare : « Un artiste ne peut pas être cynique… Un artiste qui serait cynique exploserait en vol ! »
    Idéaliste, va !

In cauda venenum

Je remercie tous les artistes qui se sont élevés contre la décision d’Hervé DiRosa, artiste mondialement connu, Pierre-Jean Galdin et Norbert Duffort, fonctionnaires culturels à Nantes et Chantal Creste (idem à Rennes), de me licencier (ainsi que mon assistant, Luc Lauras) du musée international des Arts modestes. Je remercie également tous les journalistes qui s’en sont fait l’écho, tous les institutionnels qui nous ont manifesté leur solidarité à cette occasion, et tous ceux qui se demandent encore : « Pourquoi ? »
    Ben, oui, au fait : pourquoi ?



Le Roi des Raides







Les grands transparents


Le numéro de Libération du 13 mars était entièrement rédigé par des « écrivains ». De Stéphane Audeguy jusqu’à François Weyergans (par ordre alphabétique), de l’édito d’Erik Orsenna au quatrième de couv’ de Véronique Ovaldé (sur Philippe Claudel photographié de profil), ils s’y sont mis à cinquante !
Laurent Joffrin (journaliste ET écrivain) vante l’initative : « transformés en journalistes », les écrivains ont enrichi le métier de « cette capacité unique qu’ils ont à voir, mieux que nous, “les choses derrière les choses” » Le résultat est surprenant : si l’on fait abstraction des cinquante signatures, on ne voit pas la différence avec un quelconque numéro de Libé confié à des stagiaires.
Comme une opération de cet intérêt se devait de passer à la postérité, elle a été filmée pour France 5.

 
C’est celui qui le dit qui l’est

Marc-Vincent Howlett a écrit Triomphe de la vulgarité aux éditions de l’Olivier. Je ne sais pour quelle raison la courte biographie de l’auteur (U.J.C.M.L., Gauche prolétarienne, anthropologue, psychanalyste, dramaturge, agrégé de philosophie, professeur) m’a fait craindre qu’il ne soit pas crédible en la circonstance ou, plutôt, mal placé pour dénoncer ce qu’il voit comme un « trait contemporain » : la vulgarité. J’ai préféré lire L’encyclopédie de la stupidité de Matthijs Van Boxsel, chez Payot.
On est snob ou on ne l’est pas.


Deux petits textes non publiés par la revue  Service Littéraire  
à laquelle je collabore de loin en loin
par fidélité à son directeur, François Ceresa qui,
lorsqu'il travaillait à Télé-Obs,
m'a aidé à gagner (mal) ma vie, avant que… (voir plus haut).



Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil


"Un garçon (Christian Authier) qui ouvre un château-yvonne 1995 pour le réveillon ne peut pas être mauvais", Eric Neuhoff ; "Un protecteur et ami (Silvio Berlusconi) de l'inestimable footballeur Paolo Maldini ne peut pas être vraiment mauvais", Denis Tillinac ; "Un homme (Nicolas Sarkozy) capable de faire lever à l'aube Carla Bruni ne peut être tout à fait mauvais, Michèle Stouvenot ; "…qui a écrit (Ylipe) : “Nous avons échappé à l'immortalité et ce n'est pas si mal“ ou encore “J'ai peur parfois que mon trou du cul ne cicatrise“ ne peut être tout à fait inintéressant", Franck Einstein ; "Comment un délinquant (un délinquant) qui maniait aussi délicatement l'art du contrepet aurait-il pu se révéler foncièrement mauvais", Thierry Jonquet ; "Un acteur (Dean Martin) qui a eu le bon sens de couper avec ce Jerry Lewis ne peut être complétement mauvais", Marlon Brando ; "Il faut dégraisser le mammouth, un bon point pour lui : un homme (Claude Allégre) qui a osé dire cela ne peut pas être foncièrement méchant", Didier ; "Un film (Eyes Wide Shut) dont la phrase finale est “Let's fuck!“ ("Baisons !") ne peut pas être tout à fait mauvais", Olivier Nicklaus ; "Un homme (Franck Dubosc) qui surnomme son entrejambe Jean-Claude et qui mime son dépucelage façon guerre du Vietnam ne peut que friser le génie", Nathalie Dupuis ; "Un homme (Andy Warhol) qui a donné sa chance à Lou Reed ne peut pas être totalement mauvais", Philippe Djian ; "Et puis un gars (Philippe Jaenada) qui se fait refuser l'entrée de l'Hippopotamus de la place Clichy par le “physionomiste“ (hum) ne peut pas être entièrement mauvais", Le Koala ; "Un type (Guy Carlier) qui trouve la dictée de Pivot “aussi rigolote qu'un dimanche après-midi d'automne chez Jacques Doillon“ ne peut avoir que notre sympathie", Stéphane Hoffmann ; Un homme (Silvio Berlusconi) attaqué par sa femme et une de ses filles qui vient d'accoucher ne peut pas être fonciérement mauvais", Philippe Sollers ; "qui cite Yves Martin (Edouard Waintrop) ne peut pas être complètement mauvais", Louis Skoreki ; "un homme (Maxime Gorki) qui cache ses pleurs et qui l'avoue, même s'il cire ensuite les bottes à Staline, mérite compassion et admiration", Gérard Guégan ; "On ne m'empêchera jamais de me dire qu'un pays (la France) où le féminisme anglo-saxon et le déconstructivisme derridien n'ont jamais pu réellement adhérer, prendre racine en profondeur, ne peut être tout à fait mauvais", Philippe Muray ; "la fréquentation d'un philosophe allemand (Volker Schlöndorff) ne saurait te faire de mal", Roger Nimier ; "Ses admirateurs (ceux de P.G. Wodehouse) ne peuvent être complétement mauvais", Fred Vargas ; "un album (John Fogerty & the Blue Ridge Rangers) qui commence par une reprise de John Prine (Paradise) ne peut être qu'excellent", Dawidge ; "Tant qu'il y aura un journaliste (Sébastien Lapaque) capable de trouver dans la "Somme" de saint Thomas d'Aquin, de quoi penser la crise des subprimes, notre vieux pays ne sera pas totalement remisé", Aude Lancelin ; "Et puis un homme (Michel Onfray) qui suscite de telles passions ne peut être complétement mauvais", Pascal Bruckner ; "Un pays (l'Espagne) qui produit Penélope Cruz ne peut être totalement mauvais", Eric Neuhoff ; Quelqu'un (Olivia Rosenthal) qui aime La Féline de Jacques Tourneur ne peut être entièrement mauvais", Pascal Ory ; "mais peut-on considérer une femme qui porte Will Ferrell et Danny McBride sur ses seins comme une ratée", Jacky Goldberg ; "Quelqu'un (Michel Mohrt) qui a publié en France "l'Ami retrouvé" ne peut pas être totalement mauvais", Eric Neuhoff ; "Et puis un écrivain (Anna Gavalda) qui avoue rédiger des livres courts afin que ses lecteurs "ne ratent pas leur correspondance dans le métro" ne peut pas être foncièrement mauvais", Olivier Le Naire ; "Et puis un ouvrage (Mythologies automobiles) qui, partant de l'évocation navrée de la Citroën GS, nous mène à un éloge vibrant de Jean-Pierre Marielle ne peut pas être mauvais…", Jérôme Dupuis ; "Quelqu'un (Jean-Marc Roberts) qui dit s'être fait une auto-fellation m'est assez sympathique, Arnaud Viviant ; "Statistiquement, il y a de fortes chances qu'un type de plus de quatre-vingt ans (Kenneth Anger) dont la  poitrine est ornée d'un tatouage invoquant Lucifer ait une chouette histoire à raconter", Bruno Icher ; "Pour le dire autrement, un roman (Freedom) qui cite le groupe Yo La Tengo ne peut être mauvais", Arnaud Viviant ; "Moi je dis qu'un  journal (Picsou Magazine) où on peut écrire ça : "le meilleur groupe du monde : Les Ramones", ne peut être complètement mauvais", Christian-e ; "Un auteur (Vincent Landel) qui, en l'an 2000, utilise le point virgule, il ne faut pas rater ça", Eric Neuhoff ; "Un garçon (Sébastien Cauet) qui a le don d'énerver Arthur à ce point ne saurait être foncièrement mauvais", Le Figaro ; "On ne peut pas ne pas aimer une fille (Héléna Villovitch) capable de s'interroger ainsi : "Vaut-il mieux être belle et rebelle que moche et remoche ?", Eric Neuhoff ; "Un ingénieur converti à la littérature, fidéle jusqu'au bout, et serviteur d'un chat persan noir (Raymond Chandler) ne saurait être un mauvais écrivain", Angelo Rinaldi ; "Quelqu'un (Martin Szekely) se refusant à participer au tintamarre général mérite d'être écouté", Xavier de Jarcy ; "Un film (Les nouveaux chiens de garde) qui met en colère Jean-Michel Aphatie peut pas être totalement mauvais", Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts ; "De toute façon, nous ne pouvons être que du côté de quelqu'un (Albert Camus) qui préfère sa mère à la Justice", François Ceresa ; "De toute façon, une fille (Bo Derek) qui a commencé le mannequinat pour s'offrir une nouvelle planche de surf ne peut être qu'une amie", Philippe Azoury ; " Les Américains sont des sauvages. Comment qualifier autrement des gens qui, au mariage de leur fille, servent un Chasse Spleen avec un improbable caribou marengo ?", Olivier Mony ; "Et puis, comment ne pas aimer un type (Nan Aurousseau) qui se retrouve au poste pour avoir volé un 45 tours des Kinks", Nicolas Ungemuth ; "Après tout un cinéaste (Werner Herzog en l'occurrence) qui a vécu avec les grizzlis, et fait équipe une partie de sa carrière avec Klaus Kinski ne saurait craindre quoi que ce soit de désagréable en provenance d'une aussi jolie bombe" (Eva Mendes), Philippe Azoury ; "Comment résister à celui (Pascal Jardin) qui possédait le briquet de Jean Mermoz, qui offrait à ses conquêtes le heurtoir d'un bordel, qui disait "Je veux la gloire sans les honneurs"" ?, Eric Neuhoff ; "Je suis persuadée que quelqu'un comme Ben, qui, à 78 ans, fait toujours autant de fautes d'orthographe, ne peut être vraiment mauvais et mérite qu'on ne soit pas trop méchant avec lui", Nicole Estérolle ; "Un homme (Bachar-El-Assad) ayant épousé une si belle femme ne peut pas avoir un si mauvais fond", Rudy Riccioti ; Un gars (Christophe) qui vend le litre d'Evian 3 € au resto mérite le respect", JP Géné ; "Un chanteur (Julien Doré) qui a aimé Marina Hands, s'est fait tatouer Jean d'Ormesson sur le bras et a joué dans "Ensemble nous allons vivre une très belle histoire d'amour" de Pascal Thomas ne peut être mauvais", Arnaud Le Guern ; "Il sera beaucoup pardonné à un homme (Arnaud Viviant) qui revendique, parmi ses auteurs préférés, Francis Ryck et Ross Thomas", Jérôme Thomas ; "Un auteur (Alexandre Jardin) qui célèbre Casanova, Guitry, DeGaulle ne peut pas être tout à fait mauvais", Bernard Morlino ; "Quelle que soit sa raison, un jeune homme (Pierre Ménard) qui cite Champcenetz n'est pas la dernière critique hystérique venue", Charles Dantzig ; "Un type (Don Carpenter) que George Pelecanos, Chris Offutt et Richard Price se refilent sous le manteau ne peut pas être complétement nul", Gaël Gohlen ; "Un homme (Vladimir Poutine) qui accueille Gérard Depardieu ne peut être fonciérement mauvais", Gaspard Proust ; "Si Jeff Koons provoque le doute, il ne peut pas être complétement mauvais", Marc Voinchet ; "Je me suis dit qu'un mec (Jean-Luc Delarue) qui avait supporté mes quolibets pendant six mois avait forcément quelque chose", Hubert Boukobza ; Un homme (Michel Houellebecq) qui est l'ami de Bernard Maris ne peut être compétement mauvais", Claude Braudibas ; "Un homme (Michel Drucker) félicité par Muhammad Ali pour son brushing peut qu'inspirer le respect", Pascal Glo ; "Un admirateur de Vialatte (Pierre Jourde) est, de facto, sauvé", Angelo Rinaldi ; Le type (Alain Juppé) qui, en 1997 à Bordeaux m'a fait découvrir les cœurs de canard en broche, je pense qu'il ne peut pas être complétement mauvais", Patrick Rambaud ; "Un homme (Descartes) qu a étudié la structure des flocons de neige et écrit sur les animaux de la Lune ne peut être mauvais", Antonio Lobo Antunes ; "Un auteur (Mathias Rambaud) qui cite Du Bellay en exergue ne peut pas être foncièrement nuisible", Frédéric Beigbeder ; "un directeur (Jean-Marc Ferrari) qui est capable d'énoncer une phrase de cette trempe là : "dans une école d'art, il y a le chaos d'abord, et de là ensuite peut émerger quelque chose qui puisse interroger la beauté du monde" ne peut être complétement mauvais", Nicole Estérolle ; une revue (Feuilleton) qui réunit dans un même numéro Nick Tosches, Greil Marcus et Alex Ross ne peut être que géniale", Fabrice Arfi ; "Un écrivain qui fait l'éloge du guignolet ne peut pas m'être indifférent", Jean-Claude Raspiengeas ; "Un auteur (Philippe Crab) qui emprunte son pseudonyme à Eric Chevillard ne peut pas être entièrement mauvais", Pierre Jourde ; "Un jury (celui du Prix Virilo) qui porte la moustache une fois par an ne peut être complétement mauvais, BibliObs ; "Un prix (le Goncourt) qui est allé à Proust ne peut pas être tout à fait mauvais" (Jean-Yves Tadié) ; "Un type (Guillaume Durand) qui pense qu'une soupe de crevettes sauve de toutes les lâchetés mérite d'être lu", Serge Raffy ; "N'empêche qu'un mec (Jean-Pierre Gorin) qui roule en DS 21 dans les rues de Los Angeles, et qui ressemble davantage à un surfer qu'à un garde rouge, ne pouvait être foncièrement infréquentable", Gérard Guégan ; "Un pays (la France) où les affaires se font surtout pendant le déjeuner de midi ne peut être tout  fait mauvais", Bernard Maris ; "Une journée qui commence avec Négar Djavadi ne peut être qu'une journée réussie", (Alain Jean-Robert) ; "Une exposition (Oscar Wilde au Petit Palais) qui commence par un portrait de Ruskin ne peut être que formidable (Jérôme Bastianelli) ; "Un homme qui aime les golden showers (sans doute Donald Trump) ne peut pas être complétement mauvais", Arnaud Viviant ; "Un livre (Les Républicains) qui commence par "Longtemps, mon existence a été si romanesque que j'ai préféré la vivre au lieu de l'écrire" et met en exergue une citation de Game of Thrones ne peut pas être mauvais", Nelly Kapriélian ; "Un homme (Pascal Thomas) qui a révélé Bernard Menez ne peut pas être totalement mauvais", Eric Neuhoff ; "Après tout, un homme (Emmanuel Macron) qui veut "Investir dans notre avenir", "Produire en France et sauver la planète", " Faire plus pour ceux qui ont moins" ou "Rendre le pouvoir à ceux qui font" […] ne pouvait qu'inspirer la sympathie", Guillaume Roquette ; "Un homme (François Fillon) aussi sourcillé ne peut pas être mauvais", Régis Jauffret ; ""Quand on est en bas de l'échelle sociale, Balzac, ça pulse", quelqu'un (Cécile Guilbert), capable d'immortaliser pareille phrase ne peut pas être un mauvais écrivain", Pépita ; Un film (L'Amant double) qui commence par l'intérieur d'un vagin en gros plan ne saurait être qu'en compétition", Eric Neuhoff… D'accord, mais dans ces conditions, on fait comment ?



Ma bourse Stendhal



Ali



Son  miroir montre la fange et vous accusez le miroir


Stendhal


Du 11 septembre (date de mon arrivée) au 20 novembre 2008 (date de mon retour), mon séjour aux Etats-Unis s’est parfaitement bien déroulé, tout au moins en ce qui concerne la partie la plus « utilitaire » de mon voyage, la seule qui, en définitive, compte à mes yeux.
    Quinze mille kilomètres de la côte est à la côte ouest et retour, de quoi s’imprégner de l’ " Americana " qui est le sujet du livre que je désire écrire bien davantage que la biographie au sens anglo-saxon du terme de Muhammad Ali qui en est à la fois l’axe et le pré-texte.
    Deux découvertes de collectionneur : les deux numéros de Life rendant compte du premier combat d’Ali et de Frazier (reportage, Norman Mailer, photographe… Frank Sinatra !) à New York et le seul disque vinyl de celui qui s’appelait encore Cassius Clay : « I am The Greatest » à Oklahoma City.
    Un contact important : Eddie Muller (écrivain américain traduit en français) à San Francisco, dont le père était un journaliste sportif (l’un des seuls à faire partie du « Boxing Hall of Fame ») très connu dans le milieu.
    En ce qui concerne les contacts que j’ai eus avec la représentation française sur place : j’ai informé le 6 juillet Fabrice Gabriel de ma venue, j’ai reçu, en retour, un mail m’indiquant qu’il était en vacances jusqu’au 7 juillet.
    J’ai de nouveau signalé à Fabrice Gabriel mon séjour à New York le 3 août, il m’a répondu le lendemain m’informant que son assistante, Mathilde Billaud (pour l’instant en vacances), se mettrait prochainement en rapport avec moi.
    Le 13 septembre, j’ai reçu un mail de Mathilde Billaud (j’avais, in extremis, décidé d’amener mon ordinateur aux Etats Unis) s’excusant de sa réponse tardive, me demandant si mon voyage s’était bien passé (« Oui ») et m’informant que je serais le bienvenu à l’ambassade (« Fort bien »).
  Je suis passé à l’ambassade le 16 septembre (l’un de mes meilleurs amis, Jacques Soulillou, y travaillait, il y a de cela bien longtemps, et j’étais curieux de revoir l’hypothétique  Michel Ange trônant dans l’entrée).
    Le Michel Ange était bien là entouré d’une barrière de protection, André Putman exposait dans les espaces alentour.
   Fabrice Gabriel étant en réunion, ne pouvait pas me recevoir, j’ai donc eu une conversation d’une vingtaine de minutes avec Mathilde Billaud dont il est ressorti qu’il était impossible de mettre une intervention en place en si peu de temps.
  Je lui ai signalé que je séjournerais à New York une semaine avant mon départ et qu’il serait donc possible à l’ambassade d’organiser « quelque chose » d’ici là si l’Ambassade ou les services culturels le désiraient.
    A San Francisco, je me suis rendu au Consulat de France, Christophe Musitelli s’est montré très étonné de ma présence qui ne lui avait pas été signalée.
    J’ai déjeuné au restaurant avec lui le surlendemain.
    La conversation a porté sur l’Alliance Française (mon premier éditeur, Paul Fournel l’a dirigé quelque temps) ; Norbert Duffort (le nouvel attaché culturel récemment nommé à Miami), par le plus grand des hasards, il se trouve que je le connais également… il m’a même licencié du Musée dont j’étais directeur artistique !
    La conversation a ensuite roulé sur les difficultés qu’il y avait à tenter d’imposer les écrivains français aux Etats Unis (j’avais signalé quelque temps auparavant à Fabrice Musitelli que je faisais partie de la seconde livraison de Fictions France, malgré ses efforts, il n’a pu retrouver le numéro en question tout en me précisant que CulturesFrance publiait beaucoup en désignant d’un geste accablé une étagère qui, effectivement, comptait quelques volumes) et les ligaments externes de son genou droit qui donnaient des signes de faiblesse et lui occasionnaient beaucoup de souci par la même occasion. Je lui ai indiqué l’adresse du chirurgien parisien qui a opéré mon épouse avec succès.
    Le repas terminé, Fabrice Musitelli revenu à ses occupations professionnelles, j’ai profité du fait que le restaurant (japonais, mais pas excellent) était « free-wi-fi » pour essayer d’éclaircir un différend (qui s’est réglé, plus tard, grâce à l’intervention de nos amis américains) avec la société à laquelle j’avais loué ma voiture (Alamo).
    Le 14 octobre, j’ai reçu un mail de Mathilde Billaud me demandant de lui préciser de nouveau quelles étaient mes disponibilités lors de mon retour à New York.
    Je lui ai répondu le 24 octobre pour lui signaler que je serais à New York du 13 au 20 novembre (plus longtemps que prévu).
    Le 19 novembre à 16 heures 42, Mathilde Billaud m’a envoyé un mail, s’excusant de sa réponse tardive et m’invitant à passer à l’ambassade le lendemain, je lui ai répondu une heure plus tard que le lendemain se trouvait être le jour de mon départ.
    Le 20 novembre à 10 heures, Mathilde Billaud me répondait : « Oh, dommage ! » (« Sure ! ») et me souhaitait un bon retour (« Thank you ! »).
    Quelques jours auparavant, passant devant la Maison Française (dont j’ignorais l’existence), j’avais, par curiosité, consulté son programme.
    Le 7 novembre, Alain Badiou, philosophe, donnait une conférence sur « Théâtre et philosophie » (Vaste sujet ! Assez vague, en tous les cas, pour parler d’autre chose ou de n’importe quoi) ; le 10 novembre, Marie Nimier (j’ai dansé avec elle) conversait avec Olivier Barrot (qui m’a interviewé) ; le 13 novembre, Marc Chaperon donnait une conférence sur l’héritage de René Thom ; le 2 décembre, Michel Deguy cherchait une réponse à une interrogation récurrente: « Fin de la culture française ? Faux problème, erreur de jugement ou médisance ? »
    Je ne saurais me prononcer à ce sujet d’importance ni choisir la réponse adéquate de ce périlleux QCM (« Cochez 1, 2 ou 3 »), ce que je sais, en tous les cas, c’est que l’une des œuvres les plus connues de la littérature française conte les amours de celui qui pourrait bien être l’auteur avec quelqu’un d’autre « qui n’est pas son genre ».
    Je suis, a priori, de ce genre-là.


BILLAUD

Mathilde Billaud

(plutôt jolie d'ailleurs)



Rapport envoyé au Ministère des Affaires étrangères.
Ce dernier m'avait accordé une bourse Stendhal
pour séjourner environ trois mois aux Etats Unis.
Son objet étant une biographie de Muhammad Ali,
 à venir chez Grasset, publiée chez Fayard.


Pour être juste (complet), j'avais également fourni ces quelques lignes* au Ministère des affaires étrangères
Le destinataire les avait trouvées insuffisantes et préféré le texte ci-dessus.
On peut être d'un avis différent…

* publiées dans la rubrique l'ironie du sport


ALI AU MUSEE




Il reste encore à Louisville quelques souvenirs de l’époque où Muhammad Ali y est né, le 17 janvier 1942, et y a grandi, 3302, Grand Avenue : des maisons datant du temps d’Autant en emporte le vent, de la limonade servie sur la pelouse sous le saule pleureur par des domestiques noirs du temps où tous les Noirs étaient domestiques et où personne de sensé n’aurait seulement pu imaginer qu’un métis serait élu président ; du temps où le Derby du Kentucky était la seule chose (sans compter la distillation du bourbon) qui comptait et venait distraire la douceur un peu morne des jours. Lorsque l’on se promène dans l’Allée des Millionnaires devenue « attraction touristique », il y a encore, flottant dans l’air, quelque chose de ce genre : un parfum d’insouciance distinguée.
Certaines de ces demeures de style composite ont été transformées en « Bed and Breakfast » où des couples étranges (souvent gays) essayent de perpétuer ce qui leur apparaît comme l’ultime raffinement de la vieille Europe (livres décoratifs, double-rideaux, soufflé au petit-déjeuner) qui consiste, parfois, aussi, à encadrer des images pour couvercles de boîtes à chocolat comme s’il s’agissait d’un Boucher authentique. Les lampes du nôtre étaient vaguement Tiffany, allumées nuit et jour, les couvre-lits en dentelle, l’escalier en bois grinçait, mais notre hôte nous a rassurés de suite comme nous lui en faisions la remarque : « Des chambres, on n’entend rien ». Rien effectivement sinon comme dans tous les coins même les plus tranquilles, même au fin fond du désert, le bourdonnement perpétuel de l’Amérique.
Le centre-ville de Louisville, en revanche, est un centre-ville ordinaire, un centre-ville américain authentique : il n’a rien à voir avec un centre et n’a rien d’une ville. Le musée Muhammad Ali est situé en plein centre-ville, pas très loin des rives de l’Ohio et de l’Interstate 64, 144 North Sixth Street entre River Road et Main Street, au cas où vous ne vous déplaceriez pas à pied ou en bus, un garage est prévu entre la 6e et la 7e rue.
On peut supposer que le musée a coûté quelques millions de dollars (et même davantage) ; la plaque remerciant les généreux donateurs est aussi grande que celle d’un monument aux morts d’une ville européenne (mettons française) de moyenne importance et d’une matière approchante, du granit noir. Les donateurs sont classés d’une manière inhabituelle (en tous les cas aussi irréfutable que l’ordre alphabétique), selon la somme qu’ils ont versée : Gold, 1 000 000 de $ (« Pillars ») ou 500 000 $ (« Humanitarians ») ; Silver, 250 000 $ (« Champions ») ou 100 000 $ (« Benefactors ») ; Bronze, 50 000 $ (« Underwriters ») ou 10 000 $ (« Sustainers »). Parmi les « Pillars », on peut relever, en dessous de Leïla et Muhammad Ali, Microsoft ; dans les « Champions » : Coca Cola et Lennox Lewis ; dans les « Benefactors » : Delta Airlines et Angelina Jolie ; dans les « Underwriters » : Kodak et la Chase Foundation ; dans les « Sustainers » : la Princesse Haya Bint Al Hussein, General Electric et… Adidas ! que l’on ne peut s’empêcher de trouver un peu radin.
Le bâtiment d’un modernisme modéré (de bon aloi) est sans grand intérêt, pas davantage en tous les cas que ceux qui l’entourent, clair, pratique et susceptible d’être détruit sans que personne ne s’en aperçoive ou ne proteste. L’entrée est aussi grande qu’un hall d’aéroport en prévision des foules susceptibles de s’y presser (nous étions, ce jour-là, à l’ouverture, seuls avec ma femme). Le guichet d’entrée jouxte la boutique où, comme dans n’importe quel musée désormais, on vend les redoutables « produits dérivés » (sylos, casquettes de base-ball, porte-clés, mugs, sweat-shirts) susceptibles de vous transformer en homme-sandwich à des prix défiant toute concurrence. Tout ici est marqué soit Muhammad Ali soit G.O.A.T (Geatest of All Times), ce qui apparaît fort légitime.
Le tarif d’entrée est de 9 dollars (avec des réductions prévues pour les plus de 65 ans, les militaires (sic), les étudiants et les enfants de moins de 12 ans), mais on peut, à peu près partout, se procurer des coupons de réduction.
C’est un musée d’un genre assez ordinaire à une époque où les musées sont consacrés non plus uniquement à l’art, mais à tout ce qui est susceptible de se définir comme « culturel » ; le terme est assez vague pour recouvrir des activités surranées comme l’élaboration du fromage de chèvre en haute montagne, des objets aujourd’hui sans emploi (on les accroche au-dessus de la cheminée) : le fer à friser par exemple, des événements historiques tombés dans l’oubli (la prise de la smalah d’Abd-el-Kader), mais aussi des personnages hors du commun, et Muhammad Ali en fait partie. Comme tous les musées de ce genre, à de rares exceptions près, les solutions plastiques sont absentes, l’éclairage, l’accrochage (mais peut-on parler d’un accrochage alors que l’on privilégie d’ordinaire un récit, au mieux, une dramaturgie ou une mise en scène souvent peu convaincante ?) empruntent les formes classiques de la scénographie socio-culturelle en vogue au moment de la conception du musée, formes susceptibles de se démoder rapidement et qui pourraient, souvent, être avantageusement remplacées par un bon catalogue. Il est vrai que la vulgate en cours serait que le « public » ne sait pas lire, c’est pour cela, sans doute, qu’on lui rend l’écrit illisible en superposant les caractères et les polices de caractères sur des murs du format des affiches publicitaires, que l’on remplace à son usage la page écrite par une multitude d’écrans et un appareillage électronique censé être plus en phase avec la perception contemporaine, que l’on réduit la complexité du discours à quelques slogans, que l’on écrase la réalité sous la littéralité des objets-témoins (exemple : la bicyclette volée du jeune Cassius a été retrouvée pour l’occasion, elle trône plus neuve que neuve sous deux écrans pour illustrer les années 42/57).
Une fois sa place payée, on est pris en charge par le personnel et il n’y a guère moyen d’échapper au parcours (et à son sens) obligatoire(s). En guise de première station, une employée du musée vous fait prendre la pose devant un fond prévu à cet effet, si vous restez interloqué, elle vous indique même la pose que vous devez prendre, celle des vieux boxeurs qui ne boxent plus, une garde menaçante jouée à l’excès de manière à ne pas être prise trop au sérieux. Le temps de développer le cliché, vous verrez votre photographie réapparaître à un étage différent et l’on vous proposera de l’acheter en différents formats. Cela rappelle les procédés utilisés par Walt Disney et, malheureusement, la seule activité à laquelle, désormais, se livre quotidiennement Muhammad Ali : la signature des gants et des photos, de tout ce qui peut, de près ou de loin, rappeler sa splendeur passée qui vient enrichir le marché des Memorabilia, une institution américaine plutôt rentable pour ceux qui l’exercent pour peu qu’ils soient encore cotés à la bourse des célébrités.
Les procédés muséographiques ne sont pas toujours maladroits, ils sont quelquefois touchants dans leur maladresse et leur naïveté ; les informations « historiques » sont toutes données ou à peu près, on glisse sur certaines puisqu’il s’agit avant tout de célébrer un culte et de donner une image d’Ali d’où, paradoxalement, toute violence est exclue. L’accent est mis, presque exclusivement, sur le parcours édifiant de celui qui, par la magie de la récupération, est devenu la figure d’un culte New Age où les bons sentiments (interactifs) ne se lassent pas d’être filmés comme un soap opera.
L’intention est affichée d’entrée, il s’agit de promouvoir les valeurs profondes véhiculées par Muhammad Ali (la paix, l’engagement social, le respect et le développement personnel), et de célébrer son influence universelle. Le but avéré est de communiquer ces valeurs au public, mais on ne se gênera pas pour essayer de les faire partager sinon adopter aux visiteurs (plus ou moins considérés comme des semi-croyants ne demandant qu’à être définitivement convertis).
Ainsi, au quatrième étage, on vous propose de trouver votre voie comme Ali a trouvé la sienne (« Lighting the way »), de découvrir vos forces personnelles (« Walk with Ali ») et l’on termine par un Mur de l’espoir et du rêve, 5 000 dessins d’enfants de 141 pays (« Global Voices »). Au cinquième, vous pouvez lire quelques poésies d’Ali, prendre connaissance des idéaux qui resteront comme son héritage : respect, confiance en soi, conviction, générosité et spiritualité…
Il manque à tout cela l’électricité, la foule, le bruit, l’odeur, la passion, l’excès. Le grand absent, c’est Ali lui-même. Avoir un musée de son vivant, c’est mourir un peu, le risque encouru d’y être enterré de son vivant.
Ce qui ne manque pas.
Nous étions quatre ou cinq à errer dans ces espaces sentant encore le neuf et nous avions tous l’air aussi désolés les uns que les autres.
Ne sachant trop ni quoi dire ni quoi penser.
Un artiste improbable se préparait à montrer ses « œuvres » (femmes nues maladroitement peintes et mandalas flous) dans une salle reculée du troisième étage, nous avons eu le plus grand mal à nous en débarrasser, deux jeunes gens préparaient une réception dans une salle que le centre loue pour financer son fonctionnement.
Le soir même, la seule chose qui me restait en mémoire (le reste, j’ai voulu l’oublier) : une photographie d’Howard Bingham, le photographe « officiel » (puisque Ali était Roi et ne se déplaçait pas sans sa Cour) de Muhammad Ali et l’un de ses amis le plus proche. On y voyait Diana Ross  et les Supremes à l’enterrement de Martin Luther King. Dans cette seule image était retenu captif l’esprit d’une époque davantage que dans l’inutile déploiement technologique alentour.



Louisville (Kentucky)
5-6 novembre 2008
 

TRAVAUX PRATIQUES




J’aime pa les vieille, elles pues. Quand elle me voient, elle ont peur, je voit sur leur sale gueule de vieille qu’elle ont peur. Elle sont racistes, elles ne m’aiment pas, elles ont peur de moi par ceque je suis black, elle me regardent avec leur yeux plein de merde, on dirait des huitres crevées avec des paupiéres de lèzar, des cils mités ou pas de cil, chauve de là aussi, les yeux des vieille on dirait des mollards des mollards séchés sur les trottoir et moi quand je les croise et qu’elle font un écart pour pas toucher un black, je leur cracherai à la gueule je cracherai dans leur gueule ouverte pleine de dentier. Elle serrent leur portemonnaie contre elle, il est plein d’écaille et de crasse, le dorré dessus est parti elle pli les billet. Elles puent parce qu’elle puent et parce qu’elle se laven pas, elles se pisent dessus, elle se chient dessous, quand elles chient, elle s’en mettent partout, elle s’essuie pas, elle ont de vieille chattes pourries sans poil qui sentent la vieille chatte sans poil, sous les bras, elles puent, dans le trou du nombril, elle puent, elle ont des croutes au coin de la bouche, avec de la bouffe coincé dans les rides, c’est des restes de ce qu’elle ont bouffé avec leur lévre et leur dentier, ça reste coincé dans les pli, elles ont des taches sur le crane comme des gros grains de beauté qu’on voit entre leur cheveu chauve sale, elle puent des pieds, elle  ont des morceaux de pantoufle plein de pisse parce qu’elle se pissent sur les pieds quand elle se lévent après avoir pissé, elle ont des croutes, la peau qui se détache on sait pas si c’est du fond de teint, dans les oreilles, c’est dégueulasse et ça pu. Elle sont habillé mal par Damar ou La redoute avec des robes pourris, des bas opaque, leu gaudasse sont pourri avec les semelles décollés qu’elle font pas réparer par le cordonnier parce qu’elle disen que s’est trop cher, elle s’habille n’importe comment, quand elle se maquillent, elle se passe le rouge à laivres de traver, elle s’en barbouille plein leur dents en plastique, elle se collent de la poudre sur la gueule qui se daitache par plaques, elle se mettent du rouge à lèvres écrasé sur les joues on dirait Coluche. je voudra qu’elle craive quand je les regarde et quelles me regardent en planquant leur porte feuille en plastique dans leur chale violet tricoté mal, comme si j’allai leur voler leur trois sous plié, avec, elle achétent de la viande hachée et du pain et elles restent avec dans leur appartement de merde qui puent et ou elle font chier tout le monde pârce quelle peuvent pas dormir et que les autres les empéche en écoutan de la musique. je voudrai qu’elle craive quand je les regarde, je voudrai que les regarder et avoir envie quelles craivent ça suffise à ce qu’elle craivent, mais à la place je suis obligé de les tuer vraiment avec mes mains pour leur piquer tout le fric qu’elles planquent sous l’évier ou dans les boites à chaussures et d’autre planques à la con qu’elle me disent quand je leur massacre la gueule. J’en ai rien a branler de les tuer ni de les massacrer jusqu’à qu’elles me disent ou est leur fric et qu’elle créve après, tout ce que je veux c’est quelle me filent leur fric que je le brules, que je le brules dans d’autre chose que du pain et de la viande de cheval haché, moi j’aime le tartare avec du tabasco dans les supers restos dans les Halles pré de Beaubour ou je vais avec leur pognon avec le gros sel et le poivre sur les nappes blanches en tissu et des fleurs dessus aussi, des fleurs fraiches et le garsson qui est un beau mec bien habillé avec de l’eau de toilette qui fait le tartare devant vous avec des sauce et des graines j’aime le saumon au poivre ver aussi et je prend du vin cher avec, du bordeau, j’aime ce qui a de la classe comme le bordeau dan les restos et pas les vieilles pourries que je croise dans la rue, les marchés en sont plein, elles font chier tout le monde avec leur caddi réparés avec de la ficelle, elles gardent toutes les sachés chez elle et les papiers d’emballage comme si ça allait leur servir à quelque chose et les bocaux avec les couvercles foutus et les caoutchou on sait jamai ça peu servir, elles passent devant tout le monde dans les files, elle veulent les beaux morceaux pour leur caries pourris et que les jeunes les laissent passer et que le boucher compte a leur place leur rond dans leur portefeuille. Moi le pognon j’aime en etre farci gavé, je vis à l’hôtel avec mon amour, je l’ai dans la peau, il m’a dans la peau, on est amoureux, on se fait grimper aux rideaux, des fois on réveille les autre qui dorment à côte ou en bas tellemen on jouit fort, la patronne nous dit de faire plus doucement en rigolant, elle nous aime bien, on est ses préférés. Il fait ce que je veu, je le tiens par la queu et par le cul et par la poudre aussi, il m’obéit, c’est mon esclave, je lui donne ce qu’il faut juste ce qu’il faut pour qu’il soit mon esclave, je suis son maitre, je lui dit de faire ça il fait ça, je lui dit de pas le faire, il le fais pas, c’est mon chien, il mange dans la main, il me suce quand je veux, j’aime sa peau, il fait la pute sur les boulevards quand on a plus de braise, il y va habillé en gonzesse, avec sa bite sous la robe, son gros paquet, ça me fait bander la queue de le voir pârtir habillé avec une belle robe et ses jambes, je lui donne sa dose, il est content, au débu, on arrachait dans le métro, des conneries c’était, j’ai eu l’idée des vieilles quand on a besoin d’argent pour faire la fete pour faire les folles, pour aller au Tourtour au café Coste ou ailleurs, au Palace, au Bain, ils nous connaissent, on est des vedettes, on prend du champ, j’aime ça les bulles, les conards prennent de la biére ou du whysky, nous c’est champagne comme les vedettes dans les films comme les vedetes qu’on voit dans ces endroits ou il faut aller, j’ai vu Yannick Noa, Richard Anconina, Rita mitsouko et plein d’autre, Elton John une fois, Dechavanne aussi et Muriel Moreno et Mourousi, je connai des avocat et des tipe dans les affaires, juste du champagne, on prend, on est bourrés, meme quand on dégueule c’est mieux le champagne. Qu’est ce que ca peut foutre de tuer des vieille connasse, elles sont toutes seules, leurs enfants viennent pas les voir, elles puent, ils sont pas cons, les jeune ils les laissent crever et après ils viennent prendre la monnaie mais nous on a piqué la monnaie avant et les vieilles elles étai crevés. On leur dit trois truc pour savoir comment elles sont et ou elles habitent, on les suit, dans le escaliers sur leur palier et le palier au dessus on les attend, on les entend qui montent un pas après l’autre toujours le meme pied qui grimpe sur la marche, elles posent leur mains sur leur hanche, elles se reposent on dirait qu’elles font exprés de monter comme des escarguos pour pas qu’on les tue, avec leur panier de l’autre main elle tiennent, elles montent chez elle dans leur appartement pourri pour se faire cuire la petite cotelette le petite tranche de merlu qu’elles ont acheté sur le marché en passant devant tout le monde en faisant chier le boucher le poissonier aussi, pas cette tranche l’autre non pas celle la l’autre celle la oui, non elle est trop grosse, l’autre alors et un petit éclair pour finir pour se metre de la créme plein dans les moustaches des gouttes de merde au bout des poils comme un balai dans les chiotts elles sont pareil qu’un balai de chiott avec leur poils dur plein de merde, du marron comme de la merde entre leurs dents en plastique, elles ont quand elles ont fini leur repas avec le café qu’eles font réchaufer dans une casserole en fer qu’elles se renversent aussi sur le menton, c’et tout maron dans les gros pores qu’elles ont sur le menton avec les poils qui sortent à coté. Ça dure pas longtemps, quand elle ouvrent la porte, on descend rapido, je les pousse derrière la porte, elle sont à moi, elles peuvent rien faire, elle ont pas de force, les gens dans le métro ; ils se cramponnent à leur fric, les femmes à leur sac meme quand elles sont vieilles, celles la je leur cogne la gueule qu’elles ferme leur gueule, qu’elle puisse pas appeler, gueuler au secours, personne viendrait elle emmerdent trop les voisins à geuler qu’ils écoute la radio, mais j’aime taper sur leur geule, ça fait un bruit que j’aime, c’est mieux que de se friter ave un mec, je préfére le bruit que les vieilles ça fait, c’est mou leur geule, on dirait que t’écrase une merde, une tarte à la creme dan la gueule et puis t’écrase avec la main, les doigts dans les yeux, on dirait que t’enfonce dans une merde tré douce. Elles sont comme des coquillages vides renversés, avec leurs jambe qui remue des fois, je m’assied sur leur gueule, mon cul sur leur gueule pour qu’elles suffoquent, elles essait de crier, je leur met un chiffon dans la gueule ou meme un coin de leur robe qui pue, je leur casse le dentier en mille morceaux, elles ont les joues qui s’écroulent sur leur gencives, elles ont lair plu ridicules que jamais, je m’assois le cul sur leur gueule qu’elle sétouffe, elle ont les larmes qui sortent, ça ménerve, elle font toujours les vieilles semblant de pleurer, elle pleure pour n’importe quoi, je leur balance des grandes claques dans la gueule qu’elle pleure pour quelque chose et dans les seins comme des traversin crevé, je les attache avec ce que je trouve, j’aim pas quand elle essai de geuler, quand elles ont mal ça me fait bander un peu, je bande quan ces connasses on peur, on fouille pour trouver ce qu’elle ont, quand on trouve rien faut faire les méchants, j’en ai rien a branler de leur pognon, j’en gagne plein avec la dope et les cartes bleue, biento je serai un manager, organisateur de fétes pour les vedettes, je serai en photo dans parisMatch mais je leur tape sur la gueule pour qu’elle dise, des fois elle dise rien et il faut que je ménerve encore, je prend ce qu’il y a un couteau, des ciseaux, je leur entaille la peau, au début ca saigne pas parcequ’elle n’ont pas de sang et puis aprés ça pisse, elles dise ou c’est, on ramasse ce qu’il y a, des fois rien, deux-trois cent balles, une montre que je donne, des fois un max, une fois 10 000 balles dans une cuisinière, qu’est ce qu’elle voulai foutre de tout ce pognon  cette salope ? on a voulu monter une boite à Toulouse mais ils était trop con, c’était des plouc, j’ai fait une déprime de les voir si con, c’est vrai quand plus y avait mon vieux qui me cassait les couille, il supportait pas que j’aime que les homs comme ma mére elle suporte pas que j’embrasse les mec je l’ai invité au Paradis latin tout ce qu’elle a vu c’est que je roulai des peles aux homme, elle s’en foutai de la féte et du luxe comme mon vieux, il est jamai sorti de son trou, il a jamais du essayé les hommes ce con, ça lui ferai du bien de se faire enculé, j’étai obligé de prendre des médicament, j’avait une dépression nerveuse, j’ai été a la clinique pour faire une cure de sommeil, ils connaissaient meme pas Eartha Kitt les bouseux, fallait que je leur chante des chanson de Bibi pour qu’il connaisse « Tou doucemen », c’est tou ce qui connaissai, Eartha Kitt c’est mon idole et celle de Jean-Michel Basquia un nègre comme moi qui vend des peintures centmile dollars  en amérique il faisai jouer My heart belongs to daddy au jukebox dan la boite ou travaillai sa fiançée pendant des heure à la regardée en fumant. Eartha je l’ai interprété dans un cabaret a Paris avec une robe longue à paillete avec le boa en plume d’autruches, les bijous, la perruque le make up, j’ai interprété : « C’est si bon, Angelitos negros, Under the bridges of Paris », j’ai eu un succé dingue, les mecs ils se secouaient les couilles sous la table en me dévorant des yeux, les filles elle était malades ,que je soit si beau. Les vieille y en a une qu’on voulait pa tuer, elle est morte toute seule. Y en a une elle avait planqué son pognon dans une pile de vieux journaux, derrière le radiateur, c’est toujours des cachette à la con, des fois quand on trouve pas on est obligé de se facher trés fort, y en a une on a été obligé de lui faire boire du Destop, elle avait la gueule qui fumait comme un syphon bouché par des cheveus elle avai caché son pognon dans une poche de son tablier et elle avait cousu la poche. Pour les tué le mieux c’est de leur mettre la téte dan un sac en plastique et de les tenir pour pas qu’elle l’anlève, elle créve vite, elle bouge plus et elle créve. On prend le pognon, ce que j’aime  pas c’est quand elle regarde plus avec leur yeus fixes, je met un coussin dessus pour pas que la mort me regarde. Le reste du temp j’y pense pas au vieille sauf quan je les voit, je pense à m’éclater a faire la fête, je bouge super bien je suis un danseur comme tous les black, tout le monde est fou de mon corp, moi aussi je l’adore, je mesure un mètre quatre vingt cinq presque dix, j’ai un diamant à l’oreille, j’en ai plusieur et une collection de CD, je me sui fait coupé les cheveus comme Carl Lewis, je suis sur qu’il est pédé et maintenant je sui blonde. J’ai organisé une soiré « Un look d’enfer » tou le monde était la, tout Paris, je connai des gens qui vont m’aider pour monter les Trophées, c’est comme les César pour les boites on va s’éclater a fond, je leur vend de la coke les gens que je connai, il peuvent rien me refusé sinon je les fait chanté avec la coke qui prennen. Partout ou je vai je les rencontre, je les invite saumon fumé, champagne, salade au crottin chaud, il se gave et je paye, des avocat, des disc jokey. Les vieille elle avait peur, elle appelai les flic à l’aide, je peux tout lire dans les journau, ma mère achéte tou les journaux sur moi, dans ma cellule j’ai toute les coupure sur moi avec les photo, c’et toujours les méme mais ça fait rien, je sui beau dessus avec un  smoking et un verre de champagne à la main, y a jamai des photo des vieille parce que les vieille c’et affreus ou alors caché sous une couverture emporté par les flics. Les ministre tout le gouvernement ils avait peur parce qu’on tuai les vieille, qu’est ce qui en on a foutre des vieille ? Il payait plus les retraite. Les autre connars ils geuelent qu’il vont me tuer, qu’il vont me cassé la téte  qu’est ce que j’en ai a foutre de ces connars ? Je suis bien a l’abri dans ma cellule comme dan une chambre d’hotel a collectioner les coupure qui pârle de moi. Il connaissen rien il ont jamais rien vus, ils seront jamais dans le journal comme je suis, ils son comme les vieille, moi, je me sui éclaté, j’ai été Eartha Kitt, Catwoman, Bibi j’ai eu tou les mec que je voulai, j’ai été dans le boites avec les stars, je payai mon hôtel cash 370 francs par nuit maintenant je vai crevé aussi et j’en ai rien à foutre, les stars meuren jeune, personne les comprend ce qu’elle font alors elle meure comme moi d’avoir trop joui de partou parce que tous les connars et toute les vieille ils les aiment pas mais moi je les hais et j’en ai crevai autant que j’ai pu par plaisir et j’en ai crevé tant que je m’en rapélle pas combien et comment mais je me rapélle que j’aimai ça et que je bandait dans mon futal de les voir crevé. J’écris ça pour que l’on le publi, qu’on en fasse un livre avec ma photo en couverture, parce que bientot ils vont m’emmener que je créve aussi de ce qu’un enculé m’a passé mais moi je l’ai passé aussi a des enculés et ils vont crevé aussi peut étre ils son crevé d’abord avant moi et tout ceux qui sont pas crevés avant moi il vont crevé aussi et je les emmerde comme les vieille méme si je peu pas les tué avant. Je vai voir Dieu et Dieu me comprendra. c’est écrit dans la bible que m’a donné ma mére, Dieu me comprend. Je sui son fils.. C’est écrit…



Ce texte devait constituer le chapitre central de
Ring, j'ai finalement renoncé à sa publication.
En revanche, je l'ai proposé à Xavier Boussiron et Arnaud Labelle-Rojoux qui voulait qu'un de mes textes figure  au  "Cœur du mystère",
un "catalogue" édité par le Frac Aquitaine.

Mon texte devait poser énormément de problèmes à sa directrice, Claire Jacquet (fondatrice d'une revue "critique et créative", Trouble),
elle trouvait qu'il comportait trop de… fautes d'orthographe !

Elle a finalement  tenu à ce que qu'il soit indiqué que le contenu de l'ouvrage, textes et images n'engageait que la responsabilité de ses auteurs !
Histoire, sans doute, d'assurer ses arrières au regard des politiques…





 L’art obligatoire



Tout le monde est à peu près d’accord pour admettre que les années quatre-vingt ont commencé le 10 mai 1981, mais personne ne sait exactement à quelle date elles se sont terminées. Peut-être même qu’elles continuent alors que tout le monde désire qu’elles n’aient jamais existé. La seule différence que je constate, pour ma part, serait qu’il n’en existe aucune : les années que nous vivons constituant plutôt l’apothéose des années que nous faisons semblant de condamner.

Les années quatre-vingt, c’est quoi ? Les années fric ? Et maintenant ? Les années frime ? Et maintenant ? Les années pub ? Et maintenant ? Les années vides ? Et maintenant ?

Les années quatre-vingt, c’est qui ? François Mitterrand ? Il n’est pas encore mort. Bernard Tapie ? Il est toujours vivant ! Jacques Séguéla ? Naomi Campbell ? Madonna ? Philippe Starck ? Jean Nouvel ? Julian Schnabel ? Jeff Koons ? Guillaume Durand ? Thierry Ardisson ? Ils sont tous en pleine bourre. Avec un peu de chance, on pourrait les apercevoir en train de danser ensemble aux Bains pour l’anniversaire de Jean-Paul Gaultier ou bien de fêter avec Pierre Bergé la re-reparution de Globe-Hebdo (avec une couverture " flashy " de Pierre et Gilles, et un éditorial " funky " de Guillaume Dustan).

Tout ce que l’on feint de dénoncer au nom d’une prétendue morale qui nous serait tombée sur le coin du baigneur en décembre 1989 ou 1990 est toujours en place. Ce que l’on reproche à ce passé trop proche c’est, tout simplement, que le cynisme et l’arrogance y étaient trop visibles. La vulgarité aussi, qui est toujours la soumission aux modèles dominants (et donc à la mode). C’est le même mouvement qui nous fait rejeter violemment ces années trop proches (comme il est sûr que nous ne pourrons jamais les revivre, sinon sur le mode de la parodie, on peut aisément rejouer les années soixante et les années soixante-dix) que celui qui nous fait pouffer de rire lorsque nous nous revoyons affublés du look d’enfer, que nous avions adopté en 1984 (costume croisé de Thierry Mugler, Maman toute en Montana) et qui nous semblait le comble de l’élégance et du raffinement. " Ouaouh ! La tronche ! T’as vu le fut’ ? "

Le problème de la " distinction ", c’est qu’elle ne distingue pas longtemps.

C’est encore au sein de l’art dit " contemporain " que ces perpétuels mouvements d’oscillation entre attraction et répulsion décrivent les figures les plus obscènes. Début des années quatre-vingt, l’art est in, les artistes sont au top (et servent le pouvoir à bourses rabattues) ; fin des années quatre-vingt, banale crise de régulation dont les plus faibles, qui n’avaient que les institutions comme clients, font les frais, l’artiste redevient contestataire (il est contre Le Pen et le sida) ; le marché repart (il faut se débarrasser du liquide accumulé avant le passage à l’euro), l’artiste se presse de nouveau aux buffets des sous-préfectures et participe à toute opération de promotion du commerce et de l’industrie qu’on lui propose pourvu qu’il en tire un quelconque bénéfice.

Un slogan pour résumer la situation : " Au secours, le passé revient ! "


Paru dans l'Humanité le 02/08/2001 dans la rubrique L'invité de la semaine
Il doit donc y avoir quatre autres textes que je ne sais pas où  trouver !


 



BRÈVES DE CULTURE


Le mot si confus de culture

André Malraux

"Je l'ai écouté en ouvrant l'œil", Catherine Clément ;

"… conception tragédifiante", Alexandre Adler ;

"… en l'hybridant de sa blanchitude", François Bégaudeau (à propos d'Elvis Presley) ;

"Le Soudan n'est pas tellement pauvre", Bernard-Henri Lévy (mais, de ce garçon, tout serait à citer) ;

"Les grands cimetières sous la terre de Bernanos", Sylvie Gracia ;

"On conquérit le monde", Tania Bruna-Rosso ;

"une manifestation hebdomadaire par semaine", Isabelle Laudet (?), enseignante-chercheuse en grève ;

"Je n'en connais pas plus beaucoup", Corinne Rondeau ;

"… quelque chose de très miroirique", Bernard Blistène ;

"une expérience à soi-même", le même, très en forme ;

"le processus de répondre", Christian Estrosi ;

"les quatre décennies de 75 à nos jours", Jean-Marie Laclavetine ;

"l'idée de rétrospective est venue avec le temps", Caroline Smulders ;

"Au péril de sa vie sinon de ses astuces", Aude Lavigne ;

"J'utilise des couleurs monochromes", Xavier Veilhan ;

"J'aime beaucoup les images arrêtées au cinéma", Christophe Honoré ;

"une couleur noire presque funèbre", Laurent Goumarre ;

"inacceptable à la fois sur le plan éthique et sur le plan moral', Martin Winckler ;

"qui se porte plutôt relativement très bien", Jérôme Moche ;

"être à la justesse d'une action", Corinne Rondeau ;

"le catalogue est d'une indispensabilité", Eric Troncy ;

"qui donne une sériation", Corinne Rondeau ;

"C'est une maladie qui rend malade", Docteur Hannoun (à propos de la grippe H1N1) ;

"ça revient avec récurrence", Kamel Mennour ;

"se projeter dans l'avenir avec un projet", Régine Robin ;

"les choix artistiques que j'ai choisi", Ann Hindry ;

"la géographie du lieu où il est né", Annie Cohen-Solal ;

"le caractère épouvantant de la folie", Raphaël Enthoven ;

"Homère, vous le lisez dans le grec ?", Laure Adler ;

"… le texte, c'est la parole orale", Nicolas Bouchaud ;

"une obsession récurrente", Pierre Sengès ;

"mettre en œuvre des critères", Laurence Wiesniewski ;

"peintre très luministe", Corinne Rondeau ;

"somme aventuresque", Pierre Sengès ;

"circoncises à certains établissements", Véronique Bouzou ;

"ce monde désastré", Jean Clair ;

"une interrogation qui se pose la question de savoir", Pascal Ory ;

"pas trop daté d'une façon chronologique", Vincent Dieutre ;

"problèmes considéraux", Raphaël Enthoven ;

"la sordidité", Philippe Labro ;

"le calme qu'il veut voir appliquer", Benoît Hamon ;

"introspection à propos de sa propre vie", Corinne Rondeau ;

"comme un noyau nucléaire", Sophie Letourneur ;

"la jeunesse, c'est cette classe sociale exclue du travail", Joy Sorman ;

"lancer une intention", Nicolas Dufour ;

"un canal, c'est pas pareil qu'un fleuve", Roland Castro ;

"la situation face à laquelle nous avons été confrontés", Corinne Rondeau ;

"une architecture un peu performative", Sean James Rose ;

"symbole de fructuosité", François Angelier ;

"manière obsessive", Philippe Forest ;

"maintenir sa propre unité elle même", Claude Guibal ;

"on n'a pas de détails complets", François Baroin ;

"le propos, elle n'est pas là", Joseph Goshn ;

"traces de visibilisation", Sylvain Bourmeau ;

"j'ai recopié d'après les originals", François Bon ;

"la Maison de la poésie, c'est un lieu poétique, il faut le dire", Arlette Farge ;

"livre et libre, c'est le même mot en espagnol", Frédéric Ferney ;

"la saisonnalité", Alain Passard ;

"une chanteuse américaine qui s'autoproduit elle-même", Laure Adler ;

"une œuvre ouverte à la disponibilité", Jean-Max Colard ;

"un silence qui pèse de non-dits", Didier Daeninckx ;

"J'injecte de la contrariété dans le protocole", Clément Rodzielski ;

"poussée d'épiderme, de comédons de la critique américaine", Eric Libiot ;

"un lien internationaux", Olivier Kaeppelin ;

"La guerre de cessation", Eric Libiot ;

"valérative", André Touraine ;

"Tous les êtres humains peuvent parler, même les animaux", Patrick Sabatier ;

"la marée turbide",  "le Médoc estuarien", Isabelle de Montvert-Chaussy ;

"une période exhorbitante", François Baroin ;

"un décor arachnéen et morbide", Jean Rollin ;

"percussif", Pascal Obispo ;

"le monde contemporain d'aujourd'hui", Emily Barnett ;

"condition humaine des femmes", Michel-Edouard Leclerc ;

"surveillance surveillée", Nadine Epstein ;

"victimité", Antoine Garapon ;

"des inégalités qui nous apparaissent invisibles", François Dubet ;

"une singularité à part", Jennifer ;

"très légérement excentré du centre", Nicolas Ungemuth ;

"80% des enseignantes sont des femmes" ;

"autofiction autobiographique", Lisa Mandel ;

"le surnombre numérique", Thierry Lacroix ;

"les vertus ressuscitantes du langage", Christian Bobin ;

"compartimentation", Mazarine Pingeot ;

"réitére à nouveau", Bernard Laporte ;

"nouveau mode de relations nouvelles", Florence Parizot ;

"un film de cinéma", Caroline Broué ;

"votation", Jérôme Guedj ;

"dans l'œil du collimateur", Olivier Martins ;

"trois maisons d'édition qui se battent en duel", Philippe Manœuvre ;

"l'affordance (des objets)", Louise Hervé & Chloé Maillet ;

"encellulée", Isabelle Bunisset…


"technifié", "séquençage", "portraitiser", "dispositif qui fait image", "Rachida Darty", "Nous avons pensé à le faire dans le passé y compris maintenant", "frontalement l'un en face de l'autre", "enfants à gérer", "les œuvres en tant que processus", "autistisme", "sucrosité naturelle", "il y a des pionniers dès le départ", "on n'a pas la possibilité de régler le problème de la problématique", "accéder à de nouveaux accès, "c'est une vraie question à se poser la question", "je suis dans un quotidien tous les jours d'enseigner", "le mouvement tue le statisme", "apporter son regard en fonction de son vécu", "l'impact du danseur dans l'unité de soi", "un sacré qui ne sacraliserait pas", "sollicitante", "guidance", "une vulgate qu'on répète tout le temps", "nous sommes en plein soubresaut", "une absence avec d'importants points de fuite" (à propos de la Russie), "savoir prioriser", "si je pouvais matiérer l'espace", "égoïsme personnel", "moindrement", "c'est une habitude parfois",  "80% des enseignantes sont des femmes", "ils ont observé une minute de silence en chantant la Marseillaise", "plus on est intelligent, moins on est fécond", "des leitmotifs récurrents", "subversivité", "une nouvelle chance de plus"…

à suivre